Nous avons vu Strasbourg, peinte, repeinte, photographiée, filtrée… Sans cesse imaginée, rêvée et réinventée par les artistes qui l’arpentent. Aujourd’hui, pleins feux sur le Strasbourg d’Alix Videlier. Une rencontre qui tombe à Bic, pour réchauffer nos cœurs et mettre un peu de 4 couleurs dans ce week-end tout gris.

Ado ou à la fac, nous avons probablement tous profité d’un coin de page pour gribouiller un dessin machinalement avec le stylo alors dans nos mains. Si certains savaient probablement ce qu’ils faisaient, mes créations, elles, avaient davantage le goût d’une création, et n’ont toujours été que de vagues taches d’encre aux formes aléatoires.

© Alix Videlier
© Alix Videlier

J’ai donc d’autant plus d’admiration pour l’artiste du jour : Alix Videlier. Designer produit à son compte depuis 2012, ce trentenaire, jurassien d’origine, venu à Strasbourg pour ses études d’art n’en est jamais vraiment reparti. Aujourd’hui, ce n’est pas le mobilier qu’il conçoit qui a attiré notre attention, mais plutôt ses carnets de dessin. Car, stylo à la main, Alix fait de la gribouille au Bic une pratique à part entière. De ses doigts experts, il pose sur papier, gargouilles, colombages et Cathédrale, aux 4 couleurs du BIC de notre enfance. Rencontre.

Pour commencer, Alix : tu es plutôt designer de formation. Comment et quand en es-tu arrivé à te lancer dans le dessin au Bic et pourquoi cet outil plutôt qu’un autre ?

Alors en réalité et comme bon nombre de designers produit, c’est le dessin qui m’a amené à cette formation. Je pense que nous sommes un grand nombre à dessiner depuis l’enfance, puis poussés par la curiosité des objets nous entourant, à nous tourner vers [leur] conception. Le dessin étant un outil particulièrement pratique pour exprimer visuellement ce qu’il se passe dans notre tête. Donc un outil de communication important dans ce métier.

Donc concrètement, j’ai toujours dessiné. Que ce soit à la maternelle avec les dessins où il ne fallait pas dépasser du cadre, en primaire à dessiner nos héros de bandes dessinées, au collège et au lycée lorsque l’on s’ennuyait en cours jusqu’à l’université où du coup tu fais une formation qui va dans ce sens.

Le Bic, c’est venu très récemment comme une sorte de défi lancé à moi même. J’aime assez l’idée de représenter quelque chose de particulièrement complexe avec un outil rudimentaire que tout le monde utilise quotidiennement.

Tes créations sont majoritairement en lien avec Strasbourg (ses façades, la Cathédrale et ses gargouilles.), mais également très variées (paysages, autres villes, natures mortes, ou dessins anatomiques et d’animaux.) : comment choisis-tu tes sujets ?

L’année dernière, je suis parti en vacances à vélo, avec le moins d’affaires possibles. Pour la première fois, je n’avais pas de gros sac avec tout ce qu’il faut pour dessiner ou travailler. Arrivé à Besançon, je devais attendre un ami qui devait arriver 3 heures plus tard. Je ne pouvais pas attendre sans rien faire donc j’ai acheté un carnet et un stylo Bic chez le libraire du coin de la rue pour dessiner en attendant. Je me suis dit qu’il fallait continuer sur cette lancée et j’ai fait un petit carnet de voyage en dessinant les lieux que je traversais.

©Alix Videlier

De retour à Strasbourg et ayant encore pas mal de place dans mon carnet, j’ai continué sous la dénomination « carnet de non voyage ». Le reste, c’est un peu au coup de cœur. Je n’ai pas de but précis si ce n’est d’arriver à représenter de manière cohérente une belle image.

©Alix Videlier

Comment fonctionnes-tu ? Travailles-tu avec modèle ? Si oui : photo et/ou réel ? Est-ce que tu passes direct au Bic ou fais-tu un brouillon au préalable ?

Pour les dessins de façades, je vais sur place et je prends pas mal de photos. Ce n’est pas toujours évident parce qu’il faut « casser » la perspective liée à l’objectif de l’appareil ou de notre œil. Donc plus j’ai d’informations, mieux c’est. Il faut de temps à autre imaginer certaines parties qu’on ne distingue pas très bien.

Je fais quelques brouillons dans un carnet pour tester le mélange des couleurs et définir un peu la colorimétrie de l’image finale. Ensuite je me lance directement sur le papier. Pour certains dessins, j’utilise souvent des images trouvées sur Internet. Mais le processus reste le même. Il y a toujours une petite phase de tests sur carnet au préalable.

Et quelle place l’illustration prend-elle dans ta vie (par rapport à tes activités de designer) ? Vois-tu cela comme une passion, une évolution de ta pratique, un complément ?

Elle prend plus de place aujourd’hui mais je ne souhaite pas forcément qu’elle prenne le dessus sur mon activité de designer. Il y a tout de même une grande différence entre les deux (même s’il s’agit dans les deux cas de passions), notamment sur l’immédiateté de résultat.

Un dessin peut être fini en deux ou trois jours, alors qu’un projet de design peut prendre de 6 mois à 2 ans. Dans le dessin, je ne réfléchis pas autant ou pas de la même manière que sur la conception d’un objet. Je le vois plutôt comme un défoulement.

J’ai vu également que tu étais au Générateur : comment as-tu rejoint l’équipe ? Est-ce pour y exposer aussi tes objets ou uniquement tes planches ? Et as-tu des projets liés à l’illustration dont tu souhaiterais parler ? (expo/publication/etc)

On m’a souvent parlé du Générateur comme d’un chouette endroit et quand j’ai commencé à dessiner au Bic, ça semblait l’endroit idéal pour avoir un retour sur cette partie de mon travail. J’ai donc postulé via leur site internet et ça a fonctionné. Étant complètement néophyte dans la vente de d’illustrations, j’ai eu de précieux conseils donnés par l’équipe que je tiens véritablement à remercier.

J’ai normalement deux expositions de prévues. Une en HauteSavoie au centre culturel des Carroz d’Arâches en juillet, et une à Lons le Saunier (ma belle terre natale) chez Padouk (une galerie qui est en train d’ouvrir malgré la situation actuelle). En espérant que 2021 soit plus clémente que 2020 pour ces petites structures qui ont cruellement besoin d’aide.

En attendant le retour des expositions, qui reviendront peut-être avec les fleurs du printemps, c’est au Générateur que l’on peut retrouver le travail d’Alix Videlier, pour mettre du 4 couleurs dans nos quotidiens. Ou sur son Instagram, où l’on clique et re-clique, comme à l’époque, avec le capuchon de notre stylo préféré, en attendant la récré.


Pour suivre le travail d’Alix Videlier
Son site
Instagram
Le Générateur – Boutique de créateurs à Strasbourg


> Fanny Soriano

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