On pensait que l’on allait passer un lundi soir tranquille à s’affaler devant Netflix, mais c’était mal connaître nos élus strasbourgeois. Sous les coups de 17h20, l’ancien premier adjoint et candidat aux municipales Alain Fontanel a posté sur Facebook qu’il n’y aurait pas de grand spectacle d’été pendant six ans. Dans une période compliquée où rien ne nous semble plus accessible, cette nouvelle était une… nouvelle occasion de nous rabaisser encore une fois le moral. Sauf que, dans les faits, c’est largement plus complexe qu’une simple annonce sur Facebook. On fait le point.

Comment l’affaire a-t-elle débuté ?

En sortant d’une séance plénière – une séance technique qui regroupe les élus, où ils peuvent poser des questions aux services techniques et à l’administration, en préparation du conseil municipal prévu une semaine plus tard, ndlr – Alain Fontanel poste sur Facebook à 17h21 : « Et bien non. Le grd spectacle d’été ne reviendra plus pendant six ans à Strg. »

Très vite, les réactions et les commentaires affluent. Il y a des personnes inquiètes de se voir priver d’un nouveau moment de liberté dans une période décidément bien compliquée. Certaines toujours prônes à critiquer la nouvelle municipalité. Et enfin d’autres qui reprochent à l’élu strasbourgeois d’alimenter des polémiques. En bref, on retrouve de nombreuses réactions, que vous pouvez aller voir par vous-mêmes en suivant ce lien. Enfin, « l’affaire » a rapidement été reprise par les DNA dans l’article Pas de son et lumière sur la cathédrale cet été ?. Ces derniers ont rapidement contacté Alain Fontanel pour qu’il développe ses réactions. Par la suite, ils ont rajouté le communiqué que la Ville de Strasbourg a émis un peu plus tard dans la soirée.

Si l’on scrute ensuite les commentaires, on remarque qu’un élu de la majorité répond à Alain Fontanel : il s’agit de Pierre Ozenne, adjoint à la maire en charge des espaces publics partagés, des foires et marchés et des voiries. Il est catégorique : concernant la grande animation de la cathédrale en été « elle n’est pas annulée ». Enfin, Mathieu Cahn, ancien adjoint au maire en charge de cette programmation d’été, fait office de médiateur : « J’espère que c’est un malentendu. Je sais que l’on peut faire évoluer les choses, les interroger, qu’une politique événementielle ne doit pas être figée mais j’avoue que je ne comprendrais pas que l’on se prive d’un événement populaire, gratuit qui contribue à l’animation et à l’attractivité de la ville. Il ne faut pas bien sûr simplement reproduire ce qui s’est fait dans le passé mais il me semble important de maintenir un temps fort accessible à toutes et à tous, à tous les âges et qui soit un vrai rendez vous qui rythme les soirées d’été. »



Qui dit quoi ?

Parce que dans ce genre d’affaires politiques, il est souvent difficile de savoir où donner de la tête, voici un petit résumé de ce qu’il s’est dit par rapport à la question des illuminations d’été.

La version d’Alain Fontanel

Joint sur les réseaux sociaux, Alain Fontanel n’a pas pu répondre à nos sollicitations. Néanmoins, dans le reste de son post, disponible ci-dessous en intégralité, l’élu d’opposition met en avant le travail de la précédente mandature mais également le coup que l’absence d’illuminations d’été porterait à l’attractivité du territoire. Tout en blâmant la municipalité actuelle de « se priver de ce moment populaire qui enchantait strasbourgeois et visiteurs autour de la Cathédrale. Le rejet de la notion d’attractivité et du tourisme sont mis en avant pour cette décision sans lien avec la situation sanitaire. ». Le tout « sans concertation ».

On peut par la suite voir que dans les commentaires de son post Facebook, l’élu d’opposition, et ancien premier adjoint, développe un peu plus son argumentaire : « Il y avait chaque année 2 programmes : celui des animations d’été avec les spectacles de rue et les animations comme sur la presqu’ile Malraux, celui spécifique du grand spectacle d’été qui faisait l’objet d’un appel d’offre ad hoc de 800 000 euros dont 320 000 des entreprises. La délibération proposée au conseil municipal de lundi porte sur 700 000 euros pour je cite : « Fédérer une offre culturelle, sportive et de loisirs pour toutes et tous- S’adresser au plus grand nombre ; fournir des propositions qui répondent aux besoins des habitant·e·s impactés par la crise, au premier rang desquels la jeunesse et les personnes isolées ; permettre et encourager l’expression citoyenne ; tenir compte de l’équité territoriale et de l’égalité de genre. Cela ne ressemble pas trop au spectacle Cathédrale. »

© Capture d’écran du post Facebook d’Alain Fontanel



La version de Pierre Ozenne, pour la municipalité

Joint par téléphone, Pierre Ozenne critique la volonté d’Alain Fontanel de faire de la politique avec un petit p : « Dans ce genre d’affaire, il y a les faits et y a la politique. Celle avec un grand P et celle avec un petit p, celle de Mr. Fontanel. Qui par simplicité utilise une information qu’il a entendue et qu’il détourne par simplicité pour s’exprimer par rapport à un projet compliqué. » L’élu rappelle la situation de l’été dernier où, si on s’en rappelle bien, il y avait des jauges rue Mercière, pour accéder au spectacle d’été de la cathédrale de Strasbourg. 

De cette expérience, compliquée pour les commerçants strasbourgeois de cette rue qui « ne comprenaient pas pourquoi les Strasbourgeois et les touristes ne pouvaient pas le temps du spectacle accéder à ses rues-là », la nouvelle équipe municipale se rend compte qu’elle n’est pas en mesure « d’assurer des spectacles en plein air sans des mesures qui iraient contrarier les commerçants et la circulation des gens. » Et, ainsi, que sur la place de la Cathédrale, là où il y a les commerces de la rue Mercière, « on ne ferait pas de spectacles sur la façade si la situation sanitaire ne le permettait pas ». Néanmoins, « côté place du Château, il n’y a pas de commerces et c’est donc le côté privilégié pour faire le spectacle sur la cathédrale. De plus, tous les autres spectacles seraient également maintenus. »

En fin d’entretien, l’élu écologiste met en cause les agissements d’Alain Fontanel : « Mr. Fontanel a fait fi de ne pas comprendre et a déclaré qu’il n’y aurait pas de spectacles sur la cathédrale. Ce qu’il a dit est faux et, dans une situation où beaucoup de personnes sont très inquiètes de l’avenir, où il n’y a pas besoin de rajouter des peurs et des incertitudes, il en joue pour se faire mousser alors qu’on attend qu’il soit en accompagnement et non pas dans un schéma de semer la zizanie. »

Pierre Ozenne. Capture d’écran du Conseil municipal de Strasbourg



Résultat des courses ?

De cette « affaire » lancée par Alain Fontanel, que faut-il en retenir ? Déjà, les illuminations, d’été comme d’hiver, sont un peu le sujet phare des tensions entre élus de la majorité et de l’opposition – on se souvient des débats portant sur le barrage Vauban. Ensuite, il y aura un spectacle sur la cathédrale cette année, quelque soit la situation sanitaire. Seule la façade la plus connue de notre chère Môman sera soumise à l’évolution de la crise. Ensuite, il faudra suivre les discussions sur le sujet des spectacles d’été, qui sera évoqué lors d’un point du conseil municipal prévu pour le 22 février. Au programme : lancer l’appel d’offres, signer les marchés, faire la programmation et les spectacles. À débattre lundi prochain.

C’est donc un lundi soir quelque peu agité politiquement qui s’est déroulé sur l’agora des réseaux sociaux, où ce n’étaient pas que des élus qui parlaient entre eux, mais bien littéralement devant beaucoup de Strasbourgeois. Une affaire qui montre également qu’en termes de préparer l’avenir et l’après, certains semblent préférer garder la continuité de l’avant. Opposition et municipalité se retrouveront le lundi 22 février pour le deuxième conseil municipal de l’année. Et ça risque d’être animé.  

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