Ces dernières années, le marché des protections hygiéniques a fait sa révolution. Les consommatrices réclament moins de déchets et moins de produits chimiques au contact de leur intimité. Parmi les alternatives réutilisables, les culottes menstruelles connaissent un véritable succès. C’est le cas de la marque Peachday, créée par deux Strasbourgeois en quête de sens et bien décidés à porter un nouveau regard sur les règles.


Nicolas, 26 ans et Valentino, 27 ans se sont rencontrés au collège international de l’Esplanade. Leurs parcours scolaires se ressemblent, se croisent. L’un rêve de devenir prof de philosophie, le second se dirige vers les sciences sociales, avant d’entrer chacun de leur côté dans des écoles de commerces parisiennes puis d’entrer dans le monde du salariat. « Après un mois dans une banque d’affaire, je trouvais que mon travail n’avait aucune valeur ajoutée. Je n’avais pas le sentiment de contribuer à quelque chose », raconte Nicolas. Un malaise partagé avec Valentino : « J’avais moi aussi un coup de déprime. Je remettais en question ce que je faisais », se souvient ce dernier.

Les deux amis en sont sûrs : pour donner du sens à leur vie de jeunes actifs, ils leur faut un projet. De ceux « qui donnent envie de se lever le matin, parce que tu fais quelque chose qui compte », témoignent les deux complices. D’un côté Nicolas, dans un optique de zéro déchet, a déjà revu sa manière de consommer. Valentino lui, « jouait les apprentis chimistes en faisant sa lessive et en fabriquant son produit à vitre avec du vinaigre », rigole Nicolas.


Parler des règles

C’est finalement en discutant avec sa copine que Nicolas s’intéresse au sujet des règles. Il découvre alors les culottes menstruelles, qui absorbent le sang et peuvent se porter jusqu’à 12 heures continues avant d’être lavées puis réutilisées. Ils tiennent leur idée. « Il faut se rappeler que nous étions en 2019 : à cette époque il n’y avait que quelques marques qui en faisaient. La plupart n’étaient pas en matière bio, et/ou pas fabriquées en France. On a voulu réunir tout ça pour en faire le meilleur », partage Valentino. Les Strasbourgeois se renseignent, apprennent, échangent avec leurs copines, leurs mères, leurs sœurs et leurs amies. Nicolas se plonge dans les livres de couture et tentent quelques expériences. Le travail d’une modéliste sera finalement nécessaire. Il faudra plusieurs tests et ajustements pour que leur culotte Peachday voie le jour.

C’est ainsi que les deux hommes entrent dans un univers dont ils ignorent presque tout. « Je me suis rendu compte qu’il y avait un monde à côté de moi que je ne connaissais pas. J’avais beau vivre avec ma copine, on avait jamais vraiment parlé des règles. Je ne réalisais pas ce que ça impliquait pour une femme, d’à quel point ça pouvait modifier sa journée, quel impact ça avait au quotidien. Ça m’échappait totalement », reconnaît Nicolas. Avec ce projet, les deux Strasbourgeois veulent aussi libérer la parole. « C’est un sujet super important et si les hommes continuent à ne pas s’y intéresser ça restera tabou », soutient Valentino.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Deux hommes et alors ?

Des femmes qui n’en parlent pas et des hommes qui ne cherchent pas à en savoir plus. C’est en tout cas comme ça que les deux amis ont vécu les choses. Nicolas et Valentino décident ainsi d’ouvrir le dialogue, avec leur entourage, hommes et femmes. « Ça nous est arrivé d’être au restaurant et qu’on nous demande ce qu’on fait dans la vie. Quand on commence à parler, on sent qu’il y a un moment de pause. Puis finalement tout le monde se met à parler de règles et tout va bien », sourit Nicolas. Et d’ajouter : « Parfois certaines femmes m’en parlent en se disant que je suis un peu un initié et donc qu’elle peuvent partager ça avec moi. Mais non, il ne devrait pas y avoir d’un côté les initiés et de l’autre ceux qui ne le sont pas. »

Être deux hommes, serait même un avantage selon eux. « On a jamais dit qu’on savait ce que c’était d’avoir ses règles et on ne pourra jamais tester nos produits », reconnaissent-ils sans problème. « Cela nous oblige à être 1 000 fois plus à l’écoute de celles qui vont les porter. On est totalement à l’écoute de notre communauté. On ne part jamais avec des certitudes. On appelle les clientes pour avoir leur retour, on ne prétend pas savoir. » Et les encouragements des utilisatrices incitent les entrepreneurs à poursuivre sur cette voie. « Quand on reçoit un message de remerciements on se dit qu’on a un petit impact sur le quotidien des gens », se félicite Nicolas.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Un parcours semé d’embuches

Le chemin vers la création d’entreprise n’est pourtant pas un long fleuve tranquille. Le duo veut privilégier les circuits courts, ce qui ne facilite pas la tâche. Le coton est cultivé en Grèce et tissé en Italie, les matières techniques produites dans l’Hexagone et les culottes sont fabriquées à Paris. « On se rend compte que si personne ne le faisait avant c’est parce que c’est un parcours du combattant ». Les créateurs peinent aussi à trouver des ateliers français prêts à répondre à leur demande encore modeste.

Malgré tout, soutenus par déjà 2 000 clientes, les Strasbourgeois poursuivent sur leur lancée. Nouveaux produits, nouvelles formes (dont un shorty très demandé), nouvelles couleurs, les entrepreneurs voient plus loin. Ils s’attaquent désormais aux marchés espagnols et italiens. « Ce sont des pays qu’il reste à évangéliser, les culottes menstruelles y sont beaucoup moins répandues ».

2 COMMENTAIRES

  1. Honnêtement vous n’avez pas testé leur culottes pour écrire cet article.
    On soupçonnerait presque le dropshipping avec la qualité plus que médiocre des coutures, les fils sautent avant même de les laver, et ce pour les 6 que j’ai reçu.
    Le « deux hommes et alors » ça me fait bien rire, ce serait presque un contre exemple monumental.

    • Coucou !

      Il semblerait que les toutes premières expédiées lors de leurs campagnes aient eu des problèmes de couture ils m’ont dit, ça a été réglé depuis un moment et je dois dire que là elles sont très quali et d’ailleurs ils ont remplacé celles qui présentaient ce genre de problème, je t’invite à les contacter je pense qu’ils pourront t’aider !

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