Cheap House livre une techno instrumentale instantanée et sans concessions, un ensemble magnétique où l’utopie prend forme et soulève les corps dans une transe extatique. On gravite dans le tourbillon d’énergie que Théo, Matthieu, Paul et Niels créent sur leur passage, se livrant corps et âmes au partage d’une musique improvisée où chaque note envoûte. C’est ainsi que, sans opposer la moindre résistance, on se laisse aller au flottement délicieux, à l’instant de bascule vers un univers où la musique furieuse prend possession de nos corps désormais hors de contrôle. Rencontre avec un groupe strasbourgeois qui ne cesse de monter.

Comment le groupe a-t-il été fondé et pourquoi l’avoir appelé Cheap House ?

Théo : Cheap House est le fruit d’une rencontre entre deux groupes faisant partie du collectif et label alternatif strasbourgeois Omezis : « ITJ » dans lequel Matthieu et moi sommes musiciens et « Acousmatics » dont Paul et Niels font partie. Cheap House est né en septembre 2018 d’une volonté de faire de la techno avec de vrais instruments. C’était une blague à la base, il nous manquait un groupe pour finir une soirée, et on s’est dit : »Tiens pourquoi on ne ferait pas ça. » Voilà comment ça a commencé. On ne se doutait pas que ça deviendrait aussi sérieux.

Matthieu : On a eu le nom avant d’avoir le groupe. A la base, on voulait, Niels et moi, faire de la house dans la rue avec des vélos générateurs, pour produire au minimum notre électricité. On savait que ça allait être cheap comme musique parce qu’on ne serait que deux et on savait également qu’on voulait faire de la deep house et de la house. Donc on s’est dit on va faire de la « cheap house ».

Puis ce projet parti d’une blague a finalement cartonné. Vous avez gagné le Hoplawards l’année dernière, et récemment vous avez été sélectionnés par les Inouïs du Printemps de Bourges. Pouvez-vous m’en dire un peu plus à ce sujet ?

Théo : C’est une sélection sur dossier, il y a 3200 groupes qui ont candidaté sur toute la France et Québec aussi je crois. Les dossiers sont étudiés, puis les Inouïs du Printemps de Bourges organisent des auditions régionales, où ils sélectionnent 4/5 groupes sur 350. On y a participé récemment au Grillen à Colmar. A l’issue de ces régionales, les groupes vont à Paris dans un comité de programmateurs, sur dossier, puis enfin il y a la finale au Printemps de Bourges, à laquelle on a la chance de participer le 22 avril prochain. On sera 34 groupes de toute la France, et de tous styles confondus.

Que se passe-t-il pour vous si vous gagnez ?

Matthieu : Beaucoup de choses. Si on gagne il y a une tournée, une enveloppe, et une super visibilité. Mais à Bourges le gain final n’est pas une fin en soi, ce qui est intéressant pour le groupe c’est déjà d’être en finale, car on va jouer sur le festival, on a une enveloppe aussi qui nous permet de faire de la promo et d’autres choses. Et surtout quand tu vas à Bourges tu as une visibilité exceptionnelle, beaucoup de pros viennent y assister. C’est l’occasion de jouer devant beaucoup de gens du milieu, en général il y a des connexions qui se font si tu es bien entouré. Ce qui est très intéressant pour un groupe comme nous, accompagné aussi par notre boîte de prod, c’est déjà d’y aller. Gagner ce serait super, mais ce qui nous arrive est énorme.

Cheap House vient également de faire sa première tournée européenne. Comment c’était ?

Théo : On revient de notre première tournée européenne oui, on a fait 7 dates en 10 jours, un peu la France, la Suisse puis on a fini par la Slovénie. Avec notamment un passage au MENT festival à Ljubljana qui est un espèce de gros festival de showcase un peu comme le MaMA en France. On y rencontre beaucoup de pros venus faire leur marché , des bookers, des programmateurs…

Matthieu : Ça permet de se mettre en relation avec des boîtes de prod, des médias… Il y a un gros travail en amont qui a été réalisé par notre bookeuse. Puis après le concert, il y a des choses qui se passent, qui se sont très, très bien passées, on attend de beaux résultats.

Vous n’avez pas encore sorti d’album ?

Théo : On a sorti ni album, ni EP, on a décidé de ne sortir que des clips pour l’instant, parce qu’on voulait trouver notre son en studio aussi. Ce n’est pas forcément évident de retranscrire ce que l’on fait en live. Nos morceaux sont très improvisés et très longs, retranscrire ça sur 4-5 minutes en studio ce n’est pas forcément évident. Là, on travaille un peu aux titres avec un ingénieur du son à Paris.

Matthieu : Le but c’est de continuer à sortir des clips cette année, principalement. Continuer à chercher notre son. Un jour, il y aura un EP, un album et tout ce qui va avec, ça viendra. Le travail est déjà fait sur le live, c’est une musique particulière, on joue avec le public. L’énergie qu’on transmet en live, c’est l’énergie qu’on partage avec les gens. Ce n’est pas du tout le même travail que lorsque tu vas en studio, là c’est un travail de production totalement différent, hyper intéressant aussi et qu’on adore faire mais qui se fait plus lentement. Ce n’est pas la même approche.

Etant donné l’ampleur que prend Cheap House, vous arrivez toujours à jouer dans vos groupes initiaux ?

Matthieu : Tu tombes à pic. Disons que Cheap House a pris beaucoup de place et c’est désormais notre projet principal, on est focus à 200 %. Ça étouffe un peu les autres projets. Ça met les musiciens des autres groupes de côté. Il y a des décisions qui vont et qui ont été prises. Par exemple ITJ a débuté en 2012, c’est un projet qui a vécu et aujourd’hui ça le met un peu en stand-by. On est obligés de repenser l’entourage, car Cheap House est un projet qui nous prend énormément de temps et auquel on a envie de se consacrer.

Théo : On est entrés dans le statut d’émergents, il faut tout donner pour emmener Cheap House le plus loin possible. On est obligés de faire des concessions.

Vos clips un peu perchés sortent de l’imagination de qui ?

Théo : L’idée de faire un clip un peu nanar, c’est collectif. On cherchait une idée, on s’est dit : « Tiens on va faire un nanar » puis après on s’est entourés de gens encore plus débiles que nous (rires).

Matthieu : On s’est entourés de comédiens de la Carpe-Haute, Hugo Roth … on leur a fait confiance pour être assez débiles pour nous suivre là-dedans. Et on va faire des projets avec eux qui nous mèneront vers d’autres univers assez extravagants. Le but c’est aussi de montrer qu’on s’amuse.

Cheap House c’est comme tu le disais précédemment l’envie de faire de la techno mais instrumentale. Qui joue quoi ?

Matthieu : Paul est au saxophone, Nils au synthé, Théo à la basse et moi à la batterie. C’est toute l’originalité du projet, vouloir jouer une musique influencée par la techno, la house, les musiques électroniques avec des instruments de musique, sans aucune machine.

Théo : On utilise différents procédés. Etant donné qu’on utilise pas de machines, de boîtes à rythme ou d’ordinateurs, on se sert soit des synthés soit des pédales d’effets analogiques qui transforment notre son. On essaye de reproduire le son des machines. Si tu veux, avant les boîtes à rythme essayaient de copier les humains et bien nous on fait l’inverse. On copie les machines.

Matthieu : Et la boucle est bouclée. Il y a certes beaucoup de pédales et d’effets mais c’est aussi dans la façon de jouer. Moi j’ai complètement repensé ma batterie, ce n’est pas du tout une batterie classique. J’ai quasiment réappris à jouer, j’ai repensé mon instrument. Lorsque je joue avec Cheap House, je ne joue pas du tout le même instrument que lorsque je suis dans un autre groupe. C’est un peu le cas de nous tous, on réinvente des techniques de jeu, parce qu’en fait on expérimente. On cherche des sons qui ne sont pas forcément présents ailleurs, ce ne sont pas des modes de jeu classiques. C’est ce qui nous permet d’aller plus loin dans certains morceaux. Ça nous a permis de repenser une musique aussi.

C’est peut-être ça qui attire l’attention également, cette manière originale de faire. Le fait que ça sorte de l’ordinaire.

Théo : Justement, avant tu parlais de l’improvisation, en fait si tu veux dans nos morceaux il y a assez peu de choses écrites, on a des mélodies écrites mais on a beaucoup de parties très extensibles.

Matthieu : C’est souvent des pré-textes en fait.

Théo : C’est ça, ce sont des pré-textes à improviser, et on s’adapte à la scène au mieux et au public surtout. Si on envoie un truc au public, il nous renvoie une énergie et on s’adapte. Le public fait partie intégrante du concert, il crée un peu la vibe. C’est ce qui fait que chaque concert est vraiment différent, c’est ce qui est super excitant pour nous aussi.

Matthieu : Là aussi on peut faire le parallèle avec la musique électronique et les Djs notamment. Un Dj ça improvise aussi beaucoup en fonction de ce qu’il se passe sur la piste de danse. Est-ce qu’il passe ce morceau ou un autre ? Est-ce qu’il le fait durer ? Il y a une vraie interaction, un vrai dialogue avec les gens, sur le moment. Et nous l’improvisation c’est notre outil pour aller communiquer avec l’énergie présente du moment. On peut faire 40 minutes de concert ou 2 h 45 comme ça a déjà été le cas.

Théo : C’est le record pour l’instant (rires). Avec les mêmes morceaux. Ils sont extensibles. Et des fois, il y a des parties qui n’existent pas, qui naissent du live, qu’on réutilisent après dans nos enregistrements.

Matthieu : Il faut vraiment comprendre que l’improvisation, c’est le langage qui nous permet de communiquer avec le public. On est pas là à présenter un travail qu’on a prémâché. Les thèmes écrits sont un prétexte pour aller partager quelque chose avec les gens. On est hyper tributaires aussi de ce qu’il se passe dans le public. On nous envoie un soir une certaine énergie qui va nous faire jouer comme ça, puis le lendemain ce ne sera pas la même énergie, donc pas le même concert. Nous ça nous permet de nous éclater parce que les concerts ne sont pas du tout les mêmes et le public de venir nous voir plusieurs fois, car ce sera toujours différent.

Que pensez-vous de l’accueil en termes de salles à Strasbourg, pour des groupes comme vous ?

Matthieu : Il y en a de moins en moins. C’est triste. Après il y a des salles comme l’Espace Django qui se bougent vraiment, et qui essayent de faire un vrai travail de scène locale, c’est très intéressant. Des accompagnements aussi. Nous ça fait quelques temps qu’on est à Strasbourg et on a connu une scène strasbourgeoise beaucoup plus florissante que là en ce moment. Y avait des clubs, qui permettaient de jouer sans trop se casser la tête, notamment le Mudd. Aujourd’hui à Strasbourg, il y a évidemment le Local qui est incontournable et où on joue beaucoup aussi avec notre collectif-label Omezis. C’est une scène qui soutient énormément, elle est très importante, et même ça c’est en péril.

Théo : Le Molodoï aussi.

Matthieu : Le Molodoï mais c’est quand même un investissement qui n’est pas le même. Même si c’est accessible, il faut pouvoir le remplir. C’est une salle conséquente, si on a pas la chance qu’on a aujourd’hui de pouvoir accéder à des scènes un peu plus importantes, ça devient compliqué.

Théo : En fait il y a un gros décalage entre le nombre de groupes et de musiciens et les endroits pour les accueillir. Il y a énormément de très bons groupes à Strasbourg et pas tellement de lieux pour se produire. De moins en moins en tout cas. Et ceux qui restent sont en péril.

Matthieu : Après il y a la Laiterie, mais il faut y accéder et on y trouve peu de groupes locaux mine de rien sur toute la programmation. Django, eux, ils font beaucoup de choses, ils nous aident vraiment, ils nous soutiennent, et c’est vraiment chouette, même pour faire des résidences. C’est un partenaire hyper utile et agréable. Il y a la Maison Bleue qui se bouge aussi dans un autre style que nous. Mais en petits clubs il ne reste à peu près que le Local. Molodoï j’adore mais c’est encore un autre investissement. Un vrai club comme ceux où on pouvait jouer à l’époque, ils ont fermé. Ça fait à peu près 10 ans qu’on est là, on a vu la scène se dégrader à ce niveau-là. Je n’aimerais pas être un groupe hyper émergent aujourd’hui à Strasbourg. C’est dommage car il y a une vraie demande, il y a énormément de bons musiciens à Strasbourg et d’ailleurs ça a toujours été le cas. Quand on regarde les groupes qui ont émergé à Strasbourg il y a quand même beaucoup de choses : Les Fat Badgers, Dirty Deep, Art District, Last Train, Colt Silvers…

Vous me parliez de l’Espace Django, dont vous avez intégré l’Opération Iceberg, de quoi s’agit-il exactement ?

Théo : Ils nous accompagnent sur des résidences. Via cette opération Iceberg (aussi en lien avec les Eurockéennes) ils nous mettent en contact avec des artistes avec qui on peux travailler. Tout un accompagnement transfrontalier à des résidences entre la France et la Suisse. Et la grande nouvelle c’est qu’on a le 16 mars une résidence en Suisse avec Arnaud Rebotini. On est très contents.

Matthieu : C’est vraiment énorme. C’est une grosse influence pour nous, dans la techno française. C’est un musicien à part

Théo : Qui comme nous n’utilise pas d’ordis sur scène, que des synthés.

Matthieu : Dans le cadre de l’opération Iceberg, on nous a demandé avec qui on aimerait travailler dans un idéal utopique et on a proposé Arnaud Rebotini, et ça s’est fait. Ce sera une résidence. Après on a également des formations sur le développement du groupe, du projet. Et des rencontres, des choses comme ça. C’est un dispositif d’accompagnement à la professionnalisation d’un groupe mais dans la démarche de travailler l’artistique. Le travail qu’on va faire avec Arnaud Rebotini c’est un travail sur l’artistique. C’est génial cette opération, ça nous permet d’aller faire des résidences, de travailler tel ou tel aspect de notre musique. de réfléchir à telle ou telle problématique musicale et puis c’est soutenu par les Eurockéennes donc il y a aussi une visibilité et des retombées qui sont intéressantes.

Qu’est-ce que vous écoutez comme genre de musique ?

Matthieu : On a 4 visions différentes. Mais personnellement, je n’écoutais pas du tout de techno avant de monter ce groupe. et je suis tombé en amour de cette musique en la jouant. Je viens du jazz et j’écoute énormément de jazz actuel. Notamment la scène anglaise, c’est un point commun qu’on a tous les quatre. Elle nous influence énormément. Mais c’est Cheap House qui m’a fait venir à la techno. Ce n’est pas un parcours banal. En ce moment, on écoute beaucoup de house, de techno, de musiques électroniques. On est entre cette scène techno house qui est absolument géniale qu’on a découvert et qu’on ne finit pas de découvrir, et un passé jazz vraiment lié à notre collectif Omezis. Des groupes comme The Comet is Coming, Sons Of Kemet, Kamaal Williams… sont des influences énormes, parce qu’ils font des musiques live et qu’il y a un lien incroyable avec le public. Le partage est hyper fort et on se dirige vers ça. Sur scène, c’est cette énergie là qu’on essaye de dégager.

Théo : Cette scène anglaise nous intéresse vachement car elle montre aussi aux générations actuelles que le jazz n’est pas chiant, que le jazz ce n’est pas que des mecs en costards assis dans une salle, même si en soi c’est intéressant aussi. Là il y a un lien avec le public, une grosse énergie qui nous inspire beaucoup. Un mélange des influences et des genres. Tu parlais de The Comet is Coming. Ils mixent musique électronique, jazz, influences africaines et ça nous inspire beaucoup pour Cheap House et pour Omezis.

Matthieu : Le jazz en Angleterre se joue dans les clubs de rock, de punk. Ça transpire, le public est debout, ça crie, ça sent la bière. Et c’est un public très jeune. Aller faire une scène jazz en Angleterre ça veut dire aller faire la teuf. Il y a aussi des clubs de jazz traditionnels standards, mais la scène jazz est hyper enrichissante et foisonnante en ce moment, on découvre des artistes de Londres tout le temps. En tant qu’instrumentistes, elle nous inspire pour ce qui est du partage et du lien, du live. Après nos influences esthétiques et d’écriture de la musique sont tournées vers la musique électronique. C’est ce qui nous permet de trafiquer nos instruments, de nous mettre en difficulté, de faire évoluer notre manière de jouer. C’est passionnant d’aller creuser comme ça. Le chemin est infini.

Et si vous pouviez organiser un festival demain?

Théo : On l’a fait. On a organisé le premier festival Omezis en octobre dernier.

Mais du coup là c’était essentiellement jazz ?

Théo : Ça tournait autour de cette version du jazz hérité de la scène anglaise, dont on te parlait tout à l’heure.

Matthieu : C’est-à-dire qu’on a fait un festival de jazz mais au Molodoï par exemple. Avec des soirées très accessibles financièrement. Ce qui est intéressant avec le collectif dans lequel on est, c’est qu’on met en avant un panel du jazz et pas seulement une seule vision étriquée de ce qu’il doit être. On aime les radicalités que peuvent avoir le free jazz et la musique expérimentale ou la radicalité de faire de la techno improvisée. Ce qu’on représente c’est cet éventail, cette palette de couleurs que le jazz a. Le public est en demande de cela, mais il y a peu accès, donc le proposer au Local ou au Molodoï, c’est ce qu’on offre. D’ailleurs, Cheap House a joué dans ce festival-là.

Donc c’était une bonne expérience ce festival ?

Théo : Géniale oui.

Matthieu : Absolument géniale.

Il va être reconduit ?

Matthieu : Oui. On a pas encore la date. On ne sait pas encore à quelle fréquence on va le faire, tous les ans, tous les deux ans… Tout est possible, c’est en discussion actuellement, mais c’est sûr et certain qu’on va se relancer dans ce projet. C’est un festival sur une semaine quand même, avec beaucoup de lieux, beaucoup de groupes, beaucoup d’investissement, à la fois humain et financier.

Théo : La première édition était totalement auto-produite.

Matthieu : Et fatalement nous, qui sommes entrain de développer Cheap House, c’est du temps qu’on doit aussi partager avec ce collectif. On y est vraiment impliqués. Le temps n’est pas extensible.

Vous êtes combien à Omezis ?

Théo : Une quinzaine. Il y a des musiciens, mais aussi des scénographes, des artistes. Des bénévoles.

Crédit photo : Fabrice Serrario

Quel est votre meilleur souvenir avec Cheap House ?

Théo : Moi j’ai un souvenir assez fou, on a joué au FIMU à Belfort en juin dernier. On a fait un premier concert sur la scène de l’Arsenal devant 10 000 personnes, ça c’est la plus grande scène qu’on ait jamais faite. Mais ce n’est pas ça le souvenir (rires), c’est plutôt le deuxième concert sur la scène de la Savoureuse, un concert qui commençait assez mal parce que c’était un dimanche soir et qu’il pleuvait des cordes. On débute ce concert et moi je n’ai plus de son de basse au bout de trente secondes, Paul a des galères, il n’arrêtait pas de faire tomber son micro, Niels avait des soucis aussi, enfin on a eu des galères techniques pas possibles et du coup on s’est donné encore plus à fond et le public était ouf. Il pleuvait à verse, les gens faisaient des glissades dans la boue, c’était Woodstock, c’était incroyable.

Matthieu : C’était au début du groupe, le premier gros, gros festival qui nous a fait confiance. On a fait la clôture de deux journées de festival, le FIMU nous a beaucoup soutenu. Sinon, moi si je peux te donner mon meilleur souvenir. C’est quand on jouait en Suisse, à Lausanne.

Théo : J’en étais sûr, ça aurait été mon second choix.

Matthieu : On jouait dans un collectif de Lausanne, une toute petite salle dans une cave. On a joué pour 15 personnes peut-être. En plein milieu des gens. On a fait un concert de 2 h 40 car les gens étaient tellement dans ce partage-là, on était dans une transe commune. C’était incroyable. Ce moment était unique. Et d’ailleurs c’était tellement fou qu’ils nous ont demandé de rejouer le lendemain. On l’a fait et on a rejoué pour les mêmes 20 personnes. Et on y retourne en mars. Ils nous ont donné quelque chose de très, très fort. J’aurais pu te raconter aussi la fois où je me suis fait lécher le dos par un clochard.

Théo : C’est un souvenir très drôle pour moi. Attention, ce sera sur Pokaa.

(rires) ce sera dans le titre.

Théo : On a joué dans le meilleur festival du monde qui s’appelle le Altitude Jazz Festival et qui a lieu à Briançon, la plus haute ville de France, dans les Alpes. C’était la deuxième date de notre tournée. Un concert incroyable. On était entrain de jouer, et Matthieu était torse nu, comme d’hab. Je me tourne vers lui et je vois un mec qui lui lèche intégralement toute la colonne vertébrale.

Matthieu : Le mec est monté sur scène et il m’a léché tout le dos. Au bout d’une heure et demie de concert, donc t’imagines l’état de mon dos.

Théo : J’ai eu la chance de tourner la tête à ce moment et de voir la gueule à Matthieu.

Matthieu : C’était la manière qu’a choisi ce mec pour me montrer l’amour qu’il avait pour moi.

Théo : Tu vois quand on te dit que chaque concert est différent c’est vrai.

(rires) c’est chaud quand même. Moi je l’aurais trop mal vécu.

Matthieu : Paul l’a mal vécu. Il n’était pas content. Il était choqué.

Théo : Moi ça m’a fait rire.

Après quand tu réfléchis, pour qui c’est le plus dégueu finalement ? Toi ou le mec qui lèche toute ta sueur ?

Théo : On s’est posé la question aussi.

Matthieu : C’est la première fois que je me fais lécher le dos par quelqu’un.

Vous avez prévu de retourner jouer dans les pays de l’Est ?

Matthieu : Ce n’est pas encore annoncé mais on prévoit d’y retourner, on est entrain de creuser, il y a de belles opportunités. C’est notre objectif pour l’année 2020, nous développer dans les pays de l’Est. On a des opportunités pour développer ce réseau-là et c’est génial car c’est un public qui est hyper friand de ce genre de musique.

Mis à part ça vos projets pour la suite ? Les Inouïs, la résidence avec Arnaud Rebotini …?

Théo : Il y a beaucoup de dates qui arrivent en printemps et en été et dont on ne peut pas encore te parler car elles n’ont pas été annoncées. Mais il y a de belles choses.

Matthieu : Là la grosse actualité c’est Rebotini et Bourges. On prépare tout ça avec toute l’équipe. Parce qu’on est vraiment bien soutenus par Junior 360, notre boîte de prod, et Audrey notre bookeuse qui est en relation constante avec nous pour tout ce qui est développement et stratégie. Bourges va être le moment clé des prochains temps.

Théo : La suite va beaucoup dépendre de la prestation qu’on y fera.

Matthieu : Il y a déjà énormément de choses qui se passent, sans Bourges mais c’est sûr que là notre travail dans les 4 prochains mois est axé vers ça.

Mis à part Arnaud Rebotini, quelle serait la collaboration de rêve pour Cheap House ?

Matthieu : Ce serait de travailler avec Laurent Garnier, ce serait le rêve absolu. Ne serait-ce que de le rencontrer, ce serait génial. C’est le pape. Cette musique là c’est l’histoire, ce serait incroyable de travailler avec lui. Après, à travers Cheap House on a déjà eu accès à des gens qu’on adore et qu’on admire, comme par exemple Cabaret Contemporain, qui est vraiment super. On a travaillé avec leur ingé son qui est partie prenante de ce projet là et c’est avec lui qu’on travaille sur tout ce qui est studio. C’est aussi une belle rencontre qu’on a faite. Après Meute c’est un groupe qu’on aimerait bien croiser. Grosse influence aussi.

Théo : Après pour le côté scène jazz anglaise, il y a un saxophoniste qui nous influence énormément et qui est un peu le chef de file de toute cette scène, c’est Shabaka Hutchings. Ce serait vraiment une belle rencontre aussi.

Ce serait votre kiff alors de jouer sur une scène à Londres ?

Théo : Ça ouais, on adorerait y aller.

Matthieu : Tu arrives à un moment où on ne peut pas te dire grand chose. Reviens dans un mois ou deux (rires).

Londres est dans les tuyaux (rires).

Théo : Il y a plein de choses qui vont arriver, on ne peut pas dire où et quand, mais il faut nous suivre sur Facebook et Instagram.

Vous allez être sur pas mal de festivals aussi je présume.

Matthieu : Il y en aura oui, on ne peut rien te dire (rires). On est début mars, les programmations vont bientôt sortir. Les gens ne seront pas déçus. Il y aura de belles dates, de belles collaborations.

Quels sont les groupes que vous suivez sur Strasbourg ?

Matthieu : Il y a plein de copains qui font de la super musique.

Théo : Les Fat Badgers, Freez on adore, Schnack avec qui on a joué, Difracto qu’on adore aussi. Funkindustry.

Matthieu : Puis tous les groupes Omezis, on adore (rires).

Du coup, il faut venir au Local une fois par mois.

Théo : C’est ça, tous les premiers vendredis du mois. On a une saison de prévue jusqu’à la fin de l’année scolaire. L’année prochaine ça va évoluer. Ça changera peut-être de forme.

Matthieu : Le collectif est très foisonnant aussi à ce niveau-là ce sont des créations pour chaque concert, ça demande d’imaginer quelque chose chaque mois. C’est stimulant pour le public et pour nous. Un laboratoire génial. Cheap House découle d’ailleurs de ce laboratoire. On a eu la chance avec Omezis d’avoir carte blanche, de pouvoir faire ce qu’on voulait devant des gens qui nous suivent et ça a pu faire naître un groupe comme Cheap House. Cette expérience, on la propose tous les mois au Local. Le but ultime c’est d’arriver à faire éclore d’autres groupes. Omezis nous met en relation avec un public à la fois fidèle, curieux, et très ouvert. Ce collectif label est très important pour nous. Omezis, Cheap House, et Junior 360 notre boîte de prod qui fait un immense travail. On ne pourrait pas faire tout ça sans eux. On est très reconnaissants envers tout ceux qui nous soutiennent. Tout seuls on ne pourraient pas en être déjà là. Les marches qu’on a franchies l’ont été en étroite collaboration avec Junior 360. C’est une famille.


Pour suivre Cheap House c’est par ici

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