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« Je suis sous le seuil de pauvreté » : les artistes auteur.es strasbourgeois.es poussent un cri d’alarme

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Le secteur du livre se porte bien, il représente la première industrie culturelle en France. Cependant, 53% des artistes auteur.es gagnent moins que le SMIC et 36% sont sous le seuil de pauvreté. À Strasbourg, il existe une grande communauté d’auteur.es qui se mobilisent pour améliorer leurs conditions.


Éloïse est auteure illustratrice depuis 10 ans à Strasbourg. “Je fais souvent bien plus de 35 heures, mais certains mois, je vis grâce au RSA… Et c’est comme ça pour beaucoup de collègues. On nous paye trois fois rien sous prétexte que c’est notre passion, mais c’est notre métier !” Une autre auteure qui préfère rester anonyme ajoute : “Je suis largement sous le seuil de pauvreté.”

Les artistes auteur.es cèdent leurs droits à des maisons d’édition. Hachette Livre, géant mondial, a généré un chiffre d’affaire de plus de 2,2 milliards en 2017, dont 778 millions en France. Editis, deuxième éditeur français, en était à 759 millions la même année. À l’échelle du pays, ce sont 101 000 auteur.es tous types confondus qui produisent les livres, les illustrations, les bandes dessinées, qui sont revendues par les maisons d’édition. En général, les contrats de cession des droits d’auteurs stipulent que seul 8 à 10% du prix de vente est reversé au créateur de l’œuvre. Pour les livres jeunesse, cela peut descendre à 5, voir 3%.

Les femmes encore plus touchées

Selon une étude menée par Les états généraux de la bande dessinée en 2016, 53% des auteur.es ont un revenu inférieur au SMIC, et 36% sont sous le seuil de pauvreté. Si l’on ne prend en compte que les femmes, 67% sont sous le SMIC et 50% sous le seuil de pauvreté. Ce paradoxe entre la “prospérité économique du secteur” et “les conditions de travail des artistes” est pointé du doigt par le Collectif Artistes Auteurs (CAA), qui réunit des centaines de personnes en France.

“Souvent un illustrateur et un auteur travaillent à deux sur un livre. Les droits d’auteur sont alors divisés par deux. Pour un livre jeunesse où les droits d’auteur sont fixés à 3% du prix de vente, on peut descendre à 1,5% par personne… On reçoit donc 20 centimes pour un livre que les gens achètent 15 euros.” Éloïse dresse ce constat, amère. “L’objectif de ces maisons d’édition, c’est de faire le plus de chiffre possible, et c’est à notre détriment.”

Central Vapeur, une association basée à Strasbourg qui regroupe des illustrateurs et illustratrices, témoigne de l’important réseau d’artistes auteur.es présent dans la capitale alsacienne. Beaucoup sont spécialisés dans la bande dessinée. Comme Éloïse, Guy adhère à l’association : “Pour ce qui est de la BD, on doit être à peu près 150 à Strasbourg. La HEAR (Haute école des arts du Rhin) a une bonne formation et constitue un terreau d’auteur.es. Être en réseau, c’est très important. Ça nous permet de nous informer quant à nos statuts, ou bien de faire des actions ensemble.

Le statut des auteur.es peut-être remis en cause

Des membres de l’association sont présents en nombre le vendredi 31 janvier, place Kléber, dans le cadre d’une mobilisation pour évoquer leurs conditions de travail et notamment leur statut. Avant le début de l’année 2019, les auteur.es cotisaient à la MDA (Maison des artistes) ou à l’AGESSA (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs). Ils bénéficient notamment d’un allègement de charges. Maintenant, les auteur.es doivent cotiser à l’URSSAF, et craignent une remise en cause de leur statut. “C’est déjà assez difficile comme ça, si en plus on nous enlève cet avantage, ça va devenir insoutenable,” explique Éloïse.

Et c’est dans toute la France que les artistes auteur.es se mobilisent, notamment en réaction au festival de la bande dessinée d’Angoulême qui a eu lieu du 30 janvier au 2 février, et de l’année de la BD proclamée en 2020. “Notre secteur est mis en lumière comme si tout allait bien, et en même temps, notre situation se dégrade,” s’indigne Éloïse.

Le CAA pose la question de la disparition du métier d’artistes auteur.es “si aucun changement n’est apporté” et interroge par conséquent “l’avenir du livre.” Pour “pérenniser leur activité” et leur “permettre de vivre dignement”, des artistes auteur.es présents au rassemblement place Kléber proposent que “les cessions de droits d’auteur soient réglementées avec des proportions supportables.” Ils demandent également à “refondre leur statut, en concertation avec eux et en tenant compte des spécificités de leur situation.” Affaire à suivre…

Lien utile :
http://www.bandedecimee.fr/comprendre/?fbclid=IwAR135_VzV_o3C8kucOvlfIMYsBkVSdwJeA-nl6FdIeuTftBQVirNxkfNhUs

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