Depuis la fin du mois de Juillet, des Strasbourgeois(es) se réunissent toutes les semaines pour passer la ville au peigne fin et ramasser les déchets échoués hors des poubelles, ou jetés par terre. Lancées par Marie Furlan, citoyenne engagée, ces « cleanwalk » comptent désormais plusieurs dizaines de participants. Nous sommes allés à la rencontre de ces bénévoles au service de la propreté et de l’écologie.

« Les cleanwalk ont pris une ampleur à laquelle je ne m’attendais pas »

Samedi dernier, elle était la première à s’installer derrière le stand des cleanwalks strasbourgeoises, sur le village de la marche pour le climat. À 27 ans, la Strasbourgeoise Marie Furlan a lancé en juillet dernier des sessions de ramassage sur le territoire de l’Eurométropole, après un déclic, au cours d’une ballade. « Je me promenais sur les quais près de chez moi quand j’ai remarqué que c’était hyper sale, se souvient la jeune femme. Il y avait des déchets partout. J’ai posté quelques photos sur le compte Instagram lié à mon blog et j’ai eu beaucoup de réactions. Je me suis dit qu’il n’était pas possible de ne rien faire. » Marie donne alors rendez-vous à ceux qui la suivent pour une première opération de nettoyage. Puis une deuxième. Et une troisième. Les cleanwalks strasbourgeoises sont lancées.

Un mois et demi plus tard, Marie Furlan semble presque surprise de l’engouement autour de son projet. « Pour la première session, je pensais qu’il n’y aurait pas grand monde. Mais on était quand même 5-6. La semaine dernière à la gare en revanche, on était près d’une cinquantaine, se réjouit-elle. Ça a pris une ampleur à laquelle je ne m’attendais pas. » Le groupe Facebook créé début août pour relayer cette initiative compte, lui, plus de 650 membres. « On voit que ça marche, ça plaît aux gens », sourit cette Strasbourgeoise qui travaille dans le milieu de la communication, quand elle ne consacre pas son énergie à ses nombreux engagements militants. Sensible à la cause écolo, elle milite en effet pour l’alimentation végétale, a rejoint récemment Zéro déchet Strasbourg, mais est aussi membre de SOS Homophobie et du collectif Festigay, organisateur de la marche des fiertés.

Bien lancées, les cleanwalks ont vocation à se poursuivre. Mais Marie songe déjà à de nouvelles actions autour de cette initiative. « Pendant les marches, on parle beaucoup avec les gens que l’on croise en même temps. On est en train de réfléchir à des opérations de sensibilisation, pour faire comprendre quelles sont les conséquences de tous ces déchets jetés par terre. » Une façon de faire de la pédagogie aussi, alors que certaines réactions sur les réseaux sociaux les accusent « de voler le travail des agents de la Ville. » « Il y en a largement assez pour tout le monde, glisse Marie. Nous on vient plutôt le soir et eux passent le matin. » La militante souhaite toutefois pouvoir collaborer avec les services de la Ville à l’avenir, concernant les déchets récoltés.

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Marie Furlan
© Victoire Pirot

« Je fais partie d’une génération qui est celle de la forte consommation »

Stéphane Gomard, 46 ans, travaille dans le secteur bancaire. Il fait partie des premiers marcheurs à avoir rejoint Marie Furlan dans son opération de ramassage des déchets. « Je la suivais sur Instagram et j’ai vu qu’elle proposait une session au parc du Heyritz », se souvient-il. « Très sensible à la production de déchets », ce Strasbourgeois avait déjà participé à des initiatives écologiques, comme le défi « fill the bottle » (qui consiste à remplir des bouteilles de mégots), ou la réduction de ses propres déchets.
« C’est le fruit d’un ensemble de réflexions, explique-t-il. Je fais partie d’une génération qui est celle de la forte consommation. Quand j’étais petit, on achetait de la viande pour montrer qu’on en avait les moyens. C’est à cette époque que l’on a arrêté les systèmes de consigne. Devenu adulte, je n’ai pas spécialement fait gaffe. » C’est la mise en place d’une taxe des ordures incitative, évoluant en fonction du poids de ses déchets, qui a amorcé sa prise de conscience. En faisant des efforts pour réduire le poids de ses déchets et recycler, « on se rend compte du volume de suremballages au quotidien », juge-t-il. Stéphane s’est donc mis aux achats en vrac. Participer aux cleanwalks est une prolongation de ces engagements. « C’est important d’être dans des actions concrètes. Il faut trouver des moyens de sensibiliser sur le sujet. Si au cours de la marche je discute ne serait-ce qu’avec une seule personne, et qu’elle réfléchit à ces questions par la suite, c’est toujours ça de gagné. »

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Stéphane Gomard © Victoire Pirot

« Le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas »

Parmi les cleanwalkers réguliers, on trouve aussi des entrepreneurs. Daniel Monajaraz a 22 ans, termine un master marketing à l’EM de Strasbourg, et a lancé cette année sa startup Green Phoenix. Cette dernière propose un service de collecte, tri et valorisation des biodéchets grâce, notamment, à un vélo cargo. Les biodéchets sont ensuite transformés en biocarburants, chaleur, ou engrais. Daniel a rejoint les cleanwalkers début septembre. « C’est un collègue qui m’en a parlé, il avait eu connaissance grâce à la radio. Je suis venu à la dernière session organisée, à la gare, explique-t-il. Je partage les valeurs de l’initiative citoyenne lancée par Marie. » L’équipe de Green Phoenix se tient prête à accompagner les prochaine cleanwalk pour trier les déchets récoltés.

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Daniel Mujaraz
© Victoire Pirot

Alain Muller, 36 ans, a également décidé de créer une activité en lien avec ses engagements écologiques. Son cheval de bataille ? Les mégots. « On a beaucoup parlé des pailles, ou des bouteilles, mais les mégots polluent énormément également. » Le Strasbourgeois s’est lancé avant le confinement dans un tour du monde de 18 mois au cours duquel il a ramassé tous les mégots qu’il a pu trouver. Une manière de voyager « en se sentant utile. » À son retour, il a lancé Ecomada, une startup qui commercialise des cendriers de poche, pour éviter que les mégots ne se retrouvent sur les trottoirs ou dans les caniveaux. Alain s’est engagé dans les cleanwalk cet été, son constat est sans appel : « le mégot reste le déchet le plus ramassé. » L’ancien globe-trotteur cherche donc à sensibiliser, encore et encore, en rappelant que « le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas » et qu’un mégot jeté dans la nature pollue entre 40 et 500 litres d’eau.

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Alain Muller
© Victoire Pirot

Motivés, engagés, les cleanwalkers ne semblent pas près de s’arrêter. Une nouvelle session est d’ailleurs prévue samedi 19 septembre quai des Bateliers. Le départ est prévu pour 15h, place du Corbeau. Lors de la dernière session, les marcheurs ont ramassé plus de 30 kilos de déchets en une heure seulement, place de la gare.

Victoire Pirot

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