« Mon Chien Stupide » est un film cynique et touchant adapté du best-seller éponyme de John Fante paru en 1985. Une sorte de mélancolie moderne qui nous fait passer du rire aux larmes tant elle interpelle nos angoisses d’êtres humains. Celle du temps qui passe, des choses que l’on a désirées mais que l’on aura plus. Le sentiment d’échec parfois, le regard dans le rétroviseur qui laisse un goût amer. Henri, écrivain cinquantenaire, a publié un best-seller de la littérature 25 ans plus tôt, et ne trouve plus aucune inspiration depuis. En pleine crise existentielle, et puisqu’il lui faut une raison à ses échecs, à son manque de libido et à sa vie médiocre, il décide de tout mettre sur le dos de sa femme et de ses 4 enfants. La famille n’est pas bien loin de l’implosion. Dans ce moment critique de sa vie, c’est contre toute attente un chien d’un genre un peu particulier (énorme, baveux et obsédé sexuel) qui va s’apprêter à semer un innommable chaos dans cette famille qui ne se supporte plus. Baptisé Stupide par les enfants pour son comportement jugé inapproprié, le monstre attachant est le détonateur qui oblige chacun à révéler son vrai caractère et ses vrais sentiments. C’est drôle, corrosif, sensible et bien vu, chacun en prend pour son grade. Dans le cadre de la sortie de « Mon Chien Stupide » sur les écrans, nous avons rencontré Yvan Attal.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter ce roman de John Fante ?

Yvan Attal : Le livre, les thèmes, le sujet, les personnages. J’adore ce livre pour ce qu’il raconte.

John Fante est resté relativement méconnu durant son existence.

Yvan Attal : Et c’est toujours le cas. C’est quand même un auteur qui a écrit quelques livres magnifiques et il n’a, je trouve, jamais eu le succès qu’il mérite. Dans les années 80, Bukowski a avoué que c’était un de ses auteurs préférés et c’est comme ça qu’il a été édité en France. Tous ses livres ont été édités d’un coup. Une sorte de vague John Fante qu’on a ainsi découvert. A l’époque j’en avais lu quelques-uns mais pas « Mon Chien Stupide ».

Crédit photo : Grégory Massat

Vous l’avez lu quand?

Yvan Attal : Je l’ai lu il y a vingt ans. A cette époque, on m’avait déjà proposé d’adapter le livre. J’étais jeune, je n’avais pas encore une femme et trois enfants, j’étais passé à côté. Quand il y a deux ans, les producteurs m’ont renvoyé ce livre, j’ai eu la curiosité de le relire. J’étais en vacances au milieu de ma femme et de mes enfants et je me suis totalement identifié au personnage.

(rires). Quand on adapte un roman en film, on ne redoute pas trop la comparaison ?

Yvan Attal : C’est un roman culte, donc évidemment ça fait toujours un peu peur. Il y aura toujours des gens « qui diront que ». Mais pour tout vous dire je n’ai plus cette crainte depuis quelques jours, car on est allé au festival John Fante, où on a présenté le film à sa famille. Ils sont sortis de la projection en larmes et m’ont avoué que c’était la première fois qu’un roman adapté au cinéma ne trahissait pas John Fante. J’étais assez fier.

Vous avez joué dans quasiment tous vos films. A part « Le Brio ». C’est un désir de votre part d’être toujours devant et derrière la caméra?

Yvan Attal : Je ne sais pas. Au départ, pour mon premier film, j’avais proposé le rôle à un autre acteur qui a dit non. Comme je suis très fier je me suis dit que j’allais le faire moi-même. Après cela, j’ai réalisé que je pouvais faire les deux. Que ça m’amusait de faire les deux. Puis après comme c’était aussi des films avec Charlotte et des histoires de couple, je trouvais intéressant qu’on le fasse ensemble. Cependant, si un jour je devais écrire comme pour « Le Brio », un scénario où il n’y a pas de rôle pour moi, je ne le ferais pas. Tout dépend de l’histoire. Là, ça me paraissait assez évident. Les producteurs avaient de très mauvaises idées de casting.

Vous tournez très régulièrement avec votre femme, et c’est également la troisième fois qu’on retrouve votre fils dans un de vos films.

Yvan Attal : C’est la première fois que mon fils joue vraiment. Quand il était enfant, c’était plutôt pour faire album de famille. Là, il a un vrai rôle. Aussi parce que c’est lui qui m’a poussé à relire ce livre. Entre temps, lui l’avait lu et avait adoré. Quand il a vu qu’on me proposait de l’adapter, il m’a encouragé à le faire. J’ai vu que ça l’excitait un peu. Je lui ai fait faire des essais, ça a collé donc je n’ai plus hésité.

Crédit photo : Grégory Massat

Ce n’est pas trop difficile de jouer avec sa propre famille?

Yvan Attal : Si, c’est difficile. Pas tant de jouer, mais quand on est metteur en scène. D’avoir cette responsabilité supplémentaire. A la fois c’est compliqué et à la fois c’est une expérience super. Avec ce film, j’ai découvert mon fils autrement.

Et le chien Stupide? Il est génial. Comment l’avez-vous trouvé?

Yvan Attal : Oui il est bien ce chien. Il est aussi beau qu’affreux. Je cherchais un chien et pour se faire, on allait dans les chenils, chez les dresseurs. On voulait me convaincre de prendre un chien d’une autre race, et celui-ci est arrivé, il s’est mis à boire dans une gamelle et à arroser tout le monde. Ça m’a beaucoup amusé. Et je me suis dit que c’était ce chien que je voulais.

Crédit photo: Grégory Massat

Vous vous trouvez des points communs avec votre personnage?

Yvan Attal : Beaucoup de points communs (rires).

Henri est très cynique.

Yvan Attal : Je ne partage pas son cynisme mais beaucoup d’autres choses.

Son cynisme le rend attachant, on sent qu’il a une grande complicité avec sa femme et ses enfants, mais qu’il a beaucoup de mal à le montrer, et qu’il utilise ce cynisme pour un peu se protéger.

Yvan Attal : Oui le cynisme est souvent une protection.

Avez-vous une anecdote de tournage à nous raconter?

Yvan Attal : Je ne sais pas quoi vous dire, car lorsqu’on fait un film, je ne vais pas dire que ce n’est pas amusant, c’est très amusant de travailler sur un film. Mais en même temps je n’ai pas le souvenir de quelque-chose de particulièrement marrant à vous raconter.

Crédit photo : Grégory Massat

Si demain débarquait dans votre vie un chien comme Stupide, vous auriez plutôt la réaction d’Henri ou de Cécile?

Yvan Attal : Je crois que dans la vie je suis plutôt Cécile.

Souvent vos films laissent planer le doute sur la part autobiographique. Vous affirmez que c’est plutôt un jeu. Si vous pouviez dans ce cas tourner un film sur votre propre vie vous lui donneriez quoi comme titre?

Yvan Attal : Vous m’embêtez (rires). Effectivement, ce film ne raconte pas ma vie, il est adapté d’un bouquin et ce bouquin n’est pas de moi. Alors évidemment j’adapte avec ma perception, mon vécu… Mais si je devais faire un film sur ma vraie vie, il faudrait peut-être que je choisisse une direction, peut-être autour de la chance que j’ai eue. « Mister Chance » tiens. Il y avait un film comme ça qui s’appelait « Bienvenue Mr Chance ». Un film génial réalisé dans les années 70 par Hal Ashby avec Peter Sellers.

Le fait d’avoir adapté ce livre, vous donne-t-il envie de le refaire avec un autre ouvrage?

Yvan Attal : On est toujours à l’affût évidemment. Ça m’est déjà arrivé d’adapter un livre, pour un film qui n’a finalement jamais vu le jour. J’ai déjà demandé les droits d’un livre, que je n’ai pas eus. Ça fait partie de notre métier.

Crédit photo: Grégory Massat

Dans votre film, Henri fait sa crise de la cinquantaine et met tous ses maux sur le dos de sa famille. Vous avez la cinquantaine également, la crise est en cours?

Yvan Attal : C’est un de mes points communs avec lui. Quand on a cinquante ans, on a encore envie de plein de choses et les enfants parfois vous en empêchent. La famille. Je pense que c’est ça qui motive la crise de la cinquantaine. On réalise qu’on a fait beaucoup de choses, pas forcément pour soi, mais pour sa famille. Donc on a envie d’y échapper.

Charlotte Gainsbourg est votre femme mais aussi votre actrice fétiche?

Yvan Attal : (Sourire) On peut dire ça comme ça.

Un livre est toujours beaucoup plus complet qu’un film qui doit respecter une certaine durée. Comment fait-on pour sélectionner ce qui sera ou non dans le film?

Yvan Attal : On fait des choix, on garde ce qu’on aime, on enlève ce qu’on aime pas. Il y a des choix évidents, d’autres sont plutôt des sacrifices.

Et vous en êtes content de votre film ?

Yvan Attal : Vous l’aimez?

Je l’ai beaucoup aimé oui

Yvan Attal : Alors j’en suis content.

Cependant, je n’ai pas encore lu le livre. Le film m’a donné envie de le découvrir.

Yvan Attal : Vous pouvez lire le livre, et vous verrez qu’il y a de grandes différences avec le film. Le rôle de la femme n’est pas du tout comme ça, c’est une femme raciste. Je me suis débarrassé de ça. Il y a également des choses liées à l’époque donc forcément je m’en suis débarrassé aussi, mais oui je vous encourage à lire le livre. Et les autres œuvres de John Fante aussi. Elles sont superbes.

La façon dont Henri narre l’histoire dans le film correspond-elle à l’écriture qu’on retrouve dans le livre?

Yvan Attal : Absolument. J’ai repris des pages du livre majoritairement dans la voix off. C’est ça d’ailleurs qui a motivé mon envie de voix off, le fait que j’aimais l’écriture dans le livre.

Est-ce que vous avez des projets pour la suite?

Yvan Attal : Oui j’ai écrit un scénario que je suis en train de terminer. Une histoire plutôt noire, sur la culpabilité.

Vous jouerez dedans?

Yvan Attal : Je ne sais pas encore. Mais il y a un rôle ça c’est sûr.

Si demain vous pouviez organiser votre propre festival de cinéma, où et comment l’organiseriez vous?

Yvan Attal : A Strasbourg. Je découvre la ville qui est très jolie et très agréable.

C’est la première fois que vous venez ?

Yvan Attal : Non je suis venu plusieurs fois présenter des films. Mais plus sérieusement, pour organiser un festival, je ne sais pas vraiment où je le ferais, il y a quand même en France énormément d’endroits magnifiques. Je réalise d’ailleurs pendant mes tournées en province, à quel point c’est un pays extraordinaire, et la chance que l’on a. Mais il y a aussi peut-être d’autres endroits du monde où je pourrais aimer faire un festival. Je ne sais pas, vous me posez des colles vous.

Et les invités?

Yvan Attal : Il faudrait évidemment qu’il y ait des films, donc trouver une thématique. De toute façon, je n’ai pas 150 amis dans ce métier, donc les invités ce seraient les gens qui font des films que j’aime.

Si vous pouviez emmener quelque chose de Strasbourg chez vous?

Yvan Attal : Je suis totalement obsédé par les tartes flambées de la Brasserie des Haras.

>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Un grand merci à Yvan Attal, aux équipes de l’UGC et de l’hôtel Régent, ainsi qu’à Grégory Massat pour les photos.

« Mon Chien Stupide » est actuellement à l’affiche à l’UGC et aux cinémas Star.


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