Numerize, une petite PME située à Hoerdt, va bientôt être chargée de numériser et de créer une version digitale de plus de 160 000 magazines. Une collection encombrante, la plus grande au monde, constituée par un seul homme : James Hyman (un ancien de chez MTV Europe). Un homme passionné qui compte bien créer, avec l’aide de Numerize et de sa technologie de pointe, un musée digital mettant en lumière le contenu de ces ouvrages. Une sorte de Spotify du magazine. Ici, c’est la sauvegarde du patrimoine, l’histoire même de la pop culture et celle de la presse qui est en jeu.

Chez Numerize, c’est l’effervescence depuis quelques semaines. Spécialisée dans la dématérialisation de documents papier, la PME vient de décrocher le contrat du siècle. Elle sera bientôt chargée de sauvegarder pas moins de 160 000 magazines datés des années 1800 à nos jours. Des trésors, des morceaux d’Histoire et autant de témoins de notre époque et de ses divers folklores. Des documents parfois uniques, qui, au fil des décennies ont figé des modes et des tendances sur du papier glacé. Un sacré défi technique et logistique mis en place afin que ces magazines, et toute l’immensité de leur contenu, sortent de l’oubli et puissent être consultés par chacun d’entre nous.


« Hymag » Une collection hors du commun rassemblée par un seul homme

Il y a des passionnés qui collectionnent des briquets ou des effigies de Johnny et puis il y a ceux qui voient plus grand, beaucoup plus grand. C’est le cas de James Hyman, un Londonien de 47 ans plutôt inspiré. Scénariste pour la chaîne MTV Europe dans les années 1990, James a commencé à conserver certains ouvrages au fil de sa carrière, notamment pour son travail. Une collection personnelle qui l’a amené, en 2012, à entrer dans le livre des records. James avait à l’époque un peu plus 50 000 ouvrages, soit la plus grande collection de magazines jamais constituée. C’était il y a déjà neuf ans et depuis, la collection a un poil grossi pour atteindre la somme astronomique de 160 000 magazines.

Deux kilomètres d’étagères, de plusieurs mètres de hauteur, un trésor inestimable. Des ouvrages allant du magazine Vogue unique au fanzine totalement barré, édité par des anonymes dans les bas-fonds de Londres. Autant de mots et d’images qui, avant l’apparition de la télé et la démocratisation d’Internet, faisaient rêver le monde entier grâce au support papier.

© Jake Green / Document remis


Un véritable trésor, témoin de notre époque, qui inspire les plus grands

Autant de magazines, d’époques, de sensibilités et de cultures différentes, c’est bien évidemment une base de données presque inépuisable. Un gigantesque dédale d’informations consulté régulièrement par les équipes de Netflix, de grands couturiers, des dirigeants de presse, des designers, des publicitaires ou encore des top model comme Kate Moss. Aussi, un grand nombre de particuliers, simplement passionnés par ces objets de convoitise se rendent dans l’entrepôt de 900 m2 où sont stockés les ouvrages, une bibliothèque en somme. En fait, la collection, à la valeur difficilement chiffrable, est une œuvre d’art elle-même constituée de 160 000 œuvres d’art indépendantes, toutes différentes. Des unes du Time représentant Mohamed Ali, des séries limitées de Star Wars, des dessins pornos de notre regretté Tomi Ungerer, des pubs pour des clopes assez barrées, des illustrations de Warhol… On y trouve de tout, pour tous les goûts et toutes les sensibilités.

Illustration de Tomi Ungerer – Playboy avril 1976
© Bastien Pietronave


Le projet : créer un musée digital consultable par tous, une sorte de Spotify du magazine

Aujourd’hui, la collection de 160 000 magazines est située à proximité de Londres dans un entrepôt bien gardé. Bientôt, une équipe d’une dizaine d’opérateurs de numérisation se rendra sur place afin de numériser ces quelque 15 millions de pages. Julien Gless, directeur général de Numerize estime que le projet nécessitera au minimum un an de travail non-stop. Une fois les pages de ces magazines numérisées et retouchées pour faire ressortir des textes parfois usés par le temps, les contenus (croquis, publicités, textes, images) seront regroupées pour créer une base de données consultable par le public. Pour l’instant, James lui-même a envoyé un échantillon de 200 magazines, du format A5 au format A1, afin de s’exercer à la numérisation de ces pépites et estimer, à la louche bien sûr, les moyens qu’il faudra mettre en place pour dématerialiser ce colosse de papier.


Hymag : un appel à projet est désormais lancé

Aujourd’hui, la collection est endormie, elle repose sur des étagères dans la froideur de Londres. Mais James Hyman et l’équipe de Numerize voient plus loin que le simple procédé de numérisation. Ensemble, ils recherchent des investisseurs, publics ou privés (des musées, des centres d’archives, des centres historiques, des bibliothèques), des passionnés, comme eux, qui souhaitent utiliser et faire vivre cette base de données unique en offrant un accès aux particuliers. Un accès gratuit, et un autre payant (quelques euros) permettant d’accéder en illimité à ces ouvrages. Une manière de rémunérer les auteurs, illustrateurs et autres photographes pour leur travail. Pour cela, le projet nécessite une levée de fonds de six millions d’euros.

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