Look du jour, weekend au spa et selfie sans filtre, l’instagrameuse « Grey so what » maîtrise tous les codes des influenceuses modernes. Force est de constater qu’elle ne leur ressemble pas : à bientôt 53 ans, faute de modèle, Sandrine a choisi de se mettre en avant pour dédramatiser les effets du vieillissement. « Pourquoi est-ce que la femme, lorsqu’elle passe la barre des cinquante ans, est comme programmée socialement à disparaître ? » Un esprit bien trempé forgé lors d’une première carrière dans les forces armées, oui Madame.

« Les cheveux gris, et alors ? » Avec près de 26.000 abonnés, Sandrine règne en maîtresse parmi les « Instagirls » strasbourgeoises, mettant à mal le jeunisme à l’œuvre sur les réseaux sociaux et partout ailleurs. Fin 2016, à l’aube de ses cinquante ans, cette alsacienne d’adoption a fait le choix de ne plus se teindre les cheveux. Un acte qui peut sembler anodin, mais qui s’oppose à plusieurs siècles d’injonction à l’éternelle fraîcheur pour la femme. En témoignent les réactions de certains de ses proches : « Tu n’as pas le temps d’aller chez le coiffeur ? Tu as besoin que je te prête un peu d’argent ? Comme s’il était impossible que j’ai voulu ça. »

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| Maman |⁣ ⁣ J’ai répondu à plusieurs petits noms d’amour dans ma vie de maman 💕 ⁣ Je suppose que vous aussi… J’ai fait le point ce matin à l’aube de la fête des mères, ou presque…⁣ ⁣ 𝐌𝐚𝐦𝐚𝐧 : classique, indémodable, efficace et sans ambiguïté.⁣ ⁣ 𝐌𝐚𝐦𝐚𝐚𝐚𝐚𝐚𝐚𝐚𝐚𝐚𝐧 (nom commun dérivé du précédent) : quand il y a une urgence vitale et absolue. Souvent suivi par : « Tu viens m’essuyer ? » quand ils ont entre 3 et 6 ans……⁣ ⁣ 𝐌𝐚𝐦'𝐬 : Quand ils étaient petits, ça précédait souvent une question du genre : « T’as pas vu mes crampons de foooot ? ».⁣ Aujourd’hui c’est suivi par : « T’as pas vu mon portefeuille ? » juste pour faire grimper ma tension à 19…⁣ ⁣ 𝐒𝐚𝐧𝐝𝐫𝐢𝐧𝐞 : (tout récent) Précède souvent la phrase : « Reste concentrée, s’il te plait » … et là je sens que la discussion est sérieuse… Faut que j’arrête de déconner… Assez récurrent pendant les jeux de société où il faut jouer en équipe de deux.⁣ ⁣ 𝐌𝐚𝐦𝐨𝐮𝐧𝐞𝐭𝐭𝐞 : ça c’est quand ils ont un truc à demander ou simplement pour me faire fondre de bonheur et ça marche à tous les coups …⁣ ⁣ C’est celui que je préfère, d’ailleurs… La preuve en image ❤⁣ ⁣ Et vous, c’est quoi votre petit nom de « maman d’amour qu'ils aiment de tout leur cœur » ?⁣ 🌞 ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ ⁣ #mum #mumlife #mumoftwo #mumoftwoboys #motherhood #mothersday #maman #greybysandrine #silversisters #naturalhaircommunity #madameteeshirt

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Ce qu’elle ne voulait plus ? Passer trois heures sur une chaise contre une centaine d’euros tous les deux mois, pour espérer cacher la femme sous les racines : « Je me suis dit que j’avais mieux à faire de mon temps et de mon argent. C’est parti de ce constat, d’une lassitude. » Une lassitude, à laquelle s’est ajouté un soupçon de rébellion. Visée par des publicités pour des soins anti-âge, Sandrine a commencé à s’interroger sur « les modèles de vingt ans à peine » choisies pour en faire la promotion : « J’ai réalisé que passée quarante ans je n’en avais plus, de modèles. C’est pour ça que j’ai créé mon compte, pour trouver du soutien. Me sentir moins seule. »

Sandrine n’en est pas à sa première contestation. En 1985, elle a entamé une carrière militaire au sein des corps techniques et administratifs de l’Armée de terre : « J’avais l’ambition de servir le pays et au-delà, de montrer que je pouvais le faire en tant que femme. Je voulais être officière, faire du parachutisme, et j’ai été officière, j’ai fait du parachutisme ! » Une ambition qui n’était pas du goût de tous ses camarades : « En y repensant aujourd’hui, je réalise que j’ai été victime de harcèlement. Mais à l’époque, ce n’était pas vraiment un sujet… On avait choisi de faire ce métier qui était un bastion masculin, alors on acceptait. »

C’est à l’école militaire que Sandrine a senti « une forte pression masculine ». Du capitaine qui la convoquait pour des revues d’armement particulières, ou des corvées tardives, au colonel qui a tenté de l’embarquer en Yougoslavie avec lui, la militaire cumule les anecdotes sexistes. Des comportements qu’elle n’a jamais signalés, ignorant qu’elle n’était pas la seule victime : « Dans un régiment à Phalsbourg, je pensais être la seule femme. Jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’un officier était en fait une officière, grimée. J’y ai vu un renoncement. » Pour autant, Sandrine ne regrette rien de sa vie de kaki, qui l’a construite : « C’est l’armée qui a fait ma force de caractère. Ces comportements étaient frustrants parce qu’on se dit, on est tous là pour la patrie, on est tous égaux dans l’uniforme, et finalement non. »

Aujourd’hui, Sandrine officie comme professeure d’anglais : « Plus qu’enseigner l’anglais, je crois que c’est la fonction d’éducateur qui me plaît, le fait de guider mes jeunes élèves avec bienveillance ! » Une bienveillance qu’elle tente également de transmettre à travers son compte Instagram. En plus de 200 publicationsdans lesquelles elle reprend effectivement les codes du réseau social, elle expose également ici ses rides, là son ventre, et toujours sa sublime crinière grise. Une candeur félicitée par la marque Pomm’ Poire,qui l’a choisie comme égérie lingerie : « J’ai cinquante ans, les cheveux gris, et je suis sur les réseaux en culotte. Je suis passée du treillis à la lingerie, c’est fabuleux. Ça valide la démarche, ça montre qu’on peut vieillir sans se cacher quelque part. »

Pour autant, Sandrine n’est pas naïve : « Les marchands de couleurs ne s’y trompent pas, ils sortent des produits violets pour obtenir de beaux gris, créant de nouvelles injonctions. Peut-être que moi aussi je ventile ça, cette idée qu’il faut vieillir d’une certaine façon, dans mon cas en restant très active, en faisant beaucoup de sport. » Dans une société patriarcale qui met les femmes en concurrence, peuvent-elles jamais lutter sans s’oppresser ? « On dit d’un homme qu’il vieillit bien, et d’une femme qu’elle est bien conservée. Le rapport de force est là, dans cette considération. Je vieillis, moi aussi, et c’est un privilège. »


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C. Moulin

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