Hier, les universités de France étaient en lutte contre le projet de Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) et contre le projet de réforme des retraites. Aujourd’hui, vendredi 6 mars 2020, les personnels et étudiants de l’Université de Strasbourg de toutes disciplines et composantes ont trouvé un moyen original de continuer leur lutte : financer leurs travaux de recherche par les jeux de hasard. On est allé parler à Arthur* pour qu’il nous en dise davantage.

Arthur est le nom choisi par le collectif pour se définir.

Kézako la LPPR ?

Avec son nom à rallonge et son acronyme à quatre lettres, la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche a un but simple : développer et renforcer le financement de la recherche par appels à projet, au détriment des financements pérennes directement administrés par les équipes de recherche au sein des établissements scientifiques.

Pour Arthur, c’est une mauvaise chose : « On critique le mode de financements que la LPPR va mettre en place : des appels à projet qui font perdre du temps à tout le monde et en plus ça renforce la concentration des moyens dans les mains de moins d’équipes. » C’est la création de l’ANR en 2005 – Agence Nationale de la Recherche, ndlr – qui a permis le développement d’un nouveau mode d’attribution : des appels à projets pour des gros financements.

Fronton du Palais Universitaire, où des opposants à la LPPR se sont rassemblés le jeudi 5 mars 2020

« Pour des grandes installations scientifiques avec de très grands moyens ces appels à projet sont cohérents mais ils ne doivent pas s’imposer en règle générale. » continue Arthur. Surtout qu’ils concernent principalement les recherches aux buts les plus rentables et non pas forcément toutes les questions qui mériteraient d’être étudiées.

Les problèmes de ce mode de financement sont nombreux : « Cela pilote la recherche vers des priorités brevetables et non pas de la recherche pure. Ce qui représente alors un manque d’autonomie critique pour la recherche vers le gouvernement et les industriels. » La qualité et l’indépendance de la recherche envers les lobbies est donc menacée.

Pour en savoir plus sur cette loi LPPR, pas encore votée, suivez ce lien.

Une LOTOnomie par un LOTOfinancement

Pour lutter contre cet état de fait qu’il juge « renforçant la précarité de toutes les branches du personnel de l’Université », Arthur organise une grande première dans le paysage universitaire français : un financement par le jeu du Loto de la Française des Jeux. « Ce LOTOfinancement est organisé dans le cadre des mobilisations contre la LPPR qui est elle-même finalement semblable à une loterie. On peut gagner beaucoup d’argent sur ces appels à projet, mais seulement si on les gagneEt très peu d’équipes les gagnent. »

Dès lors, dans une démarche pas dénuée de cynisme, les organisateurs sont allés plus loin avec cette idée de financement par Loto. Pour l’instant ils ont 200 donateurs, entre personnel, particuliers et étudiants, avec en tout environ 1 000 euros à jouer au jeu du hasard. Les jeux seront faits ce vendredi 6 mars à 14h30 au tabac de la Musau, 1 rue de Rathsamhausen à Strasbourg. Avec en prime, une conférence et un pot.

Arthur conclue sur ces mots : « Ces logiques d’appel qui ressemblent à des loteries on n’en veut pas, on ne veut pas courir après de l’argent. Avec ce LOTOfinancement on a autant chance de perdre qu’avec ces appels à projet mais au moins, on garde notre LOTOnomie ! » En lutte et en humour !

Pour contribuer à ce Loto, vous pouvez le faire auprès des tables de mobilisation et du collectif organisant l’action. Jusqu’ici, ils peuvent se trouver au Patio, à la Misha, en math/info, au Portique, Palais U, au site de Cronenbourg, à celui API à Illkirch.

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