Vous le savez, Strasbourg est une ville de labels. Ces derniers sont un facteur d’attractivité et de rayonnement, en France comme dans le monde. Mais une initiative de la ville que vous ne connaissez sans doute pas a un rapport avec une activité prisée des bonnes résolutions du début d’année : le sport. Plus précisément, le sport santé sur ordonnance. Enfourchez vos vélos et enfilez vos chaussures de running, on vous explique ce que c’est.

Concrètement, le sport santé sur ordonnance, qu’est-ce que c’est ?

Faisons d’abord un petit échauffement en reprenant les bases et la définition du sport santé sur ordonnance. Concrètement, comme l’explique François Jouan, chef du service santé de la Ville, le sport sur ordonnance « c’est de l’activité physique, régulière et modérée prescrite par un médecin généraliste ». La condition ? William Gasparini, sociologue et professeur à la Faculté des sciences du sport de l’université de Strasbourg, développe : « Il faut avoir certaines maladies, les maladies dites chroniques : cancer du sein, colon, diabète de type 2… »

Une initiative pure choucroute

Maintenant que l’échauffement a débuté, on peut rentrer un peu plus dans le travail des muscles. Les débuts du sport santé sur ordonnance se sont faits en 2012 : « On a été l’une des premières collectivités à se lancer dans ce type d’aventure » déclare François Jouan. William Gasparini poursuit  : « Le sport santé sur ordonnance vient de la volonté et la présence de l’adjoint au sport Alexandre Feltz, médecin et sportif, qui a contribué à créer ce dispositif. Cela vient d’une volonté politique. »

Du sport partout. © Nicolas Kaspar pour Pokaa

Cette volonté fait suite aux États généraux du sport, une réflexion sur la politique sportive de la ville de Strasbourg menée en 2009, à la suite de la première élection de notre Ries à nous. Là-dedans, il y a eu des propositions qui ont mené à la Charte du Sport de la ville de Strasbourg en 2016, mais également sur le sport santé. Notamment celle de développer la prévention primaire et secondaire par l’activité physique. « Il y a eu un diagnostic qui a été effectué sur les inégalités de santé dans Strasbourg et il a été révélé que ce sont dans les quartiers populaires qu’il y a moins d’activités physiques pour femmes et personnes âgées où il y avait le plus de maladies chroniques. »

Et maintenant, la prescription du sport santé sur ordonnance peut se faire partout, comme le précise François Jouan : « Désormais, tous les médecins, grâce une loi de 2016, peuvent prescrire une telle mesurela loi du 26 janvier 2016 a par la suite été complétée par un décret datant du 30 décembre 2016, relatif aux conditions de dispensation de l’activité physique adaptée prescrite par le médecin traitant à des patients atteints d’une affection de longue durée, ndlr. »

Comment ça fonctionne ?

On est bien échauffés, les muscles sont prêts et notre cardio est monté dans les tours. On peut désormais s’intéresser aux détails et à comment le processus fonctionne. William Gasparini débute : « Une fois que la patient a cette ordonnance, il se rend au service des sports de la Ville où il rencontre un éducateur qui va essayer de connaître ses motivations, son background avec un questionnaire et des tests physiques. En fonction de cette rencontre, l’éducateur va l’orienter vers une activité adaptée à sa pathologie et à ses motivations. »

© Document remis/François Jouan

Une fois que la personne est entrée dans le parcours d’activité physique, c’est généralement pour quelques années, comme l’explique François Jouan : « Le parcours dure trois ans : la première année est gratuite, alors que la deuxième et troisième année sont sur la tarification solidaire. Ce qui veut dire que les gens contribuent en fonction de leurs revenus. C’est surtout une contribution symbolique, autour du SMIC c’est 50 euros par an par exemple, alors que le coût réel du dispositif sur l’année 2019 a été de 530 000 euros. » En outre, il est également possible pour ces personnes de bénéficier pendant un an d’un abonnement gratuit Vel’hop !

Les activités physiques alors proposées dans le parcours sont nombreuses et variées : basket santé, piscine, école de vélo grandeur nature, aquagym, pratiques douces dans les parcs comme le thai chi, la marche nordique… le tout soit encadré par les éducateurs de la Ville ou alors au sein de clubs labellisés sport santé.

Le sport santé sur ordonnance : une brique dans une politique de santé publique par l’activité physique

Les muscles commencent à tirer, nous sommes en plein effort. Si le sport sur ordonnance est au cœur de cet article, ce n’est de loin pas la seule initiative prise par la Ville en termes d’activité physique. En effet, dans son objectif de prévenir les maladies chroniques, elle a également lancé le dispositif Prise en charge coordonnée des enfants obèses et en surpoids à Strasbourg, ou PRECOSS.

François Jouan explique le but du dispositif : « Le sport santé sur ordonnance est une action en direction des adultes et des personnes âgées, en moyenne de 53/55 ans. PRECOSS c’est le petit frère qui s’adresse sur Strasbourg aux enfants en situation d’obésité, en priorité dans les quartiers prioritaires. » Il a été lancé en 2014, avec justement des antennes dans les quartiers prioritaires. Le but ? «  Les accompagner par de l’activité physique mais pas seulement par le sport, aussi à travers du soutien alimentaire, avec des diététiciennes, des ateliers autour de la psychologie et une infirmière qui coordonne le parcours global. » En tout et pour tout, ce sont 250 enfants et adolescents par an qui profitent du dispositif, qui fonctionne également par prescription du médecin ou du pédiatre. Le tout étant gratuit.

© Document remis/François Jouan

En somme, ces politiques sont menées dans un but précis : développer l’activité physique pour améliorer la santé publique. William Gasparini acquiesce : « Cela se situe dans une volonté politique de développer la pratique sportive pour la santé des citoyens. C’est aussi dans ce but qu’ont été créées les Vitaboucle. Le sport santé n’est qu’un des dispositifs parmi d’autres pour inciter les Strasbourgeois à être plus actifs dans leurs comportements urbains. »

Cette politique strasbourgeoise de santé publique par l’activité physique n’est pas encore arrivée à son terme puisqu’à l’été 2022 va être créée la future Maison du sport santé dans la nouvelle aile des futurs Bains municipaux. François Jouan développe : « Y seront réunis les dispositifs PRECOSS et du sport santé sur ordonnance. Tout ne sera plus porté par la Ville toute seule mais par un groupement d’intérêt public, qui devrait être créé avant la fin de l’année ou début 2021, pour développer un vrai projet de territoire. »

Le sport santé sur ordonnance, une histoire de label

Pour les plus attentifs, et courageux, d’entre vous, vous avez sans doute dû remarquer que l’on a beaucoup parlé d’activité physique pratiquée par les personnes dans le dispositif, qui lui avait le nom de « sport ». Si la distinction n’est évidente que pour les étudiants en STAPS et les pinailleurs de l’extrême – ça tombe bien, je suis les deux – l’explication derrière le choix du mot « sport » par la Ville est évidente : la recherche du label.

© Nicolas Kaspar pour Pokaa

William Gasparini développe : « Si le nom sport santé sur ordonnance a été labellisé c’était pour un effet d’annonce, parce que le sport ça parle aux gens. Alors qu’en fait les personnes dans le dispositif font de l’activité physique. Le label ça parle. En 6ème les élèves font de l’EPS, mais eux disent qu’ils font du sport. En outre, dans le décret de 2016, on parle de prescription médicale d’activité physique, qui est le terme officiel et national. La ville de Strasbourg, pour être plus attractive et rayonner, a donc pris ce label et a même créé un réseau des villes de sport santé sur ordonnance et tous les deux ans elle organise les assises européennes du sport santé sur ordonnance. » Ça fait du bien de voir que certaines spécificités strasbourgeoises restent d’actualité.

Une initiative qui a obtenu de très bons résultats…

Pour finir, on peut dire que le sport santé sur ordonnance est donc une initiative d’origine strasbourgeoise extrêmement louable, qui vise à améliorer la détection et le traitement des pathologies sévères, à la fois chez les adultes mais aussi chez les adolescents. Tout particulièrement dans les quartiers prioritaires de la ville, généralement les plus touchés par ces maladies chroniques. En outre, la crise du Covid-19 nous a révélé à quel point ces maladies peuvent être un facteur aggravant si on est touché par le virus. « Ces pathologies sont surreprésentées chez les patients Covid et l’activité sportive peut être une bonne option. C’est un vrai sujet que l’on va avoir dans les mois à venir » déclare François Jouan.

© Nicolas Kaspar pour Pokaa

Le chef du service santé de la Ville continue : « Depuis le début du dispositif, plus de 3 000 personnes en ont bénéficié, 800 sont dans le dispositif actuellement sur un ensemble de 80/90 créneaux d’activité répartis sur toute la ville de Strasbourg. » On a donc un dispositif qui fonctionne et qui est extrêmement utile. Difficile de faire mieux.

… qui demandent à aller plus loin

En tant que sociologue, William Gasparini a été chargé de mener la première enquête sur le sport sur ordonnance, en se basant sur l’expérience strasbourgeoise – il y aura d’ailleurs un nouvel ouvrage sur le sujet : Le sport santé : sociologie d’une nouvelle catégorie de l’action publique, qui devrait paraître à la fin de l’année, de William Gasparini co-dirigé avec Sandrine Knobé, ndlr. Il développe quelque peu les résultats : « Les résultats en 2013 sont relativement positifs ; on voit que celles et ceux qui sont rentrés dans le dispositif ont eu des résultats positifs. Rien que le fait de sortir de chez soi, le fait de bouger, de se sentir valorisé par la pratique sportive… Alors que d’habitude, c’est plus compliqué pour ces personnes dans le droit commun. »

Néanmoins, quand ces personnes sortent du dispositif, la suite est généralement plus compliquée : « Poursuivre l’activité une fois sortis du dispositif c’est compliqué. Il y a évidemment plein de facteurs explicatifs : avoir de nouvelles habitudes sportives c’est difficile, surtout sans socialisation au sport dans sa jeunesse, les coûts de pratique qui augmentent une fois sans la tarification solidaire… » D’où l’intime besoin de continuer à développer ces politiques.

Depuis 2012, Strasbourg est précurseur du sport santé sur ordonnance et de toute une volonté politique de santé publique, qui passerait par l’activité physique. On le voit également à toutes les mesures prises pour le développement du vélo dans la ville, que cette dernière souhaite que ses habitants, et notamment les plus défavorisés, tentent de vivre mieux. Et on ne peut que saluer ça, tout en souhaitant que ça continue d’aller encore plus loin.


Photo de couverture : © Alban Hefti pour Eurométropole de Strasbourg. Document remis/François Jouan

Article soutenu mais non relu par la Direction du Développement Économique et de l’Attractivité de la ville de Strasbourg

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