Le 17 avril dernier, deux amis alsaciens ont pris la route depuis Strasbourg, pour une épopée de 20 000 kilomètres direction le Laos. A bord de leur vaisseau, un Mitsubishi Pajero entièrement aménagé par leur soin, ils ont déjà traversé l’Allemagne, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Macédoine, la Grèce, la Turquie et l’Iran. Actuellement, nos deux aventuriers se situent à Tachkent capitale de l’Ouzbékistan.

Deux mois, la Chine, le Népal et quelques centaines de litres d’essence les séparent dorénavant de leur destination.

Conversation d’un monde

« Un bloc de vie que nous connaissons que trop bien : études, sorties, travail, stress, passion amoureuse, nous a permis de vouloir changer et continuer sur une autre voie. Je me suis toujours dit que le courage est un mélange de peur et d’audace, je me le suis simplement dit, je ne l’ai jamais eu. Le voyage est une passion dévorante d’humanité et de savoir sur soi, mais malheureusement jamais surmontée par crainte que le monde tourne sans nous. Nous parlions beaucoup sans rien voir, simplement via les réseaux sociaux, et nous nous croyons vivants, heureux. Un chemin tracé, voilà l’anomalie de notre vie. On cherche, mais on ne trouve rien, on a toujours une main qui nous retient et nous bloque jusqu’au jour où l’on se réveille et cette main se desserre. »

Le besoin de sentir exister, trouver sa place dans le monde, se découvrir en explorant l’inconnu…C’est ainsi que commencent beaucoup de voyages. Dans une époque où l’on croit voyager depuis son canapé, où nos souris d’ordinateurs font office de passeport et où Deliveroo fait de la concurrence aux livres de recettes, certains choisissent encore de suivre le vent.

Sortir de sa zone de confort. En voilà une vulgaire schématisation de la démarche, mais c’est pourtant de cela qu’il s’agit. Briser les codes qui nous ont construit et rythment nos quotidiens, bousculer nos normes, renoncer à ce qu’on imagine être notre « stabilité ». Les raisons qui nous poussent à partir sont nombreuses : se retrouver, découvrir, oublier, grandir, déconnecter, fuir. Autant de raisons qui ont poussé nos deux amis alsaciens, Benjamin et Ibrahim, à prendre la route, au sens propre du terme.

Il y a trois ans jour pour jour, fraichement rentré du Népal, je m’apprêtais à partir pour 2400 km de marche à travers la France et l’Espagne sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Deux ans plus tard, je m’envolais à la découverte de l’Asie pour une durée de trois mois. Alors naturellement, quand j’ai eu vent du projet un peu fou de deux potes de rejoindre le Laos en voiture, cela a forcément éveillé mon intérêt.

J’ai alors échangé quelques messages avec Benjamin Normand, qui m’a répondu entre l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan qu’Ibrahim et lui même traversaient alors.

«  »Conversation d’un monde », c’est aussi un projet d’écriture. J’essaie de tendre l’écriture vers une œuvre de fiction-réalité sur le voyage mais aussi la temporalité. Il en découle naturellement un lien avec l’image (photo) mais aussi l’image mouvante (vidéo), sonore et sensitive (l’écriture). Finalement, il s’agit d’une observation de notre monde (à travers le regard d’Ibrahim et moi) sur les différents blocs temporelles qui existent sur notre terre, les différents mondes »

A l’issu du voyage, Benjamin souhaiterait idéalement rédiger un livre et aller vers l’éditeur. En parallèle, il nourri l’ambition de créer un cour métrage pour le Festival de Cannes autour d’un drôle de synopsis : Un homme essaie de pêcher dans les lacs, les rivières et la mer en sachant que les poissons n’existent pas.

Car c’est ça finalement, l’intrigue et le fil rouge de cette aventure, la transversalité entre la réalité et la fiction, tel est le point d’ancrage du projet, comme expliqué par mon interlocuteur :

« Le monde de nos jours connait son environnement dans lequel il vit. Nous connaissons une grande partie et notre savoir nous fait penser qu’il n’y a plus la place pour l’imaginaire, les mythes et légendes. Tout comme Jean de Mandeville qui parcourut l’Égypte, Inde, Asie centrale, Chine et raconta dans ses textes qu’il avait vu des licornes, etc. Ou bien Marco Polo et sa route de la soie truffait d’animaux fantastiques. Nous devenons à travers le(s) film(s) des nouveaux explorateurs. Nous prenons le sens inverse des connaissances, nous savons tout pour ne plus rien savoir ou simplement douter, et ceci grâce à la fiction.

Tout comme les explorateurs qui découvraient l’Amazonie dans les années 1800 et qui avaient pour but de ramener énormément de preuves (dessins, feuilles, etc.) pour prouver leurs passages et leurs découvertes. Ici le but sera l’opposé. Capturer des images, réaliser des courts ou moyens métrages pour créer une bibliothèque d’archives qui mettra en doute les gens.

Quelle tension peut-il y avoir entre la réalité et la fiction avec le voyage ? Est-ce que le cinéma est-il le seul a raconter des histoires fictionnelles et donc atteindre cette tension ? Est-ce que le film, la performance et la fiction peuvent prendre un autre chemin pour raconter des histoires et donner de nouvelles sensations et réflexions aux gens ».

A travers cette aventure, Benjamin et Ibrahim souhaitent finalement apporter une dimension à leur voyage, stimuler leur créativité en se créant des imaginaires nouveaux. Qu’importe la destination, ce qui compte, c’est la route. Peuplée de rencontres, de paysages fabuleux, elle est le lien qui nous connecte au monde que l’on ignorait jusqu’alors, on en perce ses secrets, on s’y retrouve, on y renait. Voyager sans savoir ce que l’on cherche, c’est ne faire que la moitié du chemin… Il n’y a pas de vent favorable pour marin qui ne sait pas vers quel port il navigue. Nos deux marins naviguent eux sur un océan de terre, et je leur souhaite de garder le cap !

Vous pouvez suivre l’aventure de Benjamin et Ibrahim sur leur blog : La conversation d’un monde.

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