Il est Alsacien, il a fait une école d’ingénieur et fait partie du duo de beatmaker à l’origine du tube « Djomb » du rappeur Bosh. On a rencontré Blaise Keys, un compositeur aux multiples étiquettes.


En se marrant, il se décrit comme un « vieux compositeur ». Vieux ? Blaise Keys n’a pourtant que 39 ans. Et à l’aube de la quarantaine, le compositeur, on pourrait dire beatmaker, cumule les étiquettes : il est aussi pianiste, producteur, réalisateur et mixeur. Avec son acolyte Mounir Maarouf, il est à l’origine de l’instru de « Djomb », du rappeur Bosh, l’un des gros tube de cet été. « On a tourné en radio mais pas en clubs, à cause du contexte que l’on connaît », regrette Blaise Keys. « Ce succès est un peu un accident », estime modestement l’Alsacien. Un accident tout de même auréolé d’un single de diamant (plus de 50 millions de streams cumulés, ndlr).


Aux origines : l’Alsace

Si Blaise Keys, de son vrai nom Blaise Batisse, œuvre aujourd’hui en coulisses au succès de certains artistes de la scène rap française, comme Bosh, l’Alsacien a d’abord composé des sons de rap au sein de l’Académie de l’Est, un groupe monté dans sa jeunesse avec un pote. Celui qui a grandi à Ostwald, au sud de Strasbourg, a bercé ses oreilles aux sons de groupes de rap locaux comme La Mixture ou les NAP (groupe dont est issu Abd Al Malik). À l’époque, lui et son ami enregistrent au studio des Sons d’la Rue qui favorise la pratique amateur du rap.

Mais à la base, son truc à lui, c’est le piano, qu’il découvre très jeune. Un instrument pas étranger au choix de son blaze actuel : Blaise Keys (en anglais, keybords désigne le clavier, ndlr). Il prend des cours pendant plusieurs années, tout en poursuivant ses études au Lycée Pasteur. « Après le bac, je suis parti à Lyon, je me suis inscrit en école d’ingénieur, à l’Insa. Il y avait une section musique. J’avais mon idée derrière la tête, je savais ce que je voulais faire », se souvient Blaise Keys. « C’est bien d’apprendre un métier, ça rassure les parents », sourit-il. Puis il lâche : « il en faut du courage pour se lancer à 18 ans dans la musique comme ça… ». Parallèlement à ses études, il suit des cours de piano au conservatoire de Lyon. Une fois son Master d’ingénieur en informatique en poche, il travaille pendant un an. En tant qu’ingénieur, justement. « Non, non, c’était pas ça que je voulais faire. À ce moment-là, j’étais certain de ne vouloir faire que de la musique », raconte le beatmaker. À Lyon, il monte un groupe Laomé, dans lequel il rappe et compose déjà des instrus. Puis, arrive le tournant.


La rencontre qui change la donne

Blaise rencontre Mounir Maarouf, à l’époque connu pour avoir, entre autres, co-écrit le premier album de la chanteuse Vitaa (« À fleur de toi », 2007). « J’ai eu la chance d’être pris par la main par quelqu’un qui avait déjà un pied dans ce milieu », reconnaît Blaise Keys. Un monde qu’il décrit « plein de surprises » pour le musicien qui venait des concerts. « Le monde de la scène c’est un milieu où tu fais ta prestation et t’es payé. Là, tu rencontres des artistes, il faut se faire désirer, donner aux gens l’envie de bosser avec toi. Tu n’es jamais sûr de rien », décrypte-t-il.

En 2015, l’Alsacien débarque à Paris et signe un contrat d’édition avec Moonchild Records, le label dirigé par son ami Mounir, mais aussi avec Universal Music France. La cour des grands : « Ça m’a fait mettre un pied dans les grandes institutions de la musique. Les créations que je fais sont désormais éditées », détaille Blaise Keys qui est rémunéré en droits d’auteur sur les instrus qu’il compose.

© Document remis


Le début de la collab avec Bosh

Intervient alors le premier contact avec Bosh et la fameuse instru de « Djomb ». Blaise Keys raconte la rencontre avec le rappeur originaire des Yvelines (78). « C’était en 2018, il est passé au studio, parce-que c’est là qu’enregistrent les artistes du label Aresta où il est », raconte Blaise Keys. « Le hasard. Ce jour-là, on a directement fait un morceau. J’aime bien son énergie, il a un côté énervé et précis et j’apprécie les choses qui décapent ! ».

Blaise Keys et Mounir Maarouf développent des liens étroits avec l’artiste et leurs prods sont très majoritaires sur l’album « Synkinisi » de Bosh. Encore une fois, le hasard fait bien les choses puisque ce dernier sort en même temps que « Validé ». Dans la série diffusée sur Canal+, Bosh est Karnage, un rappeur ultra agressif passé par la case prison. Diffusée pendant le premier confinement, la série est un immense succès. « On a bénéficié d’un sacré alignement des planètes  ! », lâche Blaise Keys. La suite : TikTok s’empare de Djomb et Laurent Bouneau, directeur des programmes de Skyrock le rentre dans la playlist de la radio. « Ça montre comment le public se saisit d’un morceau et en fait un succès », analyse le beatmaker.

Si le rap reste la colonne vertébrale de sa palette musicale, Blaise Keys est très influencé par d’autres esthétiques. En 2021, il intègre le groupe Gwana Diffusion qui fusionne musique traditionnelles du Maghreb aux sonorités rock et reggae. Récemment, lui et Mounir Maarouf ont travaillé avec la chanteuse marocaine Manal qui revisite le chaabi, la tradition musicale du pays.

Pour ce créatif, le deuxième confinement se fait doucement sentir : « au bout d’un moment, en terme d’inspiration, ça peut poser problème. T’es chez toi, t’es musicien… Ce qui t’inspire c’est aussi ce qui se passe dehors », explique Blaise Keys. Avec Gwana Diffusion, il a fait un live stream pour Culture Box, sur Arte, fin novembre. « J’ai pas envie qu’on banalise la numérisation et qu’on montre au public qu’on peut faire un concert sans eux ». Le manque de la scène et des concerts se double d’une inquiétude : « On a aucune visibilité et on se demande si dans un an on pourra refaire des concerts ». Comme avant.

Ophélie Gobinet

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