« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » clamait le président Emmanuel Macron le 15 octobre dernier. Mais pour certains l’heure est plutôt au slogan : « Qu’il est dur d’être célibataire en 2020 ! » La crise sanitaire actuelle a en effet impacté de nombreux pans de nos habitudes et n’a pas épargné notre vie amoureuse. En France, d’après le centre d’observation de la société, dix millions de personnes environ sont célibataires. Et faire des rencontres par les temps qui courent n’est pas chose aisée ; entre la peur du virus et les gestes barrières, difficile de faire place à la séduction.


Selon une étude Ifop réalisée du 9 au 12 juin 2020, seul un célibataire sur trois a repris une activité sexuelle dans le mois qui a suivi le déconfinement. En cause : la difficulté de faire des rencontres avec la fermeture des bars et de nombreux lieux de sociabilisation, le télétravail qui ne favorise pas les interactions, mais aussi les différents risques liés à la santé.

Nous sommes allés à la rencontre de six célibataires strasbourgeois pour discuter de leur nouvelle manière de draguer et de rencontrer l’âme sœur dans ce contexte de pandémie mondiale. Du côté des filles, il y a Solène*, 31 ans en reconversion professionnelle, Milla*, 33 ans, architecte et Laïs*, 33 ans elle aussi. Du côté des garçons, nous avons rencontré Jules*, 34 ans, réalisateur, Martin* 29 ans entrepreneur et Lucas*, 30 ans, trader.


« Il est difficile de faire des rencontres en cette période où tout le monde est masqué« 

Avant de commencer, tous les six nous ont confié bien vivre leur célibat de manière générale et ne pas être en recherche assidue de leur moitié : « Je n’ai pas à me plaindre de ma vie. Effectivement, un compagnon serait sûrement un plus, mais tout va bien en étant seule et je ne m’ennuie pas » raconte Milla. Lucas la rejoint sur ce point : « Je vis bien mon célibat de manière générale, je n’ai pas l’impression d’être « incomplet » […] Je suis bien avec moi-même ».

Le Covid n’a donc pas impacté leur manière de vivre leur célibat, mais il a changé leur avis sur leurs chances de rencontrer quelqu’un. Solène désespère : « Je sors beaucoup, donc je rencontre régulièrement de nouvelles personnes. Et là, forcément il y a moins de soirées, donc moins d’occasions de se réunir… ». Laïs confirme : « Vivant seule, j’ai quand même eu besoin de contacts humains à la fin du premier confinement : toucher quelqu’un, le serrer dans mes bras, être serrée… La tendresse et l’affection me manquent, plus que l’aspect sexuel. […] Mais le déconfinement n’a rien changé : il est difficile de faire des rencontres en cette période où tout le monde est masqué et où la règle est de ne pas s’attarder dans les lieux publics ».

© Charlie Picci Claude


Plus de temps pour apprendre à se connaître

Toujours selon un sondage Ifop de 2020, 90% des célibataires mettent en avant leur besoin de stabilité sexuelle et affective. La pause de trois mois, de mars à mai, a fait d’avantage émerger l’envie d’un(e) seul(e) partenaire stable. Le fait de ne pas pouvoir se ruer sur le premier date après quelques échanges a permis à certain(e)s de se donner plus de temps pour se découvrir avant de se rencontrer. C’est le cas de Lucas qui parle d’une vraie prise de conscience : « Rester seul avec soi, c’est une épreuve pour beaucoup de gens, mais ça donne aussi du temps pour réfléchir et se poser des questions. Cette période de crise sanitaire nous fait prendre conscience des gens qui sont vraiment importants. Je sais que, dorénavant, mes prochaines rencontres se dérouleront dans la durée et moins dans l’instantanéité ».

Milla pense que tout cela est lié au fait que nous avons peut-être plus de temps à accorder à nos premiers échanges : « Peut-être qu’on souhaite connaître mieux et plus en profondeur les gens. Et justement, on a matériellement plus le temps pour ça ». Ou peut-être le besoin de se raccrocher à quelque chose qui tienne debout, comme le pense Solène : « Avoir à nouveau des papillons dans le ventre pourrait me faire oublier cinq minutes que le monde s’écroule autour de moi ».

De son côté, Jules voit plutôt ces temps troubles comme un moment pour se retrouver soi-même : « Évidemment que ça impacte mes chances de rencontrer quelqu’un. Mais pourquoi ne pas en profiter pour se recentrer, se demander ce qu’on veut vraiment ? À vrai dire j’ai rarement été célibataire très longtemps, et là, ça me fait du bien de me poser. Il fallait peut-être que ça se passe comme ça ».

© Charlie Picci Claude


« T’as fait ton test Covid ? » is the new « T’as fait ton dépistage VIH et MST ? »

Le Covid est un vrai frein à la liberté sexuelle et bloque de nombreuses personnes ; ceux qui l’ont déjà eu ont peur et les autres se méfient. Encore et toujours selon le sondage Ifop réalisé en juin 2020, un célibataire sur deux se serait interdit de fréquenter des lieux de rencontre, ou de rouler une pelle à une personne qui lui plaît ces derniers mois. Et plus de la moitié d’entre eux refusent de coucher avec une personne qui pourrait être au contact du virus.

Quand nous demandons à nos célibataires si le virus les rend plus méfiant(e)s à l’idée de se rendre à des rendez-vous, les réponses sont variées. Pour Lucas, c’est assez clair : « Je suis totalement contre l’idée d’aller rencontrer quelqu’un pour l’instant, et le deuxième confinement en est la preuve formelle. Je pense que l’on doit tous faire un effort, et même si ce n’est pas pour nous, au moins penser aux autres ». Jules, lui, s’enthousiasme : « C’est quelle case à cocher sur l’autorisation de sortie ? » Tout comme Martin : « Je ne suis pas du tout réticent. Il suffit juste de respecter les gestes barrières et de se respecter mutuellement ».

Milla et Solène sont quant à elles un peu plus méfiantes : « À ce jour, je n’irai pas rencontrer quelqu’un que je ne connais pas déjà. Mais bon vu la situation actuelle, si on veut tout respecter, ça semble compromis d’aller plus loin que de discuter via message […] Je ne dis pas non plus que je ne briserai jamais le confinement s’il dure et que j’ai vraiment envie de voir quelqu’un » ajoute Milla. Solène souligne aussi l’importance de sa sécurité physique dans ses rencontres : « Avec le reconfinement, oui, je suis plus méfiante. Tout est fermé et je me vois mal dîner chez un mec que je ne connais pas et devoir y passer la nuit ».

Laïs et Lucas ont préféré limiter les rencontres pour des raisons de santé : « Je n’ai pas peur du virus, je l’ai eu en février […] Il est vrai que je suis moins allée vers les gens et j’étais moins ouverte à de nouvelles rencontres. Il faut dire aussi que j’ai eu quelques conséquences dermatologiques et physiques du Covid qui ont fait que je n’avais pas l’énergie nécessaire pour découvrir quelqu’un […] De plus, plusieurs de mes partenaires potentiels ou actuels sont à risque : maladies chroniques, co-morbités, etc. Je n’ai moi-même pas une santé de fer : j’ai une tendance à choper tout ce qui bouge. Nous avons donc limité les interactions physiques », raconte Laïs. « Ce virus me fait peur pour deux raisons ; premièrement, il y a une personne diabétique dans mon entourage et je ne souhaite pas lui faire courir un risque supplémentaire. Deuxièmement, j’ai un traitement médical à vie, à base d’immunosuppresseurs, ce qui pourrait accroître mes chances d’avoir une forme grave du virus. Donc, je ne suis pas du tout engageant, ou je ne vais pas vers les autres en étant plus avide de rencontrer de nouvelles personnes », raconte Lucas. Cela l’a obligé à écourter certaines histoires : « J’ai rencontré des personnes via les applications ou à l’extérieur cet été mais ça n’a pas donné grand-chose… Comme les étapes classiques qui devaient suivre impliquaient un rapprochement physique certain, les événements se compliquaient ».

© Chloé Moulin


Les applications de rencontre, le salut des âmes esseulées ?

Pour certaines personnes, les applications de rencontres sont rédhibitoires et cassent toute la magie d’un coup de foudre. Mais dans le contexte mondial actuel, ces applications seraient-elles devenues synonyme de salut pour les âmes esseulées ? « Ça m’est déjà arrivé de fréquenter des sites de rencontres, mais toujours sur des périodes assez courtes, de quelques jours. Car au final, je trouve qu’il y a trop peu de gens qui me correspondent dessus, et ça me fatigue d’avance de faire le tri dans des conversations plates. À la fin du premier confinement, je m’étais inscrite sur Happn, je trouvais le concept ludique. Et finalement ça m’avait tapé l’angoisse » confie Milla. Lucas, lui, à l’inverse, a mis sa vie amoureuse virtuelle en pause avec le Covid : « J’ai longtemps utilisé les applications de rencontres, mais, preuve en est, je n’ai pas encore trouvé la fameuse perle rare ».

Solène, elle, tâtonne un peu ce concept qui est nouveau pour elle, célibataire depuis deux ans après de longues années en couple : « Jusque-là, j’étais plutôt du genre à profiter des jolis hasards de la vie et des soirées pour faire des rencontres. Et j’ai vite réalisé qu’en restant chez moi plusieurs mois, le hasard allait se faire rare. Alors je Tindèrise, cette année ». Jules swipe régulièrement sur les applications, mais n’aime pas s’y attarder : « Je ne parle pas beaucoup généralement. Je demande direct à passer par la case buvage de bière ». Ses plans sont quelque peu compromis pour les semaines à venir.


Premier rendez-vous en visio ?

Matcher avec quelqu’un n’est donc pas la dernière étape de ce Koh-Lanta du célibataire, encore faut-il pouvoir se rencontrer pour voir si la magie opère réellement ou si ce n’est qu’un mirage. Certaines personnes ont donc pris la décision de se donner leur premier rendez-vous chez elles. Mais chacun chez lui, devant son écran. Pas de brouhaha des conversations derrière, pas de sourires en coin ni de regards furtifs, pas d’improvisation.

Nos six célibataires s’accordent tous à dire qu’ils n’adhèrent pas au concept : « Les trucs vidéos ça me donne mal au crâne », s’exaspère Martin. Même son de cloche de la part de Milla qui ne se sent pas à l’aise avec le concept : « Je n’ai jamais fait de date vidéo et j’avoue que ça m’angoisserait un peu. Je préférerais de loin le téléphone, mais un visio pour un premier date, bof. Je dois être trop vieille pour adhérer à l’idée ». Jules lui reste septique mais pas fermé à l’idée : « Je n’ai jamais osé […] Le date vidéo est intimidant dans le sens où tu ne sais pas quand ça commence et tu ne sais pas quand ça fini. Tu n’as pas d’échappatoire […] Mais là, je parle à quelqu’un en ce moment sur Tinder et peut-être que le prochain confinement sera l’occasion de tester cette fonction, faut vivre avec son temps ».


« Là tout de suite, j’ai les crocs ! »

Tinder ou pas, nos célibataires ont-ils eu l’occasion de faire de nouvelles rencontres cette année ? (On dirait la bande-annonce de la prochaine émission de NRJ12). Solène, elle, ne fréquente que des personnes qui étaient déjà dans son cercle amical ou des rencontres Tinder : « Le côté coup de foudre dans un festival, t’oublies. Il y a moins de place au hasard » se désole-t-elle. Laïs relativise sur le fait que ses interactions (poly)amoureuses aient été limitées cette année : « Je suis une femme indépendante, plutôt stable dans sa tête, qui n’a pas besoin d’autrui pour être heureuse. Même si la vie est plus belle quand on est amoureux ou amoureuse. Bon ça c’est la définition générale, parce que là tout de suite, j’ai les crocs».

Certains comme Martin ont fait de nouvelles rencontres uniquement charnelles et d’autres, sont restés sur leur faim : « Je n’ai jamais été du genre à enchaîner les plans culs, mais cette année, le Covid a réellement impacté ma vie sentimentale et sexuelle. » m’explique Solène. Milla, elle, n’a simplement pas rencontré Cupidon : « J’avais discuté avec un artiste plutôt cool, mais je n’ai pas eu le déclic qui m’a donné envie d’aller plus loin ». Quant à Jules, les contacts physiques lui manquent, mais pas forcément ceux du couple : « Je ne suis pas malheureux d’être seul dans mon plumard, je me sens entouré de toute façon et j’ai la couette pour moi tout seul ! […] Le côté charnel me manque surtout avec les ami.e.s ! »



*Le prénom a été modifié.

> Charlie Picci-Claude

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