Rares sont les comédies qui arrivent à déclencher chez moi de franches rigolades, j’ai donc été très agréablement surprise par « Docteur? », la dernière réalisation de Tristan Séguéla. On y retrouve avec grand bonheur, une histoire touchante, lumineuse et sincèrement drôle. Rien n’y est surjoué, le duo Michel Blanc/Hakim Jemili est absolument parfait dans cette comédie de Noël, qui arrive à point nommé.

L’histoire se déroule à Paris, lors de la nuit de Noël. Serge (Michel Blanc) est un docteur bougon et blasé, de service pour SOS Médecins. Il enchaîne les visites avec beaucoup d’agacement et très peu d’empathie, semble au bout du rouleau, et ne lésine pas sur la bouteille de whisky. Un lumbago inattendu va l’obliger à faire équipe avec Malek, un jeune livreur Uber ignorant tout de la chose médicale. A partir de là, les situations totalement loufoques et les quiproquos réussis vont s’enchaîner. « Docteur? » est à n’en pas douter la comédie de cette fin d’année. Nous avons rencontré l’équipe pour en discuter.

Comment est née l’idée de ce scénario?

Tristan Séguéla : Elle est née par étapes. J’avais un grand-père qui était médecin de village et qui me racontait beaucoup de récits à propos de son métier. Toute la fin de sa vie, je l’ai trouvé très triste, très déprimé. J’ai ce souvenir-là, d’un médecin qui n’aimait plus son métier. Plus tard, j’ai été ami avec un très jeune médecin, fraîchement diplômé, qui s’est installé comme SOS Médecins à Paris, il n’avait même pas trente ans. Il arrivait chez ses patients en scooter, jean, baskets, sac à dos. Il n’avait pas le style d’un médecin, et lui aussi me racontait un tas d’anecdotes qui me faisaient beaucoup rire. Je me suis dit qu’un jour j’aimerais faire un film sur un médecin de nuit. Le film est né, le jour où avec mon co-scénariste on s’est dit que ce serait bien de faire une comédie sur un médecin qui se fait remplacer par un type qui ne l’est pas du tout.

A quel point les faits sont-ils réels?

Tristan Séguéla : Croyez le ou non, tout est inspiré de faits réels. Effectivement, ce sont plusieurs histoires, qui en ont faites une. Même le principe de la substitution, c’est-à-dire le médecin qui est tellement fatigué et bourré qu’il envoie quelqu’un qui n’est pas du métier à sa place pour soigner ses patients, est vrai. Cette histoire-là s’est produite en Belgique. Vous pouvez aller vérifier sur Youtube, en regardant un savoureux documentaire RTBF qui raconte les turpitudes de ce médecin qu’ils appellent « Docteur j’veux dire », car il dit tout le temps : « Je veux dire ». Ça vaut le détour.

Crédit photo : Grégory Massat

Ils ont eu des problèmes, j’imagine?

Tristan Séguéla : Lui a évidemment été radié de l’ordre. Il se trouve que lorsqu’il était trop bourré, il envoyait sa femme à sa place. Elle faisait les piqûres et elle les faisait tellement mal, qu’elle ramassait les seringues dans la poubelle. Donc un jour, une patiente s’est un peu inquiétée et c’est là qu’ils se sont fait prendre. Il est donc allé beaucoup plus loin dans les faits que Serge Mamou Mani, le médecin interprété par Michel dans le film.

Oui dans le film tout se passe plus ou moins bien, même si on passe parfois pas loin de la catastrophe.

Michel Blanc : Serge contrôle. La folie c’est d’envoyer Malek faire les actes médicaux à sa place alors qu’il n’est pas médecin. Par contre il contrôle de loin, et il l’empêche de faire n’importe quoi. Il lui dit sans arrêt:  » Fais attention à ça, et à ça… ». Ce qui n’est pas sérieux dans sa démarche, c’est d’envoyer quelqu’un d’autre.

Tristan Séguéla : Il y a un petit côté Ratatouille mais médical.

Michel Blanc : C’est un de mes films favoris. C’est le même procédé, Serge dirige Malek de loin.

Vous avez pensé immédiatement à Hakim et Michel dans les rôles principaux?

Tristan Séguéla : J’ai pensé à Michel tout de suite, je tremblais en lui envoyant le scénario. Je ne connaissais pas Michel personnellement, j’étais juste fan de lui, pas que du comédien, aussi du metteur en scène, du dialoguiste, du scénariste… Je crois qu’il est tombé amoureux du script et du personnage. Il restait une chose et c’était sa seule condition, il ne voulait pas jouer avec n’importe qui. Il fallait que je trouve Malek. Et pour le trouver j’ai fait un gros casting. C’était une prise de risque, j’ai pris le risque que mon choix ne séduise pas Michel. J’ai choisi Hakim parce que je suis tombé raide dingue de ses essais. Je ne le connaissais pas du tout des réseaux, mais en les voyant je me suis dit que c’était le bon. J’ai montré son essai filmé à Michel. J’avais très peur. On était dans un café et il le regardait sur mon ordinateur avec un casque. Quand je l’ai vu pouffer derrière l’écran, je me suis dit :  » Je crois que ça va le faire. »

Et effectivement vous avez été séduit dès que vous avez vu l’essai?

Michel Blanc : Oui, je me suis dit qu’il était formidable, que ça allait marcher. La difficulté n’est pas seulement de juger la qualité de l’acteur, même si c’est essentiel, mais il faut aussi pouvoir déterminer si on peut faire un duo. Car il y a des duos qui ne marchent pas même si ils sont composés de deux bons acteurs. Je me suis dit qu’avec Hakim on était extrêmement différents et d’une certaine manière complémentaires, ça valait le coup d’essayer. Et comme il m’a fait rire, je me suis dit que ça allait le faire.

Hakim Jemili : Merci beaucoup Michel.

Pour vous c’était les débuts au cinéma?

Hakim Jemili : Exactement. Ce sont mes débuts. C’est incroyable, mon premier film est avec Michel Blanc. Même encore aujourd’hui, quand je regarde l’affiche et que je m’y vois porter Michel Blanc sur le dos, ça résume tout. Elle est vraiment belle l’affiche d’ailleurs, je l’aime beaucoup.

Dans le film vous êtes un peu l’apprenti de Michel, c’est la vérité aussi dans le tournage puisque vous êtes à vos tout débuts tandis que Michel en est à un nombre incalculable de films.

Hakim Jemili : Il est à combien?

Michel Blanc : Ça dépend parce qu’il y a des petits rôles parfois aussi. Je dois en être à 60-70.

Tristan Séguéla : Ta question est une très bonne question car c’est quelque chose qui me tient à cœur depuis le début. J’ai pris le risque de choisir Hakim car avant tout il est drôle, il a une super tête, un beau sourire. Il est grand, là où Michel ne l’est pas tant, donc il y a un contraste qui marche bien. Mais aussi et ça faisait partie pour moi des choses qui comptaient, il est vierge. Contrairement à Michel. J’avais là un acteur plus qu’expérimenté qui allait transmettre quelque chose à quelqu’un qui apprend le métier. C’est vrai que si on remplace « Docteur? » par « Acteur? » dans le titre du film, ça marche aussi. Il lui donne même la réplique. On se croirait au théâtre, lorsqu’il lui souffle les répliques à l’oreillette.

J’ai entendu dire que vous êtes hypocondriaque. Ce genre de films qui parle d’un médecin alcoolique et déprimé envoyant un type inexpérimenté pour soigner ses patients à sa place, ça n’a pas eu pour effet de faire empirer votre hypocondrie?

Michel Blanc : Je n’ai pas peur des médecins, j’ai peur de la maladie. Et puis les deux personnages sauvent tout le monde dans le film, donc il n’y a pas d’erreurs médicales, ni de décès.

Tristan Séguéla : Même si Serge ne va pas très bien au début, ce n’est pas un mauvais médecin pour autant, il fait les bons diagnostics et les bonnes prescriptions.

Michel Blanc : A la fin du film, il dit même : « Je crois que je n’ai jamais été un aussi bon docteur ». C’est vrai qu’au début, il n’est pas loin du bout du rouleau. Mais un rouleau tout neuf arrive.

Crédit photo : Emma Schneider

Pour vous quelle est la recette d’une bonne comédie?

Michel Blanc : Si on savait. Et heureusement qu’il n’y a pas de recette, sinon les producteurs diraient : « J’ai suivi la recette », « Je connais la recette ». Un peu comme le baeckeoffe.

Votre film même si l’histoire est totalement différente, ressemble à  » Intouchables ». Est-ce que vous le percevez?

Tristan Séguéla : « Intouchables » c’est une référence un peu écrasante. On en a jamais parlé. Il y a effectivement des points communs, un personnage empêché qui ne peut pas trop bouger, et le jeune qui l’aide… Mais si il y a vraiment un point commun, je pense que c’est le fait d’alterner les moments de franche comédie, avec des rires très assumés, à des moments qui ne cherchent pas forcément à faire rire. « Intouchables » est un modèle du genre.

Michel Blanc : Ça ne m’était pas venu une seconde à l’idée, mais hier quelqu’un d’autre me l’a dit. C’est vrai que l’on peut voir un point commun aussi du fait de ces deux milieux sociaux totalement opposés. Une personne établie, du milieu bourgeois, qui se retrouve à avoir besoin de quelqu’un qui lui vient d’un milieu dans lequel il ne peut pas faire d’étude car il est obligé de travailler. Et chacun va amener à l’autre. C’est ça que je trouve commun à « Intouchables », les deux personnages en ressortent mieux. Il y a un échange.

Tristan Séguéla : Ils s’apprennent mutuellement. C’est un récit de transmission à double sens, c’est vrai qu’en cela « Intouchables » est semblable.

Hakim Jemili : C’est vrai que, maintenant que vous le dites, c’est une belle référence, ça fait plaisir.

C’est tout ce qu’on peut vous souhaiter.

>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à Hakim Jemili, Michel Blanc, et Tristan Séguéla. Merci à l’équipe de l’UGC et d’Alsace 20, et un immense merci à Grégory Massat.

« Docteur? » est actuellement à l’affiche de l’UGC Ciné Cité.

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