Il a à peine 30 ans et est l’un des producteurs les plus prometteurs de sa génération. Bien loin des paillettes, sa came à lui c’est de parcourir le monde à la recherche de nouvelles sonorités, puisant son inspiration dans les gens et les paysages qu’il croise. Simple et sans prétention, Møme me parle avec beaucoup de conviction de ses envies, de son parcours de musicien et de ses projets à venir.


Peux-tu me reposer les bases ? Qui est Møme, comment est né le projet…?

Møme : Møme c’est moi mais en vrai je m’appelle Jérémy Souillart, je suis producteur de musique électronique et d’autres types de musiques aussi. Je viens de Nice et ça fait à peu près 4 ans que je vis de la musique, que je voyage et que je fais des concerts un peu partout. J’ai fait l’équivalent de deux albums. Le premier réalisé en Australie et le second lors d’un voyage autour du monde pendant mes tournées. Depuis que j’ai commencé ce projet, c’est un peu ma marque de fabrique : créer autour du voyage, de l’aventure, perdre mes repères et faire de la musique, pas forcément de la même manière que quelqu’un qui est dans son studio et qui n’en sort pas. Après, ça m’arrive aussi de rester en studio.

Du coup tu puises tes inspirations dans le voyage ?

Møme : Oui beaucoup. J’ai besoin de voyager. Avant c’était vraiment pour m’inspirer de rencontres que je fais à l’étranger, ou de décor et de feelings qu’on a quand on part un peu à l’arrache, car je ne suis jamais parti en étant vraiment organisé. Et tout prend sens dans la musique. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus en studio, beaucoup plus chez moi, mais je continue à voyager et à me faire des trips seul. Parfois une semaine ou plus. Ce ne sont pas vraiment des vacances, je ne déconnecte pas, il y a toujours de la musique, j’ai toujours envie de faire quelque chose. Le voyage me permet de souffler et de prendre mes inspirations ailleurs.

Crédit photo : Grégory Massat

Tu as réalisé un premier album « Panorama ». Le second est plutôt une sorte d’album en trois parties c’est ça ?

Møme : En fait, je ne crois pas vraiment au format album, en tout cas en musique électronique. Je n’aime pas les singles non plus, car commercialement parlant c’est très bien, mais ça ne donne pas une image assez large de ce que peut faire un artiste. Je fais partie des gens qui écoutent les musiques qui ne sont pas du tout écoutées sur un album. Parce que, souvent, je me dis que c’est à ce moment-là que l’artiste s’est un peu lâché, qu’il a fait de la musique pour lui. C’est ce qui m’inspire. J’ai composé beaucoup de musiques depuis « Panorama », je ne les ai d’ailleurs pas encore toutes sorties, mais le format album ne me parlait plus vraiment. Donc j’ai sorti ça sous forme de minis Ep, de deux tracks à chaque fois, selon les endroits où je suis allé. La Californie, l’Indonésie, et récemment deux titres que j’ai réalisé sans aucun objectif commercial. Ce n’est pas un album mais en quantité de titres c’est à peu près la même chose.

Le grand public t’as découvert à travers le titre « Aloha ». Pourquoi ce titre plutôt qu’un autre, selon toi ?

Møme : Honnêtement, je crois vraiment que c’est une question commerciale. Maintenant que je prends du recul, je pense que ça n’a pas été naturel. Pourquoi c’est tombé sur moi à ce moment-là ? Je ne le regrette pas parce que ça m’a permis de faire énormément de choses, dont une tournée, mais quand on regarde mon évolution, on voit clairement un pic au moment de « Aloha ». Lorsque tu as un titre qui passe en radio, c’est tout de suite les paillettes, et moi je ne suis pas fan de paillettes. Après c’est sûr que c’est grâce à ça qu’on remplit des salles, qu’on se fait connaître, mais musicalement ce n’est pas une musique qui sort du lot. Il y a des musiques dix fois mieux qui mériteraient d’avoir le même succès. Je pense que ça a été une question de mode, et d’environnement. Le titre « Aloha » a un peu explosé au moment où Soundcloud a permis à des producteurs de se lancer en indépendant. La plateforme a permis d’avoir beaucoup de vues très vite grâce à tout ce mini réseau qui s’est fait, « hors-règles ». Aujourd’hui, il est plus difficile de se faire sa place dans le monde du streaming, puisqu’il y a Spotify, Apple… Mais à l’époque il n’y avait pas encore de règles vraiment établies et Soundcloud a été une brèche pour beaucoup d’artistes. J’en fais partie et je pense aussi à Kaytranada qui a fait ses marques là-dessus. Il y a sorti des remix de Janet Jackson. Comment obtenir des droits de Janet Jackson autrement qu’en passant par une plateforme plus ou moins « illégale » en terme de règles ? Ça a apporté beaucoup de richesse musicale et ça a débloqué beaucoup de choses pour certains artistes, dont moi.

Crédit photo : Grégory Massat

Tu joues pas mal d’instruments, te considères-tu plutôt comme Dj ou musicien ?

Møme : Musicien clairement. Je n’ai pas le background Dj, je n’ai pas joué en clubs, je n’ai jamais mixé. En ce moment j’apprends à mixer des vinyles, mais c’est plutôt par plaisir. Ce n’est pas du tout ça qui a fait que j’en suis là aujourd’hui. Malheureusement, quand tu sors un titre qui est électronique on va tout de suite te mettre dans la case DJ, j’en souffre un peu. J’aime être programmé dans les horaires de Dj, car j’aime la musique qui ne s’arrête jamais, mais en tant que public je préfère l’inverse. Quand je vais voir des groupes, je vais voir de vrais groupes, de rock, de jazz … Et du coup, être entre les deux c’est un peu à double-tranchant.

Tu écoutes quoi comme musique ?

Møme : J’écoute énormément de choses différentes. J’ai des classiques que j’aimerais toujours, je pense à Bibio de chez Warp ou Tom Misch qui est plus actuel, et que je ne lâche pas depuis ses débuts. Il y a des artistes qui me collent à la peau comme ça. Après j’aime découvrir aussi, donc je vais écouter énormément de choses différentes. En électronique, j’aime beaucoup Jon Hopkins, parce qu’il part dans des sonorités, des textures qu’on n’a jamais entendu. C’est ce que j’aime, les choses originales. Je fonctionne soit via des sonorités nouvelles qui me plaisent, soit à travers des musiques qui me donnent de l’émotion. Pas seulement un texte ou une addition de belles harmonies. Non, j’aime quand tu sens que ça n’a pas été fait par des robots. C’est quand même de plus en plus rare.

Tu vois un peu les autres groupes programmés à l’affiche de l’Ososphère ce soir ?

Møme : Oui je les connais un peu. Yuksek, Kiddy Smile, Samaran… J’ai déjà entendu.

Si tu devais en choisir un pour faire une collab?

Møme : C’est dur, mais je pense que Yuksek est celui qui se rapproche le plus de ce que j’écoute actuellement en terme de musique. Sa musique est très disco, composée autour de samples en général. C’est quelque chose que je ne fais pas, je n’utilise pas de samples, je produis, je vais composer ma basse, ma guitare, et j’admire ceux qui arrivent à manipuler les samples de manière vraiment créative. Parce qu’il y a vraiment une différence entre le sample mixé par Yuksek et le sample mixé par Bon Entendeur par exemple. Ce n’est pas du tout pareil. T’en as un qui va mettre un petit kick, et puis ça y est, et puis l’autre qui va prendre une boucle de 4 petites secondes et va te créer tout un environnement autour. Ça, ça m’inspire, je trouve ça super cool.

C’est la première fois que tu viens à l’Ososphère ?

Møme : A la Laiterie non, mais à l’Ososphère oui.

Sur scène, tu joues depuis une immense sphère, elle vient d’où cette idée ?

Møme : C’est le live que j’ai monté avec mes équipes techniques. Un live assez unique qui date de cette année. Je l’avais déjà en tête depuis deux ans. Quand j’ai commencé à tourner j’étais vraiment face aux gens avec ma guitare… et ce n’était pas trop mon truc. Je suis plus quelqu’un de studio, le live je le considère comme un jeu d’acteur. Ce n’est pas en live que je vais m’épanouir le plus, il y a des moments où je m’amuse mais je ne vais pas créer vraiment. Du coup, j’ai eu l’idée de cette sphère. Être caché derrière et en même temps pouvoir en sortir quand j’en ai envie pour faire un peu de show. C’est aussi quelque chose d’assez identifiable. C’est tout un show visuel, un peu sous forme de spectacle. Un set visuel aussi.

Ça tombe bien puisque l’Ososphère est à la fois un festival électro et un festival des arts numériques.

Møme : Il n’y a rien de très compliqué dans mon set-up mais c’est quand même une usine à gaz dans le sens où il y a énormément de choses à préparer. C’est un show qui a pris du temps, une recherche de visuel, des parties synchronisées. A mon échelle, j’essaye de faire quelque chose d’interactif.

Crédit photo : Grégory Massat

Y a t-il un film ou un livre qui t’ai marqué récemment ?

Møme : Je regarde tellement de choses. De manière totalement mainstream, j’ai beaucoup aimé  » Bohemian Rhapsody », la biographie de Freddy Mercury. Au moment où j’ai vu ce film j’étais entrain de composer un projet qui est en cours, orienté disco rock à l’ancienne, un peu à la Queen et à la Mickaël Jackson. Voir ce film m’a rappelé que j’aimais vraiment ça.

Si tu pouvais emmener quelque chose de Strasbourg chez toi?

Møme : Je fais plus la fête qu’autre chose ici (rires).

Un club alors peut-être?

Møme : Le Rafiot ! J’étais allé au Rafiot qui a fermé désormais mais c’était chan-mé, j’avais kiffé. Bon le son était vraiment horrible, mais pour un after c’était énorme.

Un rituel avant d’entrer sur scène ?

Møme : Pas vraiment, je saute un peu sur place pour m’échauffer. Ça me donne l’impression de me mettre au même niveau que le public venu pour faire la fête.

Crédit photo : Grégory Massat

Tes projets à venir ? Ce fameux projet disco ?

Møme : Je produis beaucoup de musiques et de beaucoup de styles différents. Cette année, j’ai fait des titres « plus Møme », parce que j’ai quand même un public qui m’écoute pour ma musique donc il faut que je garde une direction. Si demain je viens avec du rap, on ne va pas trop comprendre. Récemment, j’ai produit une BO pour un film qui sort en fin décembre, un film de sports de glisse. Puis j’ai ce projet disco, rock qui est en cours, avec un pote californien. C’est une collaboration. A l’heure actuelle, je ne vois pas l’avenir de Møme, seul en tant qu’artiste. Je le vois dans de la musique beaucoup plus indé, pas du tout du « Aloha », quelque chose de plus instrumental. J’ai envie de faire des collabs. Même sur scène je ne me vois plus seul dans le futur. L’année prochaine, je m’imagine avec un groupe. Au fur et à mesure qu’on avance on trouve un peu son chemin. Au départ j’étais dans un groupe, j’ai quitté ce groupe parce qu’en électronique ça te permet de faire beaucoup plus de choses tout seul et très vite. Aujourd’hui, j’ai envie de revenir vers un truc de groupe, mais de « leader » le projet. Leader ça avec quelqu’un d’autre, un chanteur, un batteur… Et qu’il y ai une cohésion. Je suis entrain de le préparer et on verra si ça se passe.

Un peu style Synapson ?

Møme : Oui un peu. Après Synapson, ça reste des mecs qui font de l’électro et qui ajoutent des instruments. C’est ce que je fais aujourd’hui, avec ma guitare et mon clavier. Je suis tout seul, contrairement à eux, mais si demain je prenais une deuxième personne qui venait dans la sphère avec moi on pourrait faire la même chose. Je ne vois pas mon projet comme ça, je vois plutôt un truc où il y a trois personnalités dont je fais partie, et où on joue live. Ça me manque beaucoup, je me dis que ce n’est pas donné à tout le monde de savoir bien jouer, et d’envoyer en trio. Mettre des boucles derrière soi, je ne dis pas que c’est donné à tout le monde, mais c’est plus facile. Le côté vivant, pouvoir improviser comme tu veux, c’est quelque chose qui me manque aujourd’hui dans l’électro où tout doit être très carré. Il y a une grosse pression technique, j’ai des parts d’impro mais c’est plus ou moins time codé en terme de lumières… C’est très efficace, mais on perd la spontanéité qu’on peut avoir quand on va voir un groupe. Donc c’est un choix artistique, je ne sais pas si ça se fera, mais c’est ce qui me fait vibrer.

On peut te souhaiter quoi pour ce soir?

Møme : Du fun. Un public génial, la dernière fois c’était vraiment lourd. Le public était hyper réactif et curieux. Il y a le côté cocon ici qui met les gens dedans.


>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à Møme et son équipe, à la Laiterie et à Grégory Massat pour les photos.

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