Cette semaine sonne le glas des illuminations de notre magnifique cathédrale. Un show son et lumière impressionnant devenu l’immanquable rendez-vous estival pour que Strasbourgeois et touristes découvrent le monument sous un autre jour. Cette année, le spectacle repose sur le concept de la slow life et invite les spectateurs à savourer un temps de “Pause” face à Notre-Dame. On vous dévoile les secrets de ce tour de magie monumental.

C’est la toute dernière semaine de représentation pour le spectacle son et lumières “Pause” qui se tient ni plus ni moins que sur la façade de notre chère et tendre cathédrale. Un show qui a nécessité la coopération de plusieurs professionnels, chapeauté par l’agence Big Family. L’aboutissement d’un tel projet a reposé sur l’investissement du duo Lnlo, en charge des animations vidéos, sur le régisseur lumière et scénographe Daniel Knipper, sur une musique créée par Les Ensembles 2.2, et évidemment sur les compétences des techniciens de Xeos. On a eu l’occasion d’interroger certains d’entre eux, pour en savoir un peu plus sur les dessous de ce fameux show. 


Des conditions de travail impactées par le Covid


Le spectacle “Pause” est en fait le produit d’un appel d’offre public lancé par la Ville auquel l’ensemble de l’équipe coordonnée par Big Family a répondu. Dès le départ, une invitation à mettre la slow life à l’honneur a été émise par l’Eurométropole, et le projet présenté par l’équipe a donc pris en compte cette volonté dès les premières réflexions. L’appel d’offre a été publié début mars, et évidemment, le Covid a rapidement compliqué la gestion du projet. Les différents membres ont donc travaillé sur leur proposition en pleine période de confinement. Tout a pris forme avec un travail d’équipe fait de manière virtuelle. C’était très particulier comme gestion de projet et comme processus de création. Déjà créer en équipe à plusieurs, c’est particulier, mais en plus à plusieurs sans avoir le contact visuel et physique, c’est difficile.” raconte Helen, du duo Lnlo, en charge des animations vidéos. Difficulté supplémentaire pour le duo : créer les animations sans avoir jamais vu la cathédrale (ndlr. les bureaux de Lnlo sont basés à Monaco), alors que les membres ont l’habitude de se rendre sur site pour voir le bâtiment, les alentours, mais aussi l’ambiance qui se dégage du lieu.

Pour élaborer leur proposition, l’équipe a donc eu un mois et demi tout au plus. Suivi de deux mois pour tout réaliser une fois le projet accepté par la Ville. Résultat : 12 minutes de vidéo et de son, composés en un temps record. “C’était assez inédit. On n’a jamais fait un projet en si peu de temps et sous une telle pression de planning. Il y avait une deadline, qu’on ne pouvait pas repousser. Généralement, un projet d’une telle ampleur il faut plus de trois mois et demi. En ce qui nous concerne, il y a eu des quantités de nuits blanches et de travail non-stop. Mais on le voulait vraiment et on était très attachés à ce projet.” confesse Helen.

© Samuel Compion / Pokaa


Comment imaginer un tel spectacle ? 


Le duo artistique et technique Lnlo (Helen Eastwood Laurent Brun) existe depuis 2008 et a notamment participé de nombreuses fois à la Fête des Lumières de la ville Lyon. Pour ce projet, les artistes ont cherché à exprimer cette “Pause”, en imaginant d’abord le monde d’avant, l’accélération, le trop-plein, avant de marquer le temps de la pause que le spectateur est en train de vivre avec l’arrêt, la cessation de toute activité. Puis ils ont souhaité énoncer une reprise, mais plus positive, plus juste, plus équilibré. Mais alors comment mettre en images ces réflexions ? Helen explique : “Il y a des mots, des notions qui ressortent et qui après, graphiquement se traduisent. On voulait commencer le show avec des choses un peu violentes avec une première minute un peu en accéléré pour donner cette sensation du rythme un peu forcé dans nos vies actuelles. Pour le thème de la pause, il était évident pour nous de ne pas imposer d’images, comme un blanc. Et pour le futur qu’on envisage, on était dans un langage graphique de reconstruction, de prendre tout un tas de petits morceaux et reconstruire pour donner à voir la cathédrale qui se transforme graphiquement et change de couleur.” Comme le précise Helen, Lnlo fait dans l’abstrait et ne cherche pas à écrire une histoire narrative, mais privilégie le langage graphique, c’est-à-dire les formes et les couleurs en mouvement.

Du côté du son, ce sont Gaëtan Gromer et Antoine Spindler de Les Ensembles 2.2 qui ont composé la musique du spectacle. Il s’agit donc là, d’une création musicale unique. Le duo est spécialiste de la musique électro-acoustique. Autrement dit, ils enregistrent des sons de la vie de tous les jours et les transforment en musique. Pour ce projet, les deux artistes ont ainsi choisi d’intégrer des sons de la ville de Strasbourg dans leur composition, mais aussi de courts extraits de Beethoven, en hommage à son 250e anniversaire.

© Samuel Compion / Pokaa


Concrètement, comment ça fonctionne ? 


Derrière la magie du show, se cachent des techniques bien rodées. Lnlo a travaillé à partir d’une photo de très bonne qualité de la cathédrale, prise sous le bon angle : “Évidemment, en travaillant sur photo, ça reste en deux dimensions, donc on n’a pas les trois dimensions de la cathédrale, c’est-à-dire la profondeur. En plus, elle a vraiment de grandes avancées et de grandes trouées. C’était un sacré pari et un grand travail d’intuition de se dire que quand on va envoyer ces couleurs et ces formats sur la cathédrale, ça va fonctionner parce qu’il y a ces découpes et ces profondeurs pour effacer ou mettre en avant tel ou tel détail. Heureusement, on avait la chance de travailler avec Daniel Knipper, qui est Strasbourgeois et qui a déjà travaillé sur la cathédrale pendant des années. Donc quand on avait des doutes, il était capable lui-même de prévisualiser ce que ça allait donner.” indique Helen. Enfin, à J -10 de la première représentation, le matériel de projection est mis en place par les techniciens de Xeos, qui font un gros travail de réglage pour que chaque dessin tombe parfaitement à l’endroit où il doit être sur la cathédrale. 

Pour la musique, Gaëtan Gromer explique qu’il y a d’abord eu un travail de repérage. Les deux artistes ont fait appel à un preneur de son qui a sillonné Strasbourg pendant un mois et s’est attardé à différents endroits comme la réserve naturelle de l’Ile du Rohrschollen, ou tout en haut de la flèche de la cathédrale, dans le clocher, mais aussi le bruit ambiant de la vie courante. Tous ces sons ont formé une immense base de donnée sur laquelle Les Ensembles 2.2 ont pu travailler. Vient ensuite la phase de travail en studio où l’équipe va simuler en maquette. Puis, il aura fallu une semaine de tests sur place avec les techniciens pour ajuster à la dimension. 

Utiliser la musique électroacoustique pour accompagner les illuminations de la cathédrale et rendre hommage aux 250eme…

Gepostet von Les Ensembles 2.2 am Dienstag, 8. September 2020
© Les Ensembles 2.2

Et pour un tel ouvrage diffusé en extérieur, c’est une acoustique très particulière qu’il faut prendre en compte. Plus le volume est grand, plus il est difficile de diffuser de façon homogène, sans agresser les spectateurs. Le lieu est en forme de T, le parvis est très large, or la rue Mercière est elle, très serrée. Alors que la forme la plus simple en acoustique, c’est le carré. Il y a donc toute une question de résonance parce que certaines fréquences vont résonner plus fort. Mais il y a aussi l’immersion, parce qu’il y a une spatialisation des sons qui viennent de devant de derrière et il faut gérer ça pour qu’on le ressente. Et enfin, la question du volume ressenti. Il faut que ce soit fort pour le côté spectaculaire, mais pas que ce soit trop fort non plus, donc c’est un équilibre à gérer.” conclut Gaëtan Gromer. 


Pour découvrir le spectacle, il ne vous reste plus que quelques jours : jusqu’au 20 septembre, il sera projeté à 21 h 30, 22 h 15 et 22 h 45. Il est totalement gratuit et sans inscription, il suffit juste de se présenter à l’angle de la rue des frères et de la rue des Hallebardes un peu avant le commencement 😉 Bon spectacle !

© Samuel Compion / Pokaa

Photo de couverture : montage photo de @nona.ziai et @samuel compion

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