Xavier Dolan pourrait illustrer le mot sensibilité à lui tout seul. Il sait capter la lumière, les instants de grâce dans leur plus grande pureté comme personne ne le fait. Car dans ses films, comme dans la vie sans doute, il s’offre sans filtre, dans toute sa vérité, et c’est bouleversant. Cette spontanéité nous submerge, on aimerait prendre des clichés de ses films, simplement parce que chacune des images qui les composent sont des œuvres d’art à elles toutes seules. On ne ressort jamais indemne d’un Xavier Dolan, car on vit avec ses personnages. Intensément. Et quand le film est fini, il reste encore en nous, longtemps après. Avec « Matthias et Maxime », on découvre une bande d’amis fusionnelle, la complicité, la fraternité, puis le doute qui s’installe lorsqu’un baiser d’apparence anodine confrontera deux des garçons à des sentiments amoureux.

Pouvez-vous nous parler en quelques mots du sujet de votre nouveau film « Matthias et Maxime » ?

Xavier Dolan : Maxime et Matthias sont deux jeunes qui, après un baiser échangé dans le cadre d’un projet cinématographique, ont de la difficulté avec le sentiment amoureux qui se développe entre eux. Mais leur bande d’amis sont des jeunes gens assez libéraux, assez éduqués, très ouverts d’esprit. Tout le monde se fout de ce baiser sauf les deux personnages principaux, qui, par rapport à eux-mêmes, par rapport à l’image qu’ils ont d’eux mêmes, ont de la difficulté à accepter qu’ils puissent être autre que ce qu’ils ont toujours imaginé.

Matthias semble plus ébranlé que Max face à cette fêlure soudaine dans ses certitudes.

Xavier Dolan : Matthias est un personnage qui est dans le déni total. Il est casé, il a un équilibre dans sa vie, il a un appartement, une copine, un boulot où on lui promet une promotion bientôt. Une famille qu’on comprend aimante, une mère, un peu envahissante mais très, très douce. On a l’impression qu’elle est un peu la mère adoptive de toute cette bande de garçons, qui ont probablement grandi chez elle, dîné chez elle après les cours. Il y a dans la vie de Matthias, un système qui menace de s’effondrer, il a beaucoup à perdre. Maxime lui, n’a rien dans la vie.

Vous avez dit dans le dossier de presse avoir atteint un certain niveau de solitude à un moment de votre carrière.

Xavier Dolan : Faire du cinéma m’a toujours comblé, c’est très intense, très exigeant. La solitude que j’ai pu ressentir était finalement assez banale quand je l’oppose à toute l’intensité, toute la passion, la richesse d’un tournage où tu es entouré par une famille de gens, où tout devient tellement effervescent d’un coup. Il y a une énergie de groupe qui est formidable. Ce que je trouvais difficile au début de la vingtaine, c’était de rentrer de ces voyages, de ces festivals et d’être seul chez moi. J’avais des amis que je voyais un à un, de temps en temps. C’est vraiment dans la deuxième moitié de ma vingtaine que j’ai développé une communauté d’amis, une bande d’amis. Pas une immense, on est un peu moins d’une dizaine, mais ça a donné un équilibre à ma vie. Je n’ai pas l’impression que le métier de cinéaste soit lié à un métier de solitude, on est tellement nombreux sur le plateau. C’est sûr que je prends seul les décisions, mais je consulte tout le temps tout le monde. On est toujours en conversation, en débat par rapport à la pertinence de tel ou tel choix, on doute de tout ensemble, on se remet en question. C’est sûr qu’à certains égards c’est un métier qui nous condamne un peu à une sorte de solitude. Mais justement, quand on réussit à la compenser avec une présence saine autour de soi, d’une famille de gens, c’est jouable.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Les acteurs interprétant votre bande d’amis dans le film, sont-ils vos vrais amis dans la vie ?

Xavier Dolan : Les acteurs et actrices dans le film sont mes meilleurs amis mais nous ne jouons pas nos personnages, on a en réalité des vies très différentes. Mais ces amitiés, ce sens de la communauté, du groupe, a apporté une sorte d’hygiène à ma vie. De calme. Même si ils ne sont pas nécessairement très calmes, eux, en tant que tels (rires). Ils ont changé la dynamique de mon existence. Mon désir par rapport à ce film. Chaque film a un ADN différent, même si j’explore des thèmes au fil de ma vingtaine qui sont quand même assez récurrents, il y a avec chaque film de nouveaux défis, et des nouveautés. Jamais je ne pourrais comparer visuellement un film comme « Mommy » avec celui-ci ou un film comme « Juste la Fin du Monde » avec un film comme « Laurence Anyways ». Pour moi ce sont des films qui ont des univers totalement distincts. A chaque film, sa texture, sa palette de couleurs. Matthias et Maxime, c’est un film que je voulais plus doux, plus lumineux.

Pourquoi cette tâche de vin sur le visage de Maxime ?

Xavier Dolan : C’est une manifestation extérieure des problèmes intérieurs. Maxime a une blessure profonde, et puis moi j’ai toujours trouvé les tâches de vins, les démarcations, les cicatrices, magnifiques. Je trouve ça très, très beau. J’ai toujours été fasciné par ça, quand j’étais enfant j’avais une tante qui avait une dépigmentation de la peau, ce qu’on appelle au Québec « une peau de vache ». C’est-à dire qu’elle avait des tâches brunes sur sa peau, et je trouvais ça beau, j’étais tout le temps entrain de caresser son bras et de compter les tâches. Après, je pense que quelqu’un qui entre comme ça dans une pièce, avec une marque aussi prononcée, c’est forcément quelqu’un dont on ressent la vulnérabilité, car on ne peut pas s’empêcher de nous approprier son histoire. On voit quelqu’un comme ça et on s’imagine tout de suite son enfance, les insultes terribles des camarades de classe, les brimades, la mesquinerie, le regard pesant des gens sur lui. Puis je pense que cette tâche-là était le moyen d’établir très clairement à quel point ce groupe d’amis est tissé, à quel point leurs liens sont forts, les racines sont profondes parce que personne (à une seule exception dans le film), personne n’en parle, personne ne la regarde. On sent que pour ses amis, cette tâche-là n’existe pas.

Réaliser et jouer à la fois c’est une évidence pour vous ?

Xavier Dolan : Non ce n’est jamais une évidence sinon j’aurais joué dans tous mes films avant. Puis là en l’occurrence, la dernière fois c’était dans « Tom à la Ferme » donc ça fait quelques années. Ce n’est jamais une évidence et ce n’est certainement jamais facile, mais c’est un défi et aussi une méthode qui se précise avec le temps.

Pourquoi parfois oui parfois non ?

Xavier Dolan : Parce qu’il n’y a pas de rôle pour moi. Il n’y a pas de rôle pour moi dans « Mommy », ni dans « Juste la Fin du Monde »… J’aurais toujours pu forcer les choses mais je ne l’ai jamais fait.

Dans « Matthias et Maxime », on retrouve Anne Dorval qui y joue votre mère toxique et intoxiquée. Dans vos films, les personnages ont régulièrement des rapports très complexes avec leurs mères, pourquoi ?

Xavier Dolan : Oui mais ces rapports sont très différents selon les films. Dans « J’ai tué ma mère », c’est un jeune adolescent qui est en crise, qui est très précieux, qui est à couteaux tirés avec une femme banlieusarde peut-être un peu commune, mais fondamentalement assez drôle. Là, on est avec une polytoxicomane, dans un milieu complètement désargenté et qui abuse littéralement son enfant de 30 ans. Oui, ce sont souvent des relations mères-fils qui sont complexes, tout comme elles peuvent être apaisées aussi, puis plus simples, celle avec la mère de Matthias par exemple. On comprend que le personnage de Francine par exemple dans « Matthias et Maxime », est une seconde mère pour Maxime qu’elle a en quelque sorte adopté. Pour moi, les rapports mère-fils n’ont pas forcément toujours besoin d’être toxiques, ils sont complexes et je pense que c’est normal.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Pourquoi avoir choisi Gabriel d’Almeida Freitas pour jouer Matthias ?

Xavier Dolan : Je le connais depuis environ 6-7 ans, c’est quelqu’un qui a fait l’école de l’humour au Québec. A l’époque, il se voyait davantage comme un acteur que comme un humoriste, mais il se dirigeait de toute évidence vers des performances plus humoristiques, qu’artistiques ou télévisuelles. Puis il a joué dans quelques téléromans, quelques séries web. J’ai toujours trouvé que c’était une personne extrêmement sensible, assez cultivé à sa manière, disons plutôt attiré par des chanteurs, des écrivains. Assez poétique. C’est quelqu’un qui a gravité dans ma vie ses dernières années, et j’ai tout de suite pensé à lui pour ce rôle. Je trouve son physique différent, et puis différent du mien aussi. On est opposés. Enfin, on est deux bruns aux yeux bruns, mais lui est portugais, moi égyptien. Lui est long et effilé avec un nez que moi je trouve extrêmement cinématographique, j’ai envie de le filmer. Lui, évidemment ne l’aime pas. Moi je l’aime et j’avais hâte de filmer son nez. J’ai toujours senti, sans même avoir vu jouer Gabriel qu’il serait bon acteur.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Avez-vous la sensation que le style de vos films change en même temps que vous vieillissez ?

Xavier Dolan : Je vieillis et je change, mes films aussi, mais pour moi, je pense et j’espère que le propre d’un artiste est de pouvoir s’adapter au style qu’un film impose, qu’un film commande. « Matthias et Maxime » est un film qui devait être discret, le prochain sera peut-être plus expressif, plus criard, plus coloré ou plus sombre, plus violent, je n’en ai aucune idée. Je ne pense pas que ça suive une progression qui soit forcément proportionnelle à moi, ma maturité, mon âge, mon style de vie. Je pense que je suis appelé instinctivement vers des projets qui m’interpellent peut-être effectivement à cause de ma vie, de mon âge. Mais au niveau du style, le fait que « Matthias et Maxime » soit un film plus doux ne signifie pas que j’entre dans une période plus douce de ma vie. C’est juste projet par projet, histoire par histoire, j’essaye de trouver le ton approprié.

Vous dites vouloir ralentir la réalisation, pourquoi ? 8 longs-métrages à 30 ans, ça allait trop vite ?

Xavier Dolan : Non, je n’ai pas senti que ça allait trop vite, personne ne m’a forcé à avoir ce rythme de production. J’y ai trouvé énormément de bonheur et d’accomplissement, c’est vrai qu’on en ressent parfois un certain épuisement, puis c’est très exigeant, mais j’aurais pu arrêter, j’aurais pu prendre des vacances. Cependant, il y avait toujours un film, une urgence, une envie de raconter une nouvelle histoire. J’ai beaucoup exploré cette dimension là de moi, puis, comment dire… j’ai besoin de nouveaux défis, j’ai besoin de repousser de nouvelles limites. Je ne dis pas que j’ai tout vu, l’exploration de la mise en scène est illimitée, c’est tellement vaste, on peut passer sa vie à faire des films et constamment apprendre. Mais là moi j’ai besoin d’autre chose. J’ai besoin de jouer, de jouer avec des acteurs, pour des metteurs en scènes, des réalisatrices et des réalisateurs. Ça me rend plus heureux.

Dans le dossier de presse vous parlez d’un sentiment d’imposture que vous avez toujours eu. De quoi s’agit-il ?

Xavier Dolan : Le sentiment d’imposture c’est d’avoir vingt ans puis de débarquer à Cannes. D’être le jeune, le bébé. D’être dans des dîners où les réalisateurs, les réalisatrices qui sont assis autour de vous, ne vous calculent pas, ne vous regardent pas, vous ignorent. Ils vous administrent ce regard-là qui est sans équivoque et qui remet en question ta légitimité, ton talent. C’est peut-être évidemment le fruit du hasard ou alors une sensation journalistique que les gens ont voulu promouvoir ou exploiter.

Ça a été un moteur ?

Xavier Dolan : Oui et non. Je n’ai jamais vraiment fait de film contre ou envers quelqu’un, ou pour prouver quelque chose à quelqu’un. Je n’ai pas fait de films en réponse à d’autres films. Tout le monde me demande si « Matthias et Maxime » était une façon de rentrer à la maison après le film américain et le film avec les stars françaises. Non. C’était juste la prochaine histoire que j’avais envie de raconter tout simplement. Je ne fais pas comme ça de films en réponse à quelqu’un, je les fait en réponse à une impulsion, un désir, une curiosité de poser un problème, de me poser des questions. C’est sûr que le rejet des gens, ou leur scepticisme, nous inspire, ça nous motive, mais ce n’est pas la raison d’être de ce métier-là. Ça ne motive pas le geste, ça ne le guide pas non plus mais ça peut l’exciter peut-être.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Ce baiser entre Maxime et Matthias est le déclencheur d’un immense tsunami dans leurs vies et pourtant on ne le voit jamais.

Xavier Dolan : On le voit dans le miroir. Il y a un miroir derrière eux et on les voit s’embrasser, mais c’est très furtif. Pour moi, ça mettait en exergue le fait que ce baiser qui est profondément banal, et en même temps profondément important, est tellement anodin qu’on ne le voit même pas. Et il déclenche pourtant un torrent de conflits, de tensions, de malaises. Aussi, je ne voulais pas qu’on le voit, parce que je voulais qu’on le désire, je voulais qu’on veuille voir ce baiser. On a des personnages à couteaux tirés : un personnage qui souffre, et dont la façon de vivre le malaise est le repli sur soi, le mutisme, et un autre dont la façon d’exorciser ce même mal-être est de rejeter les autres, d’être mesquin, de les humilier, de les blesser, de les décevoir. Matthias aime dire à ce parfait inconnu qu’est l’avocat venu de Toronto, il aime lui dire, lorsqu’il lui demande à propos de Maxime : « C’est quelqu’un dont vous êtes proche? », « Non pas vraiment. » Il veut vraiment se convaincre, vivre dans une autre réalité. Pour moi c’est tellement violent comme réaction, comme rejet. Je souhaite que le spectateur se dise, qu’il y aura un moment de paix, qu’il y aura un moment où cet abcès va être crevé, un moment où cette tension de plus en plus violente, et qui le devient même physiquement, va redescendre, qu’il y aura un moment quand même où ils vont se parler, se retrouver. Et je pense que le fait de ne jamais voir le baiser, la violence de leurs rapports et la façon dont ils se détériorent, laisse présager qu’il va y avoir un contact important entre eux. Et je préférais qu’on l’espère, qu’on l’appréhende longtemps, pour qu’au moment où il arrive, ce soit cette fois-ci plus dans la banalité, le cinéma, la réalité d’un court-métrage, le caractère trivial d’un pari. Mais que ce soit dans la vie, que ce soit dans la vérité.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Maxime a quand même cette incertitude d’être aimé jusqu’à la fin, peut-être jusqu’à l’instant où il appelle pour la lettre de recommandation et où on lui dit que Matthias l’a récupéré depuis trois semaines mais qu’il ne lui a jamais donné. Et là c’est un peu l’incompréhension, mais c’est une manière imagée qui sous-entend que Matthias ne voulait pas qu’il parte ?

Xavier Dolan : Exact. Mais Maxime est aimé par sa bande d’amis, Maxime est aimé par Franck, par Rivet. Rivet dont on soupçonne à un moment qu’il sait peut-être depuis le début. Finalement, c’est lui qui a décidé du pari. Le savait-il ? Est-ce qu’il savait que sa sœur voulait que les deux garçons s’embrassent devant la caméra ? D’ailleurs son personnage est homosexuel, on le comprend mal, mais il y a une référence très courte, car pour moi ce n’était pas nécessaire qu’on en parle abondamment. Rivet est gay et peut-être qu’il comprend davantage les choses, qu’il les ressent, il les voit arriver, il les voit se transformer. Mais cette bande d’amis est bienveillante, elle est ouverte d’esprit et aimante. Oui, ils s’invectivent, oui ils s’insultent, mais c’est une évidence que c’est dans l’amour, l’amitié, la proximité et la fraternité. Maxime a accès à l’amour, mais là où il le recherche c’est là où on ne lui donne pas. Sa mère le rejette complètement, lui préfère un frère plus blond, plus beau, qui parle en anglais et qui vit aux États-Unis, dont elle est particulièrement fière. Je pense que c’est dur d’être Maxime.

D’ailleurs sa mère lui préfère un frère qui est relativement absent.

Xavier Dolan : Il n’est pas là, il ne fait rien pour elle. Elle préfère tout simplement quelque chose qui n’existe pas à quelque chose qui est tangible, qui est concret, qui est un fils qui veille sur elle et qui la ramène à son incompétence, son impotence, à sa médiocrité profonde. C’est vraiment une personne profondément médiocre. Et Maxime essaye de s’extirper de cette médiocrité-là. A travers cette bande d’amis, il se révèle de façon tellement plus spontanée, de façon tellement plus heureuse, qu’on comprend ce groupe d’amis. Sans qui, sa vie serait profondément triste.

Au niveau de la bande-son, vous avez choisi la chanson d’Amir lorsqu’ils chantent tous ensemble dans la voiture. Pourquoi ce choix ?

Xavier Dolan : Ça se joue à la radio, et puis les personnages ont chacun leurs goûts, y a les hasards aussi de ce qui se joue dans un café, à la radio. C’est une chanson qui met en joie, en la chantant tous ensemble comme ça, on nous démontre encore une fois qu’ils ont leur complicité, leurs moments. Moi j’aime quand les personnages ont une histoire, quand ils n’existent pas juste immédiatement dans un film là pour nous. On fait des références à des choses qu’on ne comprend pas forcément, tu sais quand ils mettent leur main devant la bouche au chalet, personne ne comprend vraiment cette référence. Ils imitent Bane dans Batman. C’est pas grave si les gens ne comprennent pas la référence, l’important c’est qu’on comprenne qu’eux ont une histoire. Après le choix de la chanson, c’est parce que je l’aime bien, je la trouve rigolote.

Crédit photo : Shayne Laverdière

Y a t’il une part d’improvisation dans les dialogues, ou vous avez tout écrit ?

Xavier Dolan : Tout a été écrit.

Vous vous êtes basé sur des situations vécues ?

Xavier Dolan : Oui et non. C’est l’énergie de notre groupe d’amis, notre humour et notre amour de l’ironie,. Mais après c’est un film et on est chacun un personnage qu’on n’est pas dans la vie. On joue le jeu. L’improvisation pour moi, c’est quelque chose de complexe sur un plateau, j’aime mieux répéter et écrire avec précision ce que quelqu’un dit. Permettre à quelqu’un de s’approprier un texte. Changer une réplique qui gêne, ajouter quelque chose. Parfois on était entrain de répéter à la maison puis j’entends un de mes amis qui fait une blague et je me dis que c’est drôle du coup je vais l’ajouter au script, mais j’aime mieux que tout soit écrit. Et c’est ce qui nous permettait tous l’un par dessus l’autre, de s’interrompre de façon organique, de s’entrechoquer et de se télescoper. Parce que, tu sais, qu’il y a un canevas. Avec l’improvisation, on passe beaucoup de temps à attendre l’un après l’autre, il faut toujours rester sur ses gardes, réagir à ce que l’autre fait. C’est trop déstabilisant. Pour moi ça l’est.

Est-ce qu’être cinéaste c’est faire le deuil de notre rêve initial de film ?

Xavier Dolan : Je n’ai jamais eu à faire de deuil, car à mesure que je tourne un film, je le préfère à ce qui était prévu, et je m’en réjouis. Je trouve l’image très belle, mais je ne suis pas endeuillé par le processus, dans la mesure où j’ai eu la chance de pouvoir faire des films presque toujours comme je voulais les faire. Après, c’est vrai que parfois il y a des impondérables, des choses qu’on ne contrôle pas, qui ne nous appartiennent pas. Certes on doit faire le deuil du projet initial, mais je ressens un grand bonheur quand je tourne à voir ce rêve initial se concrétiser de plus en plus et au delà de ce que j’avais imaginé. Car on y ajoute aussi le coefficient de spontanéité sur le plateau, d’improvisation, non pas au niveau du dialogue, mais des idées qu’on a tout à coup en voyant un objet et en se disant : « Tiens il faut le filmer ». Pour moi le processus de tournage d’un film est transformatif toujours, mais de façon positive.

Crédit photo : Shayne Laverdière

>>Propos recueillis par Emma Schneider<<

Merci à Xavier Dolan, aux équipes de l’UGC et de l’hôtel Régent.

« Matthias et Maxime » est actuellement à l’affiche de l’UGC Ciné Cité et du cinéma Star St-Ex.

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