Depuis le 26 novembre dernier, la ville de Strasbourg a mis en ligne une consultation citoyenne afin de choisir le nouveau projet du zoo de l’Orangerie. Les Strasbourgeois sont invités à répondre à une enquête de neuf questions au sujet de leur intérêt pour les animaux déjà présents. Mais aussi à voter en faveur de l’une des trois propositions de transformation du zoo. Pour tenter de comprendre quelle serait la solution la plus adaptée au mignons petits êtres qui font fondre le cœur des petits et grands du coin, on s’est adressé aux associations locales de protection animale. Si toutes n’ont pas pu nous donner leur avis, plusieurs ont répondu en invitant les citoyens à s’engager sur le sujet.  


Depuis 2016, différentes structures se sont réunies pour travailler ensemble et élaborer un projet d’évolution du zoo de l’Orangerie. L’objectif ? Présenter des espèces européennes et qui soient mieux adaptées à la captivité. Trois équipes ont ainsi élaboré une proposition complète avec une visée précise et reposant sur la présence d’animaux plus ou moins domestiques ou sauvages, locaux ou exotiques. Entre-temps, la mini-ferme a déjà été rénovée et fait donc partie intégrante de chacun des projets.

Dans le questionnaire qu’il est possible de remplir jusqu’au 20 décembre prochain, chaque participant peut ainsi donner son avis au sujet des trois propositions. Actuellement, le zoo du parc de l’Orangerie comprendrait au total environ 150 animaux (d’après l’inventaire du 3 octobre 2019 effectué par l’association Code Animal) parmi lesquels des wallabys, des macaques, des flamands roses ou encore des perroquets. Et le nombre d’animaux captifs pourrait à l’avenir rester sensiblement le même ou bien considérablement diminuer selon le projet soutenu par les Strasbourgeois.


Les 3 projets proposés à la consultation citoyenne

L’enquête proposée sur le site de l’Eurométropole repose sur un questionnaire de neuf questions. En premier lieu, les répondants sont invités à classer par ordre de préférence les animaux actuellement présents au zoo. Puis chacun des trois projets est présenté successivement. Tous comprennent la mini-ferme récemment rénovée, sous sa forme actuelle ou bien avec son nombre d’animaux réduits.

Le premier projet, désigné sous le nom de “Zoo de l’Europe” est porté par l’Association des amis du zoo de l’Orangerie (propriétaire légal des animaux). Il prévoit de “maintenir l’attractivité du zoo avec des espèces emblématiques du zoo” et de “développer l’immersion du public dans les enclos” avec douze grands espaces à visiter pour le public comme des enclos, des volières ou encore un aquarium. Si la plupart des espèces seraient d’origine européenne, la partie “Arche de Noé” sera consacrée à des espèces non-européennes comme les Aras. 

Les porteurs du projet cherchent à présenter des espèces en voie de disparition, à participer aux programmes de protections et de conservation et à développer la recherche cognitive. Le projet comprend une quinzaine d’espèces européennes (parmi lesquels des chamois, des marmottes, des tortues, des rapaces diurnes et nocturnes) avec les Macaques de Tonkean. Ainsi que l' »Arche de Noé« , pour laquelle le nombre d’animaux n’est pas communiqué.

Le deuxième projet élaboré par l’Association de défense des intérêts des quartiers centre-est de Strasbourg (l’ADIQ) prévoit la rénovation du bâtiment et l’ajout de deux grandes volières ainsi qu’un espace supplémentaire pour accueillir des primates. Le cœur de la proposition repose sur la présence de souslik d’Europe et des Macaques de Tonkean. L’association envisage de faire venir une nouvelle espèce de primates, des macaques de Barbarie. La décision concernant l’accueil d’autres animaux au sein du zoo sera conditionnée par les réponses données au sein de la consultation. Chacun peut choisir s’il souhaite y voir des renards, des chats forestiers, des putois ou encore des furets et les classer selon un ordre de préférence.

Enfin, la troisième proposition est beaucoup plus réduite. En partenariat, l’équipe d’éthologie cognitive (CNRS) et l’association Alsace Nature présentent une alternative avec un nombre d’animaux bien moindre. Seuls les macaques de Tonkean déjà résidents du zoo conserveraient leur place. Et une colonie de corbeaux freux serait également introduite. Du côté de la mini-ferme, seuls des animaux domestiques de petite taille y seraient accueillis et des déplacements au pré régulièrement organisés. 

L’ambition du projet, serait ici de mettre l’accent sur la recherche et l’étude du comportement animal. Les porteurs du projet cherchent aussi à éviter les contacts trop intrusifs avec le public et proposent donc la découverte des animaux à travers un dispositif de plusieurs caméras avec des plateformes d’observation de la vie sauvage.


Pour la LPO Alsace : “La 3e option est la moins pire !

En janvier 2016, la Ligue de Protection des Animaux (LPO Alsace) avait participé à la rédaction d’un manifeste pour la fermeture définitive du zoo aux côtés de Code Animal, Animalsace, Alsace Nature et Gepma. Mais Cathy Zell, chargée de communication de la LPO, semble aujourd’hui plutôt résignée quant à l’obtention d’une réponse favorable à leur demande : La situation politique fait que le zoo ne sera pas fermé. Alors on essaie de trouver quelque chose, pour que ce soit l’option la “moins pire” qui soit retenue. Mais en soit, on était vraiment pour la fermeture du zoo. La détention de toutes ces espèces sauvages dans le zoo de l’orangerie n’est pas une solution qui nous convient du tout.” Quant au GEPMA (le Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace), s’il reconnaît que le troisième projet pourrait être acceptable, le groupe se positionne toujours en faveur de le fermeture définitive du zoo.

Quelle que soit leur opinion sur le sujet, la LPO estime que : “ce qui est important, c’est que les citoyens y répondent [à cette consultation], quitte à dire qu’aucune des propositions ne leur convient. Mais répondre, c’est manifester un intérêt pour le sujet. On peut aussi inviter les personnes à écrire directement à la ville pour dire que cela ne leur convient pas.” Si l’un des trois projets devait être sélectionné, Cathy Zell explique que la LPO pencherait du côté du “moins pire”, soit la troisième proposition comprenant l’intégration d’une colonie de corbeaux freux, sous la responsabilité du CNRS et d’Alsace Nature. Néanmoins, elle tient à préciser : “Même s’il y a des améliorations, ce zoo historique ne nous semble pas avoir sa place en 2020. À la LPO, on va plutôt inviter les Strasbourgeois à aller voir la faune sauvage dans la nature.


Code Animal et Animalise invitent à rejeter les trois propositions

Pour l’association Code Animal, spécialisée dans la faune sauvage, si la troisième proposition de l’enquête est en effet la “moins pire”, celle-ci n’est pas suffisante. Voilà pourquoi la présidente de l’association, Alexandra Morette a choisi de sélectionner la réponse “Aucun” pour chacune des options, tout comme chacun des membres de Code Animal. Elle incite les Strasbourgeois à faire de même : “S’il faut voter quelque chose, c’est “aucun”, parce qu’aujourd’hui ce n’est juste plus possible de voir des primates sur du béton et pour les trois projets, les macaques de Tonkean sont présents.” 

L’association étudiante Animalise s’oppose elle aussi, radicalement aux choix présentés dans la consultation citoyenne : L’ensemble de ces propositions impliquent la venue au zoo de nouveaux individus et la mise en place de projets invasifs pour les animaux, alors même que les besoins physiologiques des espèces déjà présentes ne sont pas respectés affirme Milton, le président de la structure. Selon lui, cette enquête ignore non seulement les recommandations d’Animalise sur le sujet, mais empêche également les citoyens participants de laisser un commentaire sur la plateforme, ce qui permettrait de clarifier leur opinion. 

Aujourd’hui, la position des deux associations est claire, Code Animal et Animalise refusent de se satisfaire de projets comme ceux proposés et exigent des actes forts après des années de mobilisation sur ce dossier. 


Code Animal, Animalise et 269 Life s’unissent pour faire intégrer un 4e projet à la consultation

Souhaitant à tout prix faire entendre leur voix concernant l’avenir du zoo de l’Orangerie, Code Animal et Animalise se sont associés à 269 Life France afin de proposer une quatrième possibilité, et que celle-ci soit prise en compte au même titre que les trois autres. Elle comprend : L’arrêt immédiat de la détention des animaux et leur replacement en sanctuaires ou auprès d’associations, la fermeture du zoo de l’Orangerie au profit de la création d’un zoo virtuel totalement pédagogique et éthique.

Pour forcer la ville à considérer cette demande, les trois structures ont lancé une cyberaction à destination de la mairie de Strasbourg. Depuis début octobre, une pétition en faveur de la fermeture du zoo a été mise en ligne et comptabilise aujourd’hui presque 60 000 signatures. Par ailleurs, tous les citoyens en faveur de cette quatrième proposition sont invités à solliciter la mairie par téléphone ou par mail pour demander l’ajout du projet à la consultation actuellement en ligne.


Fight for Monkey soutient la cyberaction contre la captivité des primates

Le collectif pour la défense des droits des primates Fight for Monkeys, se dit lui aussi fermement opposé à toute forme de captivité et d’exploitation des primates. En 2016, les membres de l’association s’étaient rendus sur place afin de photographier les conditions de vie des animaux. Et depuis, ils estiment qu’aucune amélioration n’a été apportée : Au zoo de l’Orangerie, les macaques de Tonkean vivent dans des cages bétonnées, bien loin de la vie qu’ils mènent dans leur milieu naturel ! Le macaque de Tonkean, qui est originaire de l’île indonésienne de Sulawesi, évolue sur les plages ou dans des forêts situées jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Ainsi, même si l’enclos venait à être agrandi, cela ne suffirait pas selon eux, à garantir une qualité de vie correcte aux pensionnaires du zoo. 

© Chloé Ka
© Chloé Ka

La présidente-fondatrice de Fight for Monkeys, insiste aussi sur le caractère scientifique mis en avant au sein du projet mené par l’équipe d’éthologie cognitive (CNRS) et l’association Alsace Nature. Elle rappelle que le collectif se positionne contre l’expérimentation animale et met en garde : Les animaux captifs, observés et nourris par l’Homme ne se comportent pas naturellement. Dans ces conditions artificielles, les observations sont faussées.

Pour finir, Alexandra Justamente rappelle que plusieurs réserves naturelles existent en Indonésie, notamment sur l’île de Sulawesi, au sein desquelles les macaques de Tonkean peuvent évoluer dans leur milieu naturel.



Que tu sois en accord ou non avec les associations locales citées plus haut, si tu veux que ton avis soit pris en compte concernant l’avenir du zoo de l’Orangerie, il te reste donc jusqu’au 20 décembre prochain, pour partager ton opinion via le questionnaire ou bien participer à l’une des actions menées en parallèle par certaines associations.


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