Dix ans après « Tout ce qui Brille », Géraldine Nakache et Leïla Bekhti scellent leurs retrouvailles dans « J’irai où tu iras ». Avec cette comédie dramatique, Géraldine Nakache signe sa première réalisation en solo. Un titre qui évoque Céline Dion et pas sans raison : le film raconte l’histoire de Vali (Géraldine Nakache), une jeune femme passionnée par la chanson, rêveuse et enjouée, qui vient de décrocher une audition pour devenir choriste de la célèbre chanteuse québécoise. C’est sa sœur Mina (Leïla Bekhti), à la personnalité plus terre à terre, qui se retrouve « contrainte » de l’y emmener. Les deux sœurs aux personnalités totalement opposées vont ainsi faire un long trajet en voiture ensemble, alors qu’elles ne se sont pas vues depuis un an et que leur relation n’a rien de fusionnel. C’est touchant, c’est drôle et ça sort en salle demain dans les cinés strasbourgeois. A cette occasion, nous avons rencontré l’inséparable binôme d’actrices lors d’une interview qui parle de famille.

Premier long métrage en solo. Tu l’as écrit pour vous deux ?

Géraldine Nakache : J’avais envie de parler de famille mais surtout de ces deux sœurs qui ne se sont pas choisies. Le sujet a amené l’évidence, si j’ose dire. Il y avait ce dont j’avais envie de parler et l’envie de retrouver Leïla sur un plateau.

Ça faisait longtemps que vous n’aviez pas tourné ensemble. Contentes de vous retrouver j’imagine ?

Leïla Bekhti : On a vraiment pas boudé notre plaisir. J’étais hyper heureuse quand Géraldine m’a dit qu’elle allait réaliser son film. En plus, c’était drôle parce que j’avais retrouvé Hervé Mimran en 2018 sur un film avec Fabrice Luchini qui s’appelle « Un homme pressé », et là je retrouve Géraldine, sa co-réalisatrice sur « Tout ce qui brille ». J’ai un amour fou pour la cinéaste et pour la partenaire de jeu qu’elle est, donc c’était assez émouvant. Le premier jour de tournage, on était hyper excitées de se retrouver sur un plateau. C’est bien de vivre plein de choses dans la vie et c’est bien aussi de vivre plein de choses sur un plateau.

Céline Dion c’est aussi un sujet important dans votre vie « réelle », non ?

Leïla Bekhti : Oui et on assume ( rires).

Géraldine Nakache : On a été biberonné par Céline Dion. On est fans au premier degré, on l’adore. Puis de playback de salle de bain en playback de salle de bain, on se retrouve à faire un film qui porte le nom d’un de ses albums.

Leïla Bekhti : Après, Céline Dion, c’est la toile de fond du film. Ce que disait très justement Géraldine, c’est que lorsqu’elle a découvert l’histoire de Céline Dion, petite cadette d’une fratrie de 14 enfants, qui vivait au fin fond de Québec, et qui aujourd’hui en est arrivé à ce succès là, ça lui a fait penser à la croyance que peut avoir une chanteuse qui se produit dans les mariages… Qu’il faut y croire.

Dans le film, Mina trouve ça un peu ridicule justement, la croyance de sa sœur quant à son avenir dans la musique.

Leïla Bekhti : Je crois qu’il y a un truc qui s’est cassé dans son enfance, pour plein de raisons et elle n’y croit plus. C’est aussi un film sur la croyance. Dans « Tout ce qui brille », on était deux amies qui se sont choisies, là on est deux sœurs et on n’a pas choisi de l’être. Donc qu’est-ce qu’on en fait ? C’est un sujet assez universel. Et puis c’est un film aussi sur la place qu’on a dans la société, celle que l’on se donne, celle que l’on nous donne, que ce soit dans notre famille, dans notre travail ou dans nos amours. Cette histoire de famille m’a vraiment beaucoup touchée.

Patrick Timsit est incroyable dans le film. J’ai adoré le personnage. On dirait que le rôle était écrit pour lui.

Géraldine Nakache : C’était une envie d’abord, de travailler avec lui et de l’avoir pour papa. Quand j’ai été le voir je n’étais pas sûre qu’il accepte le rôle. Mais finalement ça lui a parlé très vite. Il est devenu Léon aussi rapidement qu’il a compris l’ADN du film et sur le plateau on était une famille, il n’y a pas de doute là-dessus. Tout était très agréable. Il est bouleversant, autant qu’il a la grâce.

Cette façon touchante qu’il a d’essayer de réconcilier ses filles.

Géraldine Nakache : Oui parce qu’il est le papa mais la maman aussi.

Leïla Bekhti : Il a fait comme il a pu. C’est aussi un film sur le fait qu’on fait du mieux que l’on peut et quelques fois on se trompe. C’est ça que j’aime dans l’écriture de Géraldine, elle ne trouve pas de circonstances atténuantes. Des fois les personnages se trompent et c’est comme ça. Ils auraient pu faire autrement mais il s’avère qu’ils ne l’ont pas fait.

Géraldine Nakache : Oui parce que l’idée n’est pas que Vali ou Mina changent, l’idée c’est qu’elles acceptent qui elles sont à ce moment là.

Alors qu’elles sont très différentes.

Géraldine Nakache : Exact, c’est souvent le cas dans les familles. Et après, comment on fait pour cohabiter ?

Cependant, même si Vali est beaucoup plus extravertie au niveau de ses émotions, on remarque très rapidement que Mina est également très émotive mais qu’elle ne le montre pas.

Géraldine Nakache : Oui parce que la sensibilité c’est une histoire de curseur. Il n’y en a pas une qui l’est et l’autre pas, elles ne mettent seulement pas le curseur au même endroit. C’est pour ça que ça ne se rencontre jamais, c’est un refus. Alors que la sensibilité est là. Mina est thérapeute pour des gens qui ont Alzheimer. Elle travaille avec des gens qui oublient, c’est plus facile pour elle. D’ailleurs c’est le seul endroit où l’on voit sa douceur.

Leïla Bekhti : Pour elle, montrer ses émotions c’est la pire chose qu’elle puisse se faire et faire aux autres. Elle ne veut pas s’imposer aux autres.

Géraldine Nakache : Là où Vali, elle, s’est imposée d’imposer ses propres émotions en chantant tous les soirs devant des gens qui n’ont rien demandé. C’est ça que Mina n’arrive pas à comprendre. C’est quand même un film sur la communication. Personne ne s’entend car personne ne s’écoute vraiment non plus.

On remarque la sensibilité de Mina aussi par rapport à cette petite habitude qu’a leur papa d’envoyer des smileys brocolis dans ses messages. Quand il ne le fait pas, ça la touche immédiatement.

Leïla Bekhti : Je me suis inspirée de quelqu’un dont je suis très proche. Lorsqu’on la rencontre la première fois, on se dit qu’elle est très froide, qu’elle n’aime pas forcément les gens, qu’elle n’est pas très sociable. Au final, c’est la personne la plus sensible que je connaisse. C’était un rôle intéressant, Mina est un personnage très éloigné de moi. J’ai énormément de mal avec les gens qui sont froids comme Mina, les gens qui se refusent. Peut-être que ce film est une thérapie et que je serais plus indulgente désormais. Parce que je suis quelqu’un qui n’a vraiment pas peur des émotions. Par contre j’ai très peur de ceux qui en ont peur, ça peut me tétaniser. C’est pour ça que ce métier est intéressant, on interprète des personnages et on vit des vies qu’on n’aura jamais. Le cinéma m’aide à comprendre un peu plus les gens.

La distance c’est souvent un mécanisme de protection de la part des gens comme Mina.

Leïla Bekhti : Oui bien sûr, et je me dis aujourd’hui que chacun est comme il est. Personne n’a raison, chacun vit ses émotions comme il en a envie. Comme il le peut.

Ce n’est pas trop compliqué de gérer devant et derrière la caméra ? Vous avez joué dans tous les films que vous avez réalisé.

Géraldine Nakache : A un détail près, c’est que les autres étaient co-réalisés avec Hervé Mimran. Sur « J’irai où tu iras », il a fallu procéder à une autre façon de travailler, c’est-à dire constituer une équipe autour de moi qui ait aussi une place pour me « regarder » et me dire ce que j’ai loupé. Je pense notamment à ma scripte et à ma première assistante réalisatrice. Puis il y avait les yeux de Leïla aussi dans les séquences où je jouais sans elle. C’est beaucoup de travail en amont, pour qu’après je puisse m’en départir. Ne pas être spectatrice de mes acteurs, mais être avec eux.

Vous chantez beaucoup dans le film, comment on se prépare à un rôle de chanteuse quand on ne l’est pas du tout ?

Géraldine Nakache : Il ne faut jamais s’arrêter de travailler. Aujourd’hui si vous me demandiez de chanter ce que j’ai chanté dans le film il y a un an, ce sera difficile d’y parvenir. Je n’ai pas attendu ce film pour avoir beaucoup de respect pour les chanteurs, mais alors là vraiment je me suis dit qu’en dehors du fait que ce soit une discipline, c’est surtout que vous êtes absolument mis à nu lorsque vous chantez sur une scène. C’est très étrange, même un peu violent. C’était très théorique jusqu’aux cours de chant, puis d’un coup je me suis dit : « Bon, il faut y aller ». Il n’y aura pas d’album de Géraldine Nakache, ça c’est certain (rires).

J’ai adoré la chanson « Ordinaire ». Pourquoi avoir choisi ce titre pour le casting de Vali ?

Géraldine Nakache : Elle est magnifique cette chanson. C’est un hymne au Canada, extrêmement populaire chez eux. Une immense chanson. La version de Robert Charlebois est incroyable et elle est venue très vite au scénario parce que son titre « Ordinaire » c’est aussi le sujet du film.

Quand vous la chantez on sent qu’il y a énormément de boulot derrière.

Géraldine Nakache : Merci ça c’est gentil ! Ça me fait plaisir. J’avais un coach, un prof de chant, qui ne m’a pas lâchée. Il y a des jours où j’avais vraiment envie de lui dire que j’avais la grippe mais il ne lâchait rien. Il venait jusqu’à chez moi s’il le fallait. Il a compris que l’idée n’était pas de me faire chanter bien mais qu’on y croie. Ne pas gommer mes tics, parfois en créer.

Et Céline, elle a vu le film ?

Géraldine Nakache : On compte sur vous pour l’appeler après l’interview. Je sais que vous avez son numéro (rires). Mais non elle n’a pas vu le film, je ne pense pas.

Mais vous l’avez rencontrée par contre, j’ai vu une photo passer sur Insta.

Géraldine Nakache : Oui absolument, je l’ai rencontrée, mais pour être tout à fait honnête, j’ai été nulle autant le dire. Je n’ai pas réussi à dire autre chose que : « Bonjour, je vous aime beaucoup et merci. » J’ai eu 5 ans quand je l’ai vue. Vous connaissez le dessin animé « Un collège fou fou fou » ? C’est un dessin animé où dès que les personnages ont une émotion trop forte, ils redeviennent des enfants, ils rapetissent. Avec Céline, j’étais comme ça.

Et du coup après on se dit : « Merde j’aurais dû dire ça, j’aurais dû faire ça »

Géraldine Nakache : Mais tellement ! J’ai appelé Leïla juste après et je lui ai dit : « Pourquoi je n’ai pas parlé du film? ». Mais ce n’est pas grave, moi je l’aime pour les chansons que j’ai chanté dans ma douche.

Leïla Bekhti : En fait on l’aime autant pour ses chansons que pour ses interviews, elle est fascinante.

Crédit photo : Grégory Massat

Vous avez une anecdote de tournage marrante à nous raconter ?

Leïla Bekhti : Il n’y en a pas une en particulier, je crois qu’on se souviendra toujours de notre premier jour, parce que c’était émouvant de se retrouver là. Encore une fois, on en a profité. On mesure la chance que l’on a de pouvoir refaire un film ensemble. On l’a vécu à fond.

Géraldine Nakache : Sur un plateau le temps est limité, on avait envie de se retrouver là, de travailler ensemble, de chercher. On n’a pas arrêté. Après c’était galvanisant. Grisant. Il y a eu des fous rires parfois, mais il n’y a pas eu de gros imprévus. C’est vrai que le premier jour c’était marquant. On ne s’est rien dit de toute la journée, on a fini à 20 h, puis on s’est appelées le soir, une fois rentrées chez nous, pour se dire : « C’est quelque chose quand même ». Même si on ne s’est pas quittées d’une semelle depuis « Tout ce qui brille », c’est quelque chose d’être à nouveau sur un plateau ensemble dix ans après. Puis de la filmer à nouveau aussi. Constater que je filme Leïla, une actrice qui en a sous le capot. Pouvoir lui demander d’autres choses et voir qu’on a accès à une palette super large. C’est merveilleux.

Plus que des amies, vous vous considérez un peu comme des sœurs ?

Leïla Bekhti : Oui complètement. Je ne suis même pas émue de dire que Géraldine est ma sœur, c’est tellement évident. On a un rapport de sœurs, c’est la tante de mon fils, je suis la tante de sa fille, elle est ma famille. On vit les merdes ensemble, et les trucs géniaux aussi.

Donc entre vous deux, on peut dire que c’est : « J’irai où tu iras »?

Géraldine Nakache : J’en ai bien l’impression oui.

Leïla Bekhti : Avec ou sans cinéma

Géraldine Nakache : Avec ou sans Céline Dion aussi (rires).

Leïla Bekhti : Oui, où qu’elle aille j’irai.

>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à Leïla Bekhti et Géraldine Nakache, aux équipes de l’UGC et de l’hôtel « Les Haras » et à Grégory Massat pour les photos.

« J’irai où tu iras » est actuellement à l’affiche du cinéma UGC Ciné Cité Strasbourg.

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