Il existe à Strasbourg et dans ses environs, des hommes et des femmes dont les métiers, souvent manuels, perpétuent les traditions. Des métiers autrefois courants mais que le temps raréfie peu à peu. Parmi eux se trouve Bruno Metzger l’un des derniers Maîtres bottiers et cordonniers de France. Il confectionne, à la main, des chaussures grâce aux techniques traditionnelles, tout en veillant à rester bien ancré dans la modernité de notre temps.


À chaque ouverture de la porte en bois rouge du 14 rue de Schirmeck, à Strasbourg, une sonnette résonne dans la petite boutique. À peine entré, l’odeur ne laisse aucun doute sur l’activité qui se trame en ces murs. Tous ceux qui sont déjà entrés chez un cordonnier la reconnaîtront à coup sûr. « Cette odeur spécifique, c’est un mélange de cuir, de colle et de cire. Moi je ne la sens plus, sauf quand je rentre de vacances« , sourit l’homme aux cheveux grisonnants qui sort du petit atelier dissimulé derrière le comptoir. Le maître des lieux s’appelle Bruno Metzger, il est Maître bottier et cordonnier.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Non seulement Bruno Metzger répare les chaussures mais il en fabrique. D’un morceau de cuir brut, il imagine et confectionne entièrement des souliers, à la main, grâce aux techniques traditionnelles. Et cela dure depuis plus de 35 ans : « mon grand-père puis mon oncle étaient dans le métier, se souvient-il. À 16 ans mon père m’a demandé ce que je voulais faire, il m’a proposé d’aller en stage chez son frère. J’habitais un village du côté de la Bruche alors j’étais surtout content d’aller en ville ! » Le métier lui plaît immédiatement et l’Alsacien se lance dans un CAP en apprentissage. Devenu cordonnier et successeur de l’affaire familiale, Bruno Metzger veut aller plus loin : « moi ce que je voulais c’était créer, fabriquer« . Il entreprend alors une formation à Paris pour devenir Maître bottier, reconnu Métier d’Art.

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Des chaussures de Claude François aux chaussures en saumon

Depuis, il imagine des modèles à partir de cuir de vache, tout droit venu de la Forêt-Noire, mais aussi d’autres matières découvertes au fil des années. Du lézard, du serpent ou encore du saumon : « ça, c’est de la raie« , présente Bruno en sortant une chaussure au relief perlé. « C’était utilisé dans les années 30 sur les coffrets de bijoux« . Une fois le cuir choisi, il faut lui faire prendre forme, le coller puis le coudre à la semelle elle aussi en cuir mais aussi le teindre. Au total, une trentaine d’heures sont nécessaires. « Je pars avec une idée puis en faisant ça se mélange, ça s’accumule.« 

Sentir la matière naturelle sous ses doigts, inventer de nouveaux modèles, créer, Bruno Metzger ne s’en lasse pas. Au contraire !  » À partir d’un morceau de peau vous pouvez fabriquer une chaussure! s’émerveille-t-il. Ce n’est pas comme quand tu travailles dans un bureau et que tu ne vois pas forcément le résultat de ton travail. Là, à la fin, il y a un produit. Et chaque pièce est unique« .

Parfois, les modèles ne sortent pas tout droit de son esprit mais ce sont ses clients qui viennent avec une commande précise.  » Ils viennent avec des photos de chaussures portées par des stars ou vues dans des magazines. Des modèles de bottiers qu’ils veulent que je reproduise.  » Les demandes sont parfois très précises.  » Un des premiers clients que j’avais eu voulait les mêmes bottes que Claude François, avec les clous sur le côté. C’était un fan « , se souvient l’artisan.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


L’avenir dans les chaussons d’escalades ?

Ses productions originales peuvent aller de 500, à plus de 1 000 €. Le prix de la rareté. Il faut dire qu’il n’existerait plus qu’une trentaine de Maîtres Bottiers en France, selon l’institut national des métiers d’Art. Pour profiter de ces créations d’exception, les clients viennent de toute la région ou encore d’Allemagne. Mais Bruno Metzger réalise aussi des chaussures au prix plus abordable, un peu plus de 200 €. Des modèles préconçus, nécessitant moins d’heures de travail et de recherche. Les clients peuvent malgré tout en personnaliser la couleur.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

La production n’occupe toutefois pas l’intégralité du temps du cordonnier. « On fait beaucoup de réparation« , explique-t-il. Et là, le professionnel touche à toute sorte de modèle : des chaussures de randonnées aux bottines en passant par les baskets ou les sandales. « Ici on a par exemple des chaussures de marche, les réparer coûte beaucoup moins cher que d’en acheter de nouvelles« .

Depuis une petite dizaine d’années, l’atelier s’est aussi trouvé une nouvelle spécialité : la réparation de chaussons d’escalade. « Le bout frotte contre les parois et finit par se trouer « , explique-t-il. Il a fallu se renseigner sur les techniques de réparation, les matériaux à adopter mais désormais, des amateurs d’escalade de toute la France envoient leurs chaussons dans le petit atelier strasbourgeois qui y a même dédié un site internet. « Avec les Jeux Olympiques qui arrivent, il suffit qu’un Français remporte une médaille, ça donnera envie aux jeunes de s’y mettre« .

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Transmettre et passer le relai

Se diversifier est essentiel pour Bruno Metzger. Des chaussures en cuir, il s’en vend moins. « La mode est au sportswear, tout le monde porte des baskets. On peut les réparer mais pas les fabriquer« . Et la crise du Covid n’a pas aidé l’artisan : « les gens qui portaient des costumes, cravates ont moins besoin de chaussures avec le télé-travail « , analyse Bruno Metzger qui ne cesse de se tenir informer des modes, des tendances et nouvelles techniques.

À 59 ans, l’artisan pense aussi à l’après. Cette boutique, qui pré-existait déjà à son oncle et qu’il a lui-même conduit avec passion, il aimerait la voir reprise. Pour ça, l’artisan transmet sans relâche ses années d’expérience. « J’ai eu au moins cinq ou six apprentis« . Depuis 18 ans, Jessi, un jeune cordonnier travaille et apprend à ses côtés. Bruno Metzger, le laisse progressivement prendre des responsabilités, espérant qu’un jour peut-être ce dernier fasse vivre encore un peu ce savoir-faire traditionnel.

© Mathilde Piaud pour Pokaa

1 commentaire

  1. Bonjour,
    Merci pour ce très interessant article.
    Mais vous oubliez Williams H, qui confectionne également de magnifiques souliers et chaussures , situé 9 rue de l’église à Strasbourg.
    Cordialement
    Bénédicte Matz

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