Situé dans la forêt des Bois Sauvages à Vexaincourt, le lac de la Maix est un des derniers lacs naturels du massif vosgien. Culminant à 678 mètres d’altitude, il s’étend sur une surface de 1,6 hectares, dans un cadre de verdure idyllique, où règne une atmosphère chargée de magie et de mystère. La surface miroitante de ce lac émeraude dégage une aura apaisante et envoûtante à la fois, faisant de ce lieu un havre de paix incontournable.

Lac de la Maix
© Tourisme Lorraine

Le lac de la Maix possède un riche passé historique et religieux comme en témoigne la chapelle de grès rose qui le domine, assortie de son sarcophage mérovingien et de sa crypte mystérieuse. Datant du 19 ème siècle, elle fut érigée sur les ruines d’un ermitage bâti en 1070. Une première chapelle dite « Chapelle de la Mer » avait déjà été construite en 1508, attirant de nombreux pèlerins. Mais suite à plusieurs excès, le pèlerinage fut interdit et les bâtiments détruits en 1758. Ce n’est qu’en 1865 que la chapelle actuelle apparut et que le pèlerinage put reprendre. Haut-lieu vibratoire, il semblerait qu’à l’époque celtique, le site était déjà un lieu de culte.

Chapelle Notre-Dame du lac de la Maix
© CC Wikipédia / Pethrus

On rapporte pour le lac de la Maix, de nombreuses légendes dont, la plus connue est celle-ci :

Jadis, il y avait à la Maix, là où se trouve aujourd’hui le lac, une vaste clairière d’herbe douce qui s’ornait en son centre d’un arbre magnifique. Ses racines anciennes enlaçaient les profondeurs de la terre et ses branches majestueuses s’élevaient pour étreindre l’infini du ciel. À la lisière de la forêt, un peu en hauteur, une petite chapelle abritait une jolie statue de la Vierge. On lui apportait des bouquets de fleurs au printemps, et on lui demandait la bénédiction de la pluie lorsque l’été se faisait trop sec.
Chaque année, lors de la Fête Dieu, un pèlerinage commémorait la fondation de cet ermitage. On y venait de toutes les vallées voisines. Gens du Comté de Salm, du Ban de la Roche et des environs du Donon, tous se rassemblaient avant même les premières lueurs de l’aurore et formaient une grande procession. Au son des cantiques, les pèlerins marchaient jusqu’à la Maix où l’ermite les attendait pour célébrer la messe. Sitôt la première messe terminée les prières faisaient place à la fête et l’on dansait dans la clairière.


Mais une année, alors que les pèlerins commençaient à danser, on entendit une mélodie d’une beauté fascinante se mêler à celles des musiciens du village. C’était la chanson vive et entraînante d’un violon dont quelqu’un jouait avec une virtuosité incroyable. Elle ne ressemblait à rien de ce que les gens de Salm ou du Ban de la Roche avaient entendu jusque-là, et bientôt même les autres instruments se turent pour l’écouter. Le violoniste s’arrêta, et adressa un sourire charmeur à son public. Malgré ses vêtements très simples, presque pauvres, il avait l’élégance naturelle et la noblesse d’un roi. Une flamme indomptable dansait dans ses yeux, pleins de secrets et d’ironie, et ses traits fins étaient ceux d’un prince entouré de mystère, un seigneur parmi les vagabonds et les troubadours. Il s’inclina pour saluer ceux qui le regardaient, avec grâce et courtoisie mais aussi quelque chose d’indéfinissablement moqueur et, fermant les yeux, reprit le cours de sa musique. Elle s’éleva, irrésistible, en un tourbillon qui emporta les pèlerins dans une danse enivrante à travers la clairière, entourant le grand arbre de leurs farandoles. Ils tournoyèrent ainsi pendant des heures, oubliant la fatigue, fascinés par la musique de l’étranger.

À l’heure des vêpres, les cloches de la chapelle sonnèrent pour les appeler à la prière. Un instant les pèlerins firent mine de s’arrêter pour répondre à cet appel, mais le violoniste se lança dans une mélodie plus belle encore et ils s’y abandonnèrent, le laissant les entraîner dans une danse de plus en plus rapide. L’ermite, étonné de leur absence, sonna la cloche une nouvelle fois mais les danseurs ne l’entendaient même plus. Ils riaient, ivres de musique et de vertige. Aucun ne remarqua le sol qui s’enfonçait lentement sous leurs pas, ni l’arbre qui tremblait comme une tour qui lutte contre la tempête. Aucun ne vit le sourire du violoniste se faire cruel. La cloche sonnait, le violon jouait, et les pèlerins continuaient à danser. Enfin, la cloche se tut. Le violoniste ne jouait plus. Le temps d’un battement de cœur, tout fut suspendu dans le silence. Il y eut un grand bruit. Les branches tendues vers le ciel, ultime supplication, l’arbre séculaire se fendit, comme frappé par la foudre. La clairière s’effondra, emportant les danseurs avec elle dans les profondeurs, les précipitant dans la gueule avide d’un abîme de ténèbres. Des eaux souterraines jaillirent, recouvrant la plaie béante de ce gouffre et formant ce qui est aujourd’hui le lac de la Maix.

Procession solennelle autour du Lac le jour de la Fête-Dieu
© Jacques FUMEY / Geneanet

Le musicien avait disparu. Il avait brisé son violon contre un rocher, ses fragments s’enflammant en un tourbillon d’étincelles au parfum de souffre… Alors s’éleva un rire moqueur et triomphal, un son grinçant et malsain, et l’ermite qui priait dans la chapelle pour le salut des danseurs maudits reconnut le rire de l’étrange violoniste comme le rire du diable.
Aujourd’hui, lorsqu’on se promène sur les rives du lac, on peut parfois entendre, venant du fond des eaux, un tintement très doux. C’est la petite cloche de l’ancienne chapelle qui prie pour les âmes englouties.

La beauté des eaux émeraudes dans lesquelles se reflètent les vastes forêts et les rochers qui l’entourent, charment les visiteurs. Le lac de la Maix possède une puissance vibratoire, une aura déroutante qui enchante tous ceux qui s’y rendent.

« Là où bleuissent les sapins,
Il est un lac perdu que j’aime.
Recueilli, loin des grands chemins
Et des vains bruits de la bohème,
Il est offrande sans blasphème,
Charme secret des pèlerins,
Là où bleuissent les sapins. » Henri Martin, Murmures des Bois Sauvages.

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