En juin 2017, la direction du groupe Radio France annonçait sa volonté de supprimer les dernières antennes locales du réseau Fip, situées dans les villes de Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Et ce sans considérer les audiences en hausse constante.

Trente mois de mobilisation plus tard, la sentence est sans appel. La présidente de Radio France Sibyle Veil annonçait en novembre dernier la suppression de près de 299 postes, parmi lesquels celui des animatrices et journalistes FIP en région, dans le cadre d’un grand plan budgétaire qui peine à être accepté. Les trois antennes locales de Bordeaux, Nantes et Strasbourg devraient ainsi cesser leur activité et passer sur le réseau national, avec des informations délivrées depuis Paris. Pour l’équipe de FIP Strasbourg et son comité de soutien, il n’est pas question de rendre les armes.

Pour comprendre la situation et vous permettre de considérer l’impact d’une fermeture de l’antenne strasbourgeoise au niveau local, je suis allé poser quelques questions à Marie-Lyne Furmann, une animatrice dont vous avez sûrement déjà entendu la voix en faisant vos tartines ou au volant de votre voiture.

Marie-Lyne à l’antenne – document remis


Tu peux te présenter en quelques mots et me dire quel est ton boulot ?

Je m’appelle Marie-Lyne, en mars 2020 ça fera 12 ans que je suis Fipette. Plus jeune, j’avais deux rêves : celui de travailler l’image et celui de bosser pour la radio que j’ai toujours écoutée, FIP. J’ai exercé un temps à France 3 Alsace, et suite à un changement de direction au bout de 6 ans, je me suis fait remercier avec les autres membres de mon équipe. Aujourd’hui, des années plus tard, je vais vivre la même situation à FIP Strasbourg.

En quoi consiste le métier de Fipette ? 

Être Fipette, c’est se tenir au courant de tout ce qu’il se passe au niveau culturel dans notre région, rédiger des papiers puis les livrer au micro, pour donner envie aux gens de sortir et de découvrir des choses. C’est aussi aimer la musique, et plus simplement, je pense que ça consiste à aimer le partage.

Toute la programmation musicale part de Paris. Nous, on intervient entre les morceaux, on délivre une info toutes les dix minutes, et on dispose à chaque fois de dix minutes pour rédiger celle d’après, pour éplucher un dossier de presse et le synthétiser.

Le métier de Fipette, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne consiste pas à susurrer au micro, c’est un métier d’expression orale, de rédaction, de lecture et de réflexion. Le tout dans des conditions particulières, c’est six heures d’antenne à tenir sans interruption, et où le cerveau tourne continuellement puisque les annonces s’enchaînent tout au long de la journée.

Qu’est ce qui différencie une Fipette d’une animatrice dans une autre radio ? 

C’est la manière dont on s’adresse aux gens. FIP, c’est un ton qui est donné depuis 45 ans, c’est aussi une certaine façon de traiter l’information, avec douceur et toujours dans la bienveillance.

Membres du collectif de soutien FIP Strasbourg accompagnés des animatrices FIP Strasbourg.
© Sophie Dupressoir

Aujourd’hui, ton poste est menacé d’une suppression imminente prévue pour juin 2020, pourquoi ?

En effet, le 30 juin 2020, ça devrait être notre dernier micro. Il y a plusieurs raisons officielles, d’abord l’arrivée de la RNT (Radio Numérique Terrestre), sur laquelle FIP n’a pas de créneau dédié. Ensuite des raisons budgétaires, même si les antennes locales de FIP ne coûte que 1,4 % du budget de Radio France. Leur projet, c’est le développement de FIP en national. La radio continuera d’émettre à Strasbourg, mais avec l’antenne parisienne. Ils continueront de faire des annonces spécifiques pour les antennes locales, mais au compte-goutte, nous on en fournit une trentaine par jour.

Ce n’est pas la première fois qu’on part en bataille, on a déjà sauvé notre peau il y a douze ans, au début des année 2000 aussi. Mais cette fois on craint de ne pas y échapper. 

Quel va être l’impact de la fermeture des antennes locales  ?

La fermeture des antennes locales ont plusieurs conséquences, notamment au niveau des partenaires culturels, des associations et évidemment des auditeurs. On annonce des sorties familiales, mais aussi des spectacles et des expos. On essaie de faire beaucoup de sorties, de voir un maximum de choses pour pour pouvoir parler en connaissance de cause, on a une vraie proximité avec la vie culturelle locale, et des rôles de médiateurs à part entière. Même si notre directrice estime que France Bleu est là pour les infos de proximité, dans la mesure où une partie de l’antenne est occupée par des émissions et chroniques, on ne pourra pas retrouver le même flot d’informations que le notre.

La perte est aussi énorme pour les partenaires. Le directeur de l’Espace Culturel de Vendenheim, membre du comité de soutien, l’exprime clairement, la disparition de FIP Strasbourg représente une perte de 10 % de sa jauge, parce que les gens de Strasbourg n’irait pas forcément la bas si on n’en parlait pas.

Suite à cette annonce en mars 2017, il y a eu une grosse mobilisation, plusieurs actions ont été mises en place, est ce que tu peux m’en parler ? 

En effet, il y a déjà une sollicitation au niveau politique, nous avons démarché certains maires et députés pour qu’ils affirment leurs positons auprès de la direction. Il y a un comité de soutien qui s’est créé en parallèle, il a pour objectif de répandre l’information, de sensibiliser les gens, de fédérer, notamment en s’exprimant sur place publique, avant les spectacles par exemple. Puis il y a aussi les structures partenaires qui luttent à nos côté.

Les auditeurs ne savent pas toujours comment agir pour nous aider, ils écrivent des courriers à la directrice de Radio France, rejoignent les mouvements collectifs de mobilisation. Il y a aussi eu des concerts et des petits événements de soutien, mais on est a un stade de la démarche où il faut qu’on soit plus percutants. Nous ne sommes plus menacés à présent, nous sommes condamnés, il faut défiler dans la rue, une mobilisation sociale, des actions fortes et concrètes.

On cherche toutes les bonnes ondes et toutes les bonnes idées qui pourraient nous aider, si il y a des auditeurs ou des personnes qui voudraient se joindre à notre cause, il faut écrire au comité de soutien, qu’on se rassemble et qu’on fasse émerger des actions concrètes ! 

crédits : page Facebook Fip Strasbourg

Qu’est ce que Radio France propose comme « parachute » aux membres de votre équipe ? 

Pour les titulaires, ça va être au cas par cas mais leur CDI pourra être prolongé, la direction leur propose de les replacer à France Bleu, mais derrière un ordinateur, pas à l’animation. Pour les intermittentes comme moi, on nous dit qu’on ne veut pas nous laisser tomber, mais on ne nous propose rien. Je peux toujours postuler à France Bleu ou à Paris, mais rien n’est garanti, et je serai toujours au cachet. Au bout de 12 ans, on est quand même censé faire partie de la boite et bénéficier des mêmes mesures d’accompagnement.

Tous les jours, depuis maintenant trois ans, je vis avec un sentiment étrange, à chaque antenne que je fais, j’ai l’impression d’être en couple avec quelqu’un qui ne m’aime plus, mais d’essayer de lui sentir encore les cheveux une dernière fois. Moi, je ne veux pas partir, ils appellent ça des plans de départs volontaires, mais moi ce n’est pas ma volonté. Ça ne m’intéresse pas d’être recasé dans une autre radio, mon rêve à moi, c’était FIP, et je ne me projette pas autre part que là-bas.


Si les fipettes devraient prononcer leurs derniers mots le 30 juin, le journal lui sera aussi supprimé et les 4 journalistes remerciés. Pour l’heure, Marie-Lyne et ses collègues comptent bien faire entendre leurs revendications jusqu’au bout, et garderont espoir jusqu’à la fin.

De notre côté, on se joint évidemment à leur cause et on en appel à la mobilisation. Vous pouvez signer la pétition de soutien par ici, et rejoindre le groupe de soutien Facebook par là! Vous pouvez aussi rejoindre ou écrire au comité de soutien à l’adresse suivante : [email protected].

Et surtout, n’oublier pas d’écouter FIP Strasbourg !

1 commentaire

  1. Ils font des économies sur le dos de tout le monde mais les taxes et impôts ne font qu’augmenter.
    Franchement où va tout ce pognon ?
    Les économies sur le budget de radio france ne sont que le symptôme d’une maladie qui s’appelle le libéralisme.
    Maladie qui s’attaque en premier lieu à la solidarité et à la cohésion de la société.
    Pour les antennes locales de FIP, ce sont toutes ces activités culturelles locales qui vont souffrir d’une invisibilité sèche.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here