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On a rencontré PEF et Isabelle Nanty pour la sortie du film »Fahim »

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« Fahim » c’est l’histoire vraie d’un jeune migrant bangladais, forcé de fuir son pays natal avec son père, tout en y laissant une partie de sa famille. Arrivés en France sans en connaître ni la langue, ni le mode de vie, le père et le fils vont devoir mener un long parcours semé d’embûches pour tenter d’obtenir l’asile politique, avec le risque permanent d’être expulsés. Fahim, petit prodige des échecs, deviendra pourtant et malgré son statut de SDF sans-papiers, champion de France des moins de 12 ans. Notamment grâce à sa rencontre avec l’un des meilleurs entraîneurs de France (interprété avec beaucoup de justesse par Gérard Depardieu). Un film réalisé par PEF qui rappelle que chaque petit geste de fraternité peut compter. A l’occasion de la sortie du film en salles, nous avons rencontré le réalisateur accompagné d’Isabelle Nanty qui y tient un des rôles piliers.

L’avant-première a eu un bel accueil hier soir ?

Isabelle Nanty : Oui superbe. Les gens sont émus. Ils s’essuient un peu les yeux quand on arrive.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire un film sur l’histoire de Fahim ?

PEF : C’est drôle que je réponde à cette question en présence d’Isabelle, car je me souviens d’un cours qu’elle nous avait donné à l’école Florent. On était passés un à un et lorsque c’est tombé sur moi, je n’arrivais pas à jouer la scène. Elle m’a demandé : « Qu’est-ce qui te révolte dans la vie? ». J’avais vingt ans et je n’ai pas su quoi répondre. J’essayais de faire rire la classe, je répondais des conneries. 30 ans plus tard, c’est ce que j’ai lu dans « Un roi clandestin » qui m’a révolté. Le fait qu’un enfant puisse être en danger de mort dans son pays. Un pays où 30 000 enfants disparaissent chaque année et on ne sait pas ce qu’ils deviennent. Parfois, l’armée est même complice de tout ça. Nous, Français, on est un sur deux à dire qu’ils n’auraient pas dû venir ici, qu’ils auraient mieux fait de rester chez eux. Il y a une confusion, on ne se rend pas compte que ces gens-là demandent l’asile et que c’est totalement justifié. Cette histoire m’a révolté, puis fait voyager également. Car c’est un film de sport aussi, Fahim est un petit champion d’échecs. Il y a plein de choses dans cette histoire. J’avais envie d’être avec eux. Avec le père et le fils.

Vous jouez aux échecs tous les deux ?

PEF : Pas du tout ( rires).

Isabelle Nanty : Enfin toi t’es plus matheux que moi. Moi je ne le suis pas du tout.

PEF : D’après ce que j’ai appris on peut être excellent aux échecs sans être bon en maths. Je voulais que ce film soit pour les ignares comme moi, que ce ne soit pas une leçon d’échecs. D’ailleurs, je n’explique pas les règles, j’ai pris le risque.

Et Gérard Depardieu ?

PEF : Quand je lui ai dit : » Il faudrait que tu te mettes aux échecs », je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase que j’ai cru qu’Obélix allait me faire passer à travers le plafond. Il l’a très, très mal pris. Je me suis dit que je lui en parlerai un peu plus délicatement sur le tournage. Finalement, ce qui était très marrant, c’est qu’on s’est engueulé parce que je lui en demandais beaucoup et c’est le petit Assad qui a temporisé l’ambiance en se moquant de Depardieu. Le petit avait fait des progrès énormes aux échecs, et il a commencé à expliquer deux, trois trucs à Gérard. Après cela, il a fini par accepter que l’entraîneur vienne lui apprendre. C’était obligé.

A quel moment avez vous trouvé Assad Ahmed pour jouer le rôle de Fahim ?

PEF : Ça faisait 7 mois qu’on me montrait des gosses qui ne m’avaient pas convaincu. J’étais avec une production qui avait prévu de tourner deux mois plus tard, sauf que si je ne trouvais pas un grand acteur pour jouer le premier rôle, j’aurais choisi de ne pas faire le film. Puis quand on trouve son petit prodige, on doit soumettre à la DDASS un plan B, et c’est la DDASS qui choisit l’enfant qu’elle veut, ça veut dire qu’il est possible que ce ne soit même pas votre premier choix. C’est en fonction du dossier scolaire… Et moi j’étais tellement convaincu de vouloir Assad, que j’ai décidé de ne soumettre que son dossier. On m’a répondu : « Si la DDASS refuse on ne tournera pas le film » et j’ai répondu : « Eh bien tant pis on ne tournera pas alors. » J’ai pris le risque pour cet enfant de ne pas proposer de plan B, car je n’aurais pas assumer de mettre en scène quelqu’un d’autre qu’Assad qui est un miracle pour ce film. On dit souvent que tous les acteurs sont remplaçables, mais je pense que ce n’est pas toujours vrai. Le petit venait d’arriver en France, il ne parlait pas français, il avait une histoire forte aussi, il rejoignait son père, réfugié politique. Je lui ai demandé de faire des choses que seuls les grands acteurs peuvent faire, des choses vraiment très difficiles. Je ne suis même pas certain de savoir faire ce qu’il a fait. Se retrouver dans des situations aussi dramatiques, c’est très rare qu’un enfant puisse vous offrir ça avec autant de de vérité. Assad, c’est Mohammed Belhamar, le directeur de casting qui me l’a trouvé. Un peu par erreur, car il n’était même pas invité au casting. Il attendait un copain dans la rue. Le directeur de casting lui a couru après, l’a harcelé. Il ne voulait pas. On avait une traductrice qui lui expliquait, mais il ne voulait pas, puis il avait peur. Il pensait qu’il n’était pas capable, c’est ça qui était très beau, on a vu un acteur naître devant nous. Je dis acteur car le propre d’un acteur c’est d’aimer jouer, d’être habité par un personnage, et lui il s’est réellement pris pour un autre.

Crédit photo : Emma Schneider

C’est drôle cette histoire, certaines personnes passent des centaines de castings sans être jamais pris, et lui ne veux pas et on le choisit. Et vous Isabelle vous avez accepté le rôle tout de suite ?

Isabelle Nanty : PEF m’a appelé, et m’a dit qu’il voulait faire un film. J’ai dit : « Oui je suis libre, je viens ». Mais je n’avais rien lu. Ensuite, j’ai lu le scénario et ça m’a attrapé.

Vous avez collaboré sur quasiment tous vos films ?

PEF : Presque. On s’était raté sur Gaston parce que dans la BD je ne voyais pas quel personnage elle pourrait interpréter.

Isabelle Nanty : Je pense que maintenant j’ai envie d’accepter les projets, pour ce qu’ils disent, ce qu’ils proposent, les questions qu’ils posent ou pour mes amis, des gens que j’admire. PEF rassemble ces trois éléments-là car de toute façon en tant qu’amie je l’admire, et le projet était super. Mais j’ai accepté avant de savoir de quoi ça parlait. Et j’ai eu raison. Sur le coup ça m’a surprise. Pas le fait que PEF s’engage sur un projet comme ça, mais qu’un producteur accepte un projet comme ça avec PEF.

Effectivement, c’est la première fois qu’on vous voit dans ce registre là, d’habitude vous faites plutôt des comédies.

PEF : Oui. Isabelle a raison d’en parler. On ne devrait pas trop le dire mais je n’oublie pas que Patrick Godeau a deviné que j’étais fait pour ça. Les gens n’y croient pas. Il y a quelques journalistes qui trouvent ça logique et cohérent par rapport à ce que j’ai fait avant. Qui trouvent qu’il y a toujours eu un peu d’enfance dans mes films. N’empêche que j’ai demandé à rencontrer Patrick Godeau car il possède les droits du livre et que je voulais l’adapter. Je lui ai donné rendez-vous rue de la Gaîté, je sortais de scène, je venais de faire du cheval avec des noix de coco sur Sacré Graal des Monty Python (rires). Il a vraiment eu les idées larges pour me faire confiance.

Isabelle Nanty : Il est vrai que par pudeur, PEF a passé quasiment 20 ans à faire des pirouettes. Je le connais depuis 30 ans et je sais qu’au hasard de discussions, il a de l’indignation, il est surprenant dans ses engagements, et dans ses opinions. PEF c’est quelqu’un qui s’émeut et ses yeux bleus deviennent mauves.

Vous avez une grande complicité tous les deux. Vous étiez sa prof avant, comment s’est-elle construite ?

Isabelle Nanty : Le fait que je sois sa prof, c’est ce qui nous a fait nous rencontrer, mais très vite on est devenus amis. Après cette rencontre on a tourné une fois ensemble, puis j’ai mis en scène la pièce « La Mouette » où il jouait…

PEF : Je jouais ton amoureux en plus. Amoureux battu (rires), elle me martyrisait.

Isabelle Nanty : Puis ensuite il a fait la pièce « Robin des Bois » qu’il avait écrite avec Marina Foïs et qu’il a mis en scène. J’ai rejoint le projet. Suite à cela, on a collaboré dans mon film « Le Bison » puis il a fait son film et à chaque fois on se retrouve. Car dans la vie on a pas tellement le temps de se voir. Une ou deux fois par an pour la « calmonade », comme on appelle ça, où on fait un bilan et où on se raconte nos trucs. Mais sinon heureusement qu’on a ces projets pour nous rejoindre.

Crédit photo : Emma Schneider

Et Gérard Depardieu c’était la première fois pour vous deux ?

PEF : Non, Isa a collaboré sur trois films avec lui. Et moi dans « Rrrrrrrrr » je jouais quelques scènes avec lui.

Isabelle Nanty : J’ai joué face à lui dans « Astérix et Obélix », puis super face à lui dans « Disco ». Mais moi à chaque fois Depardieu c’est comme si c’était la première fois que je le voyais. Parce que déjà c’est quelqu’un qui évolue tout le temps et j’estime ne pas le connaître, même pas du tout. Puis aussi à chaque fois, je me demande si il va se rappeler qu’on a déjà joué ensemble. C’est l’Acteur. Pour nous en tout cas, et pour la profession. Et désormais de plus en plus pour le public. C’est non seulement un monstre sacré, mais c’est monstrueux ce qu’il fait. Et on ne voit pas d’où ça vient. Je pense que c’est quelqu’un qui ne fait que respirer, et penser, sentir et être sensible, et se laisser aller à ça, sans calcul.

Vous aviez pensé immédiatement à lui dans le rôle de l’entraîneur d’échecs ?

PEF : Non. J’ai pensé à lui au moment où j’ai rencontré le véritable entraîneur, aux championnats de France avec Fahim. Quand je suis rentré chez moi, j’ai beau pu avoir des débats avec mon producteur, je ne voyais que Depardieu et n’importe quel autre nom me mettait le cafard. Depardieu est vraiment l’ogre que je cherchais. C’est lui que je voyais comme l’entraîneur de ce petit Fahim qui traverse la Terre pour aller voir un grand maître d’échecs. Heureusement, je n’ai pas eu le temps de flipper, son producteur lui a fait lire le scénario en cachette, une version que je ne voulais pas encore qu’on lise, puis il a dit oui tout de suite.

Il est marrant son personnage. Ce grand bourru, un peu amoureux de Mathilde mais si maladroit avec les sentiments.

PEF : Lorsqu’il tente le compliment : « Elle est marrante votre robe » (rires), c’est un grand moment.

Isabelle Nanty : Moi ce que j’aime bien, c’est que justement on ne peut pas totalement dire qu’il est amoureux de Mathilde, j’ai l’impression que c’est un personnage qui découvre les choses au fur et à mesure. Il se laisse saisir, puis il réalise qu’il est attaché au gamin… C’est très beau comme c’est filmé. Par exemple quand à la fin il tend la main à Didier Flamand, comme si il lui disait : « Merci de m’avoir battu il y a des années parce que sinon je serais devenu un con comme toi » (rires). C’est ça qui est génial avec Depardieu, il se laisse saisir par des trucs qui font sens sur le coup.

Avez-vous une anecdote de tournage un peu marquante à nous raconter?

PEF : Il y en a une qui a marqué toute l’équipe. C’est lorsque j’ai fait monter dans le décor Mizanur Rahaman. Il joue le papa de Fahim, et je ne lui parlais plus depuis trois jours, car même si il commençait à être à l’aise, il découvrait le métier d’acteur et là je savais qu’allait arriver une scène extrêmement difficile à jouer pour un comédien. Mizanur est cuisinier dans la vie, là il était au chômage. Pour la scène dans le commissariat, j’ai engagé de vrais flics, je pensais que c’était trop dangereux d’improviser avec des comédiens. Si il y a un peu de violence, on peut se casser une côte, si les gens se percutent pour mettre des menottes c’est pareil, il faut faire attention. Pendant l’action, j’ai dit à Mizanur :  » Je ne veux pas voir Nura, oublie le personnage, moi je veux voir Mizanur. Imagine que je suis entrain de te dire que tu es expulsé du pays, mais que ton enfant on le garde. » C’était la loi à l’époque jusqu’à l’affaire Léonarda, on expulsait les parents mais on gardait les enfants, c’était un peu absurde. Et comme il est papa, il l’a pris personnellement et on a tourné. C’était violent. Ça nous a marqué. On s’est dit que c’était pas croyable, que ce type-là il était cuisinier, qu’il ne voulait pas être acteur et il venait de nous faire vivre la situation comme il l’aurait vécu. Sans tricherie. Et là, j’ai vu la pointeuse en larmes. C’était dingue. Il y a eu beaucoup de moments bouleversants.

Isabelle Nanty : Les gens posent souvent la question, ils pensent que c’est difficile de jouer avec des enfants, avec Depardieu, ou avec des amateurs. Moi je pense absolument l’inverse. Dans tous les cas que je viens de citer, il faut se laisser entraîner par eux. Il faut avoir l’humilité de se dire, c’est eux qui savent, parce qu’ils ne savent pas. Je n’aime pas le professionnalisme donc j’aime la vérité d’Assad ou de Mizanur. Il faut se laisser inviter, et accueillir ce qu’il se passe. Ce n’est pas facile , mais c’est beau. C’est eux qui ont raison.

C’est très touchant Mathilde qui essaye de créer un lien avec Nura tout au long du film. Notamment, lorsqu’elle prend le téléphone afin de tout faire pour empêcher son expulsion.

PEF : C’est un grand geste qui a réellement eu lieu. On peut le retrouver sur internet. En fait, Isabelle Nanty joue un personnage qu’on a crée avec les co-auteurs mais qui représente trois femmes qui comptent beaucoup dans la vie de Fahim puisqu’elles ont contribué à son sauvetage. Il y a la secrétaire du club, une dame qui les aide à faire les papiers et Marion Lanvers qui apprend par Facebook que notre champion de France d’échecs est SDF sans-papiers bangladais. Elle a le courage d’appeler France Inter, et de demander aux attachés de presse de lui passer le premier Ministre Patrick Cohen pour lui faire part de son indignation. Dans le film, Isabelle dit quasiment les mêmes mots que Marion. Ça s’est passé comme ça.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer avec ce film?

PEF : Plusieurs messages. Je veux que les gens se rendent compte que ces gens-là sont en danger de mort et comme le dit Fahim : « Si on est là, c’est pas pour vous faire chier ». Ils avaient un toit eux avant. Ils n’ont pas eu le choix de fuir. On ne quitte pas sa mère, son frère et sa sœur pour aller profiter de la Sécurité Sociale dans un pays d’Europe. C’est impensable de continuer de croire ça. Fahim n’a pas été sauvé par Xavier Parmentier, ou Marion Lanvers, il a été sauvé par tous ces gens. Ceux qui l’ont hébergé, l’entraîneur qui lui a donné les clés du club en cachette ou la personne qui a écrit sur Facebook :  » Notre champion de France est SDF sans-papiers ». La personne qui a écrit ça, ça lui a pris quoi? Deux secondes d’indignation partagées sur Facebook et il a sauvé Fahim, en faisant juste ce petit post. Ça veut dire qu’on se dit tous que les petits gestes ne servent à rien, qu’on ne changera pas leur vie, alors qu’en réalité chaque petit geste peut contribuer à un truc énorme.

Isabelle Nanty : Souvent, lorsque je vais dans des restaurants cambodgiens ou si j’ai un chauffeur de taxi qui me semble avoir un accent, je pose des questions. Et c’est absolument fou ce que les gens ont fait pour se retrouver en France afin d’y travailler et d’y survivre. Ce sont des romans à chaque fois. Ce qui régit la peur, c’est le manque de connaissance des gens. Il suffit d’aller dans un bistrot, de se mettre au comptoir et de poser une question à la personne qui est là. C’est un livre qui s’ouvre. Tous les gens ont une histoire. A partir du moment, où on sait ça et où on a pas peur car on sait qu’on est tous égaux là-dessus, on ouvre des possibles. En général, ce qui me surprend, c’est le peu d’intérêt que les gens ont envers ce qui est devant eux. Même envers les gens qu’ils côtoient tous les jours. J’ai l’impression que ce film donne la force au public de se dire : « Je vais faire un peu plus attention à qui j’ai en face de moi, y compris les réfugiés… ». Il faut des couilles pour partir de chez soi et puis souvent ils ont traversé de nombreux pays pour arriver en France. Quand on prend le périph à Paris, il y a des bidonvilles, et parmi ces gens-là il y a des pépites. Mais ce sont de toute façon tous des héros pour avoir fait ce qu’ils ont fait. Humainement, on a pas grand chose de commun, à part que « la vie est difficile pour tout le monde ». Ils ont dépassé le seuil de la difficulté de la vie en se trouvant là. Je n’ai pas de solution politique, j’imagine que c’est très compliqué de gérer une immigration massive. Mais je pense qu’il faut faire l’effort de remettre ça sur le plan humain. Sur ce qu’il s’est joué de survie. J’ai vu le reportage sur l’Aquarius et les jeunes mecs disent : « Je préfère prendre le risque de mourir en mer, que de continuer à vivre ce que je vis dans mon pays. » Il faut n’avoir plus aucune issue pour en arriver jusque là.

Lorsqu’on voit dans quelles conditions les migrants prennent la mer pour tenter de rejoindre un pays plus sûr, il est clair qu’on a du mal à comprendre que des gens puissent dire qu’ils viennent dans le seul but de profiter du système.

Isabelle Nanty : C’est un vaste chantier. Mais je pense qu’il y a des solutions. Lorsque j’ai vu que Cédric Villani, mathématicien de génie, se lançait dans la politique, je me suis dit qu’il y a un calcul qui devrait quand même être assez simple. Du genre, comment répartir ne serait-ce que les impôts, pour qu’il n’y ait plus de misère dans notre pays mais aussi une capacité d’accueil pour ceux qui se retrouvent sur notre sol.

Fahim dit à un moment du film : « Ce n’est pas de l’amitié que les gens ont pour moi, c’est de la pitié ». On peut parfois redouter que les gens croient qu’on les aident par pitié et pas par réelle amitié.

Isabelle Nanty : De toute façon, une amitié ça se construit sur trente ans, donc ce n’est pas de l’amitié, mais de la fraternité. Un des trois mots qui fait partie de notre définition de la République. La fraternité c’est un terme qu’on évoque assez rarement alors que c’est un des fondamentaux de la démocratie. L’amitié, c’est 30 ans (rires). Non ça peut être immédiat, mais c’est sur trente ans que ça se vérifie. La fraternité c’est tout de suite, on peut tous l’être, on doit l’être. D’ailleurs, moi j’ajouterai un quatrième mot : Amour. Ça devrait être sur tous les frontons des mairies. Il résout tout. L’amour fait tomber les peurs. Là, on est dans liberté, égalité, peurs. Et encore, il y a encore un peu de liberté, égalité je ne crois pas.

Le film a été bien accueilli, ce qui laisse penser que ce sont des sujets qui intéressent le public, qu’il se sent concerné.

PEF : Oui et ça fait chaud au cœur. Lorsque je vois des adolescents qui sont bouleversés par le film. Ce n’est pas que les seniors ne me touchent pas, mais de voir tous ces jeunes ça m’émeut énormément. L’autre fois, une femme de 70 ans m’a pris dans ses bras en me disant : « Merci vous m’avez fait grandir », mais j’aime voir que le message bouscule aussi les gosses, car c’est eux qui vont changer les choses. Néanmoins, sur cette tournée, après une projection, il y a un jeune qui m’a demandé devant tout le monde pourquoi j’avais voulu faire un film sur un sans-papier étranger alors que j’aurais pu faire un film sur un SDF français. Je me suis dit qu’évidemment je n’aurais jamais gagné.

Il y aura certainement toujours des polémiques à ce sujet.

Isabelle Nanty : C’est sûr que lorsque je vois les conditions des étudiants en France, il y a aussi un vaste chantier. Je ne sais pas comment ils font leurs études et ils se payent à manger et se trouvent un logement. Ça devient dingue

PEF : Oui mais ce n’est pas « ceci ou cela », « c’est ceci ET cela ». Ça n’empêche rien, ce n’est pas parce qu’il y a des frontières, qu’il y a des priorités. Quand j’étais petit, j’ai vu à la télé une petite brésilienne prise dans un effondrement. Les pompiers lui tenaient la main, ils ne pouvaient rien faire d’autre, à part lui tenir la main jusqu’à ce qu’elle meurt. Brésilienne ou Française, ça ne change rien. Je ne vois pas pourquoi je m’intéresserais plus à un sans-papier arabe ou à un SDF français. Chacun a une histoire qui mérite un film. Quelqu’un m’a tendu son livre à une de premières projections de Fahim. Il espérait que je l’adapte aussi. Il a quitté son pays dans une valise. Moi qui suis claustrophobe, j’ai vu la valise en photo dans son livre, et c’est inhumain. On ne souhaiterait même pas ça à un chien. Un chien on ne le met pas dans notre valise.

Quels sont vos projets pour la suite?

PEF : Déjà accompagner « Fahim », je n’ai pas envie que ce soit un film de plus. J’ai l’impression que « Fahim » restera à côté de moi. Après j’ai envie de faire du théâtre. Comme je n’habite pas à Paris, j’en fais rarement et là j’ai trouvé la possibilité d’en refaire pendant trois, quatre mois. Sur scène, c’est là où je me sens bien dans ma peau. Puis attaquer un sujet pour à nouveau foutre la merde, ça me plairait bien comme métier (rires).

Isabelle Nanty : Moi je ne travaillerais pas avant février. Pour la tournée de « Fahim », malheureusement je ne peux pas la faire au complet pour des tas de raisons.

PEF : Mais elle me défend en m’accompagnant sur les points culminants.

Ce n’est pas la première fois que vous venez à Strasbourg?

PEF : Non. On a même tourné récemment, « Mon Poussin » à Strasbourg.

Et si vous pouviez emmener quelque chose de Strasbourg chez vous?

PEF : La cathédrale.

Isabelle Nanty : L’horloge astronomique. Les balcons en fleurs, les canaux… Tous les quartiers nouveaux.

PEF : C’est magnifique. Et puis j’emmènerais le groupe « Lyre le Temps » qui est un groupe qui joue de l’électro swing et que tout le monde s’arrache.

Chez Pokaa, on offre toujours un petit cadeau aux artistes que l’on interviewe.

Isabelle Nanty : Ah qu’est-ce que c’est ? Laissez nous deviner! Un kougelhopf, une flammenkueche ?

PEF : Pour moi c’est un bretzel car elle ne le tient pas comme une tarte à la mirabelle. (rires)


>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à PEF et Isabelle Nanty, aux équipes de l’UGC et de l’hôtel Hannong et un grand merci à David Levêque à la vidéo.

« Fahim » est actuellement à l’affiche de l’UGC Ciné Cité.

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