Des brésiliens de Strasbourg ont occupé la place Kléber toute la journée ce samedi 7 septembre pour manifester leur tristesse de voir l’Amazonie partir en fumée. D’après eux la logique d’hyper-consommation et le régime du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro sont responsables des incendies. L’association Alsace nature et le collectif Exctinction Rebellion ont manifesté leur soutien à cette initiative.

Cécilia ne se contient plus, dans un sanglot elle lance « c’est dur, on se sent impuissant loin de notre pays. » Elle n’en peut plus de ressasser ces images de l’Amazonie qui brûle. Il est 16h, elle est là depuis 9h ce matin. Cette militante fait partie du collectif de brésiliens de Strasbourg qui a passé la journée de ce samedi 7 septembre à occuper la statue centrale de la place Kléber. Nombre de badauds tournent la tête, s’arrêtent, discutent et signent une pétition destinée au parlement européen pour limiter l’exploitation de la plus grande forêt du monde… Un mot d’ordre : montrer que nos modes de consommation en occident et le commerce international sont directement les causes des incendies. Cela ne fait aucun doute pour Luanda, brésilienne également :

« Des millions d’arbres tombent chaque année pour finir en mobilier d’intérieur ou pour établir les cultures et les pâturages nécessaires à la production de soja et de viande de bœuf. Ce système industriel n’est pas là par hasard : l’Amazonie, c’est le début de la chaîne, mais à la fin, il y a des articles de consommation dans des supermarchés, notamment ici en Europe. Pour nous, ces incendies sont criminels. Les grands agriculteurs soutenus par des grosses entreprises les provoquent. C’est comme ça qu’ils chassent les tribus autochtones attachées à la nature pour créer de grandes exploitations à la place. »

« Comment l’être humain peut-il en arriver là ? »

Ils se relayent mais en tout ils sont une trentaine de brésiliens à être présents sur la journée avec leurs banderoles et leurs drapeaux. Un groupe d’une dizaine de militants boliviens les avait rejoints pendant la matinée, avec des revendications très similaires. Tous s’inquiètent de voir cette forêt aux 40 000 espèces de plantes, aux 3 000 espèces de poissons d’eau douce, au plus de 370 reptiles différents, être grignotée par l’agriculture industrielle. Les discussions sont passionnées, teintées d’émotions. On se demande en espagnol, en portugais ou en français, « comment l’être humain peut-il en arriver là ? »

Les feux de forêts spontanés sont très rares en Amazonie étant donné que cet écosystème est particulièrement humide. Créer des incendies est une technique répandue dans la zone pour défricher des territoires et ouvrir des voies dans le but d’exploiter les terres ensuite. Cette pratique s’est intensifiée depuis l’investiture de Jair Bolsonaro. De janvier à septembre 2019 on dénombre 75 000 feux dans la forêt amazonienne, soit 84% de plus qu’en 2018 à la même période. Spécialement en juillet de cette année, la déforestation a été 4 fois supérieure à celle de juillet 2018.

Avant tout, une critique du système

Des écologistes d’Alsace Nature, une association de protection de la biodiversité, et du mouvement des jeunes mobilisés pour le climat Youth for Climate sont présents avec des nuages noirs en carton pour témoigner leur solidarité avec les revendications des sud-américains. Anne Vonesch, vice-présidente d’Alsace Nature s’écrie :

« Nous sommes là pour symboliser les nuages noirs des feux de forêts, ces nuages de fumées qui étouffent, qui obscurcissent le ciel, et qui symbolisent aussi l’obscurcissement de l’esprit des hommes. Nous pensons aux défenseurs des forêts, et de la biodiversité, qui ont été assassinés. »

Une vingtaine de militants du groupe local d’Extinction Rebellion, le célèbre mouvement de désobéissance civile prête également main forte à la mobilisation avec une mise en scène. Un trompettiste accompagne l’énumération d’espèces disparues ou en voie d’extinction en Amazonie : « Singe Capucin, mort pour l’argent. Ara Bleu, mort pour le capitalisme […] ». Une cinquantaine de croix disposées sur le sol de la place Kléber portent le nom de ces espèces. Au milieu, à terre, un individu vêtu de noir fait mine d’être mort pour symboliser le fait que les humains dépendent de la nature pour survivre.

Ewilan et Carmuse, les porte-paroles de l’action, insistent sur plusieurs points :
« Ce qu’on critique avant tout, ça n’est pas les individus qui achètent tel ou tel produit, c’est le système. Ce sont les géants de l’agroalimentaire qu’on incrimine. Par exemple Cargill, JBS et Bunge qui négocient les matières premières et les redistribuent à d’autres entreprises. Ensuite, c’est directement chez McDO, Carrefour ou encore Wallmart qui vendent des produits issus de ce type d’exploitation. Au final, ce phénomène n’est pas exclusivement brésilien, ils se produit partout dans le monde et détruit le vivant de Bornéo à la Sibérie, en passant par l’Afrique centrale. »

La mise en scène d’Exctinction Rebellion se répète pendant deux heures et demie. Certains brésiliens regardent avec attention tout en arborant les couleurs de leur pays. Aux alentours de 17h, le vent se lève sur Strasbourg. Fatiguée par toutes les interactions sociales qu’elle a eues dans la journée, Luanda estime qu’il est temps de remballer le matériel. Mais elle assure qu’elle continuera à lutter, dans sa vie de tous les jours et en militant, pour l’Amazonie et pour le Brésil.


Thibault Vetter

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