Ce lundi 7 septembre, aux alentours de 16h, chancelants, pantelants et impatients, nous étions suspendus aux mots de la préfète du Bas-Rhin. Après une saga masquée qui n’a eu ni queue, ni tête, mais nous a causé de belles migraines, Josiane Chevalier a rendu sa décision pour Strasbourg : tout reste comme avant. Adieu avis de la maire Jeanne Barseghian et adieu tribunal administratif, il faut se le dire : quand y a masque sur zone rouge, rien ne bouge.

Beaucoup de bruit pour rien

Tout ça pour ça… Non, ce n’est pas la réaction après la fin de Once Upon a Time in Hollywood ou de Blade Runner 2049 – faîtes-moi changer d’avis – ou un raté de Waris seul face au but après une belle action collective du Racing. Cela reflète plutôt notre état d’esprit et ce que l’on a pu tous se dire après la révélation du jour : à Strasbourg, le port du masque en extérieur reste obligatoire, partout et tout le temps.

Ceux qui étaient contre cette décision seront sans doute les plus déçus, surtout avec la décision du tribunal administratif de Strasbourg de retoquer l’arrêté pris par la préfète le 28 août dernier. Avec en plus le poids politique de notre maire Jeanne Barseghian, en faveur d’un port du masque plus nuancé, demandant notamment dans les parcs de créer des « aires de respiration », on pouvait s’attendre à ce qu’il y ait du changement. Que nenni et au diable un couple maire/préfète qui a pris un bon gros coup de chevrotine dans l’aile. Surtout que Schiltigheim et Bischeim ont pu quant à elles bénéficier d’aménagements, concernant justement les parcs, jardins et autres jardins ouvriers. Les aires de respirations ne sont pas jugées pareil partout…

Derrière ce non-changement se trouve la justification que toute la ville de Strasbourg est considérée comme une « zone active de circulation du virus ». Et que, dès lors, le port du masque en extérieur était entièrement justifié et ne souffrait d’aucune contestation.

Une situation à laquelle il va falloir s’habituer… © Bastien Pietronave/Pokaa

Un rappel des chiffres

Puisque rien ne change, allons quand même un peu plus loin, pour chiner les fameux indicateurs de la discorde. 

Le taux d’incidence

Strasbourg et l’Eurométropole, comme le Bas-Rhin, sont passées en zone rouge. La principale raison ? Le fait que le taux d’incidence soit passé au-dessus du seuil d’alerte à Strasbourg et dans l’Eurométropole, c’est-à-dire au-dessus de 50 personnes positives pour 100 000 habitants pour la semaine du 24 au 30 août, très exactement 55,8. Pour le Bas-Rhin, sur cette même semaine, le taux d’incidence était de 38.4. Les deux en-dessous de la moyenne nationale, établie à 58,5. À ce sujet, il convient de rappeler que le taux d’incidence a vu son mode de comptage changer depuis le 29 août dernier ; désormais, indicateurs issus des données de laboratoires (SI-DEP) présentent des taux d’incidence, de positivité et de dépistage corrigés en fonction des dépistages réalisés dans les aéroports à l’arrivée des vols internationaux.

Taux d’incidence dans le Bas-Rhin, dans la semaine du 29 août au 4 septembre 2020. © Santé Publique France

Pour la semaine du 29 août au 4 septembre, le taux d’incidence dans le Bas-Rhin a augmenté puisqu’il s’établit à 41.7, contre 63.6 en national. Et pourtant, notre département est quand même passé au rouge, alors qu’il continue d’être sous le seuil d’alerte. Pourquoi, pourrait-on se demander ? Il semblerait que cela soit en anticipation, sachant que Strasbourg et l’Eurométropole (environ 500 000 sur ses 1,127 millions d’habitants, donc quasiment la moitié) ont un taux d’incidence plus élevé. Néanmoins, cette décision peut être très largement critiquée, parce que le passage en zone rouge ne se justifie pas vraiment en termes de chiffres, et surtout donne bien plus de pouvoirs à la préfète. Qui aime bien les utiliser, ces/ses pouvoirs.

Le taux de positivité et les tests réalisés

Mais le taux d’incidence n’est pas le seul indicateur qu’il faut suivre, même si c’est celui qui détermine le passage en zone rouge – bien que finalement, les préfets peuvent faire ce qui leur plaît. Sur la semaine du 29 août au 4 septembre, les derniers chiffres disponibles sur cette page GEODES, le taux de positivité moyen dans le Bas-Rhin est de 2,37 %, variant entre 1,1 et 4,1%. Soit largement inférieur aux 5 % du seuil de vigilance. Dans le même temps, en une semaine, il y a eu 18 368 tests PCR réalisés dans le Bas-Rhin, soit une moyenne de 2 624 tests par jour.

L’écouvillon de l’amitié. © Coraline Lafon

Pour la semaine du 24 au 30 août, le taux de positivité moyen s’établit à 2,41 % variant de 1,1 à 2,9%. Du côté des tests PCR réalisés, il y en a eu 16 752, soit 2 393 par jour. En comparant les deux semaines, on se rend compte qu’il y a eu quelques 231 tests supplémentaires réalisés en moyenne, pour un taux de positivité légèrement inférieur. Sans rentrer dans de l’analyse d’indicateurs variables dans le temps, on peut juste constater que depuis deux semaines, le taux de positivité reste stable. Ce qui signifie qu’il n’y a pas de réelle accélération de l’épidémie, dans les personnes testées. Et que la situation dans le Bas-Rhin est encore bonne de ce point de vue là.

Les chiffres dans les hôpitaux

Enfin, l’indicateur sans doute le plus important reste la saturation des services hospitaliers, et notamment la place en lits de réanimation. Alors que les Bouches-du-Rhône sont très proches d’un état catastrophique, le Bas-Rhin n’est pas du tout dans la même situation. En effet, au lundi 7 septembre, il y a 4 personnes en réanimation, pour 78 personnes hospitalisées. Clairement, nous ne sommes plus du tout dans la même situation qu’au pic de l’épidémie, le 3 avril, où 1 064 personnes étaient hospitalisées tandis que 283 étaient en réanimation !

Conclusion : quand tu es préfet, fais ce qu’il te plaît

On peut donc se dire que ce passage du Bas-Rhin en zone rouge, d’un point de vue purement chiffré, peut être assez difficile à expliquer. Au-delà de la problématique du port du masque, le rouge est une couleur qui donne du pouvoir à la préfète, alors que dans le même temps cette couleur menace de facto des restaurants, des bars, des salles de loisirs, des commerçants, bref, une quantité non-négligeable de gens qui ne peuvent plus se permettre de ne pas avoir de clients. Sur ça, on doit interroger, critiquer, discuter. Ce même si la préfète rassure en disant qu’on en est pas encore au point de fermer plus tôt certains établissements.

Alors qu’est-ce que tout cela signifie pour Strasbourg ? Eh bien que tout reste comme avant, un port du masque en extérieur, obligatoire partout et tout le temps, au moins jusqu’au 30 septembre. La préfète a jeté le couple maire/préfète avec l’eau du bain, ne prenant pas du tout en compte les demandes de Jeanne Barseghian d’accorder des « aires de respiration » aux Strasbourgeoises et aux Strasbourgeois. Un couple au pouvoir décisionnel apparemment déséquilibré, qui va néanmoins devoir retravailler ensemble à la bonne tenue d’un Marché de Noël encore flou. En espérant que les décisions soient plus équilibrées cette fois-ci. Mais bon, y a de l’espoir : cette fois-ci, il n’y aura sans doute pas l’État et le Conseil d’État à la rescousse. En attendant, sortez masqués et prenez soin de vous. On se revoit au prochain changement de ton.

2 COMMENTAIRES

  1. « Bien que finalement, les préfets PUISSENT faire ce qui leur plaît. », avec subjonctif c’est plus correct (puisque c’est un fait imaginé, et que « bien que » toujours plus subjonctif.

    Sinon, ben c’est n’importe quoi, cette décision. Aveugle, brutale, insensible aux quartiers et rues désertes et aux horaires de solitude. Illogique dans son application. Pourquoi tout seul sur un banc dans un parc je devrais porter le masque, alors que le joggeur qui passe devant moi souffle toutes les gouttes de son corps librement ?!?

  2. Je suis disponible pour offrir des cours d’écriture à M. Kaspar. Entre blagues qui tombent à plat et phrases lourdes, ça devient compliqué de s’infliger ses articles.

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