Embuscade : Manoeuvre par laquelle on dissimule une troupe en un endroit propice, pour surprendre et attaquer l’ennemi. Synonymes : Guet-apens, traquenard.

On est allé à la Foire aux Vins de Colmar. Nous n’avons vu aucun concert ni bu aucun vin, petit récit d’un bon vieux guet-apens d’anciens.

La F.A.V est un gigantesque rassemblement populaire placé sous le signe de la musique, du vin, du commerce local et de l’ivresse poussée à son paroxysme. Et l’ivresse excessive, la frénésie désorganisée, les chansons paillardes, les bagarres de types un peu trop fiers d’être chez eux, voilà ce qui va nous intéresser aujourd’hui. On met Sting et Orelsan de côté, on enfile son plus beau débardeur de beauf, on chope une bouteille de diplomatico à prix coutant et on se fond dans la masse de tous ces habitués de la biture franchouillarde. Récit vulgarisé d’un bon vieux traquenard vécu par cinq petits cons sans gêne.

Première partie de soirée : L’arrivée dans le temple de la débauche

Les allées gigantesques de la foire et son dôme qui constitue la scène de concert ont accueilli l’an passé (tenez-vous bien) 281 000 femmes et hommes déglingués ou presque. Cette année le record a été pété de loin avec plus de 316 000 curieux du son et de la bouteille fuselée. Un chiffre qui ne choque personne à part moi ? Quand on sait que le festival de Dour a encore une fois battu son record de fréquentation en accueillant « seulement » 251 000 personnes… Pffff la honte.

Colmar pèse donc un max, et ça je ne le savais pas (encore la honte). Le lieu est donc tout simplement immense et la foule est dense, très dense, beaucoup trop dense. On ne le savait pas encore, mais on allait pas tarder à prendre cette info en plein dans notre tronche de tout nouveaux festivaliers incultes.

Heure d’arrivée 22h22, on devrait avoir de la chance quelqu’un pense à nous. Mouais. On entre délicatement dans la zone commerciale toute moche qui accueille la foire au vins et son public pour sa 72ème édition, une belle longévité. On essaye de trouver une place de parking, tous les modèles de Citroen et de Renault bas de gamme se succèdent, certains se sont garés en plein ronds points, pourquoi pas dans les arbres la prochaine fois les mecs ?

Après une heure de route et 30 foutues minutes la vessie pleine à tourner dans le parking la voiture est garée à 75 kilomètres de la foire, on s’imaginait pouvoir la retrouver à vue à la fin de la soirée.

Première mauvaise idée. Mais ça aussi on le découvrira à la fin de la soirée

Lors de notre étrange procession vers le lieu tant convoité les premières manifestations d’ivresse excessive nous sautent aux yeux. Il n’est même pas onze heure que Cindy et Jessica (c’était leur vrai nom, juré) hurlent au milieu de la rue en titubant plus que ton oncle à la fin du repas de Noël.

Ca va être funky.

Enfin arrivés, nous payons l’entrée 7,00 €, certains essayent de grimper les grillages devant la tronche des vigiles et se font… ben… refoulés. Encore de bons gros champions de l’esquive. De loin on entend le bourdonnement d’une foule immense ainsi qu’une musique décousue qui se mélange à d’autres sons provenant de la même direction. Mamie aurait dit « c’est un sacré brouhaha ».

Deuxième partie de soirée : La foule et ses folies

On entre, et là wouaw. À vue d’oeil il doit y avoir 10 000 ivrognes devant nous. Pourtant on a marché 15 mètres et la foire doit s’étaler sur plusieurs milliers de m2. On était pas prêt, mais alors pas du tout. Les personnes autour de nous chantent, se prennent dans leurs bras, ils se courent après, ils boivent beaucoup (et vite), ils s’aspergent de vodka et d’eau qu’ils ont préalablement placé dans un maxi pistolet à…eau. Ca rit, ça rit même très fort, mais il est tôt, très tôt. On se demande alors si cette ambiance déjà survoltée va monter crescendo jusqu’a faire sombrer le public dans le caniveau.

Un escabeau, tout simplement

La réponse est oui.

Un détail nous saute aux yeux : toutes les tranches d’âge sont représentées, et elles ne vivent pas leur soirée à moitié. Le problème c’est qu’elles semblent toutes être salement bourrées, du genre SALEMENT. Chaque personne présente, qu’elle soit majeure ou non semble arrachée, la fille de 15 ans comme le papy bouillant venu choper de la milf, c’est un peu drôle et aussi un peu gênant. Alors pour oublier ces images de fin du monde on décide d’entrer dans le premier hall, et ce n’était évidemment pas le hall 1, ce serait beaucoup trop facile.

Nous sommes alors en contre sens, parce que la biture respecte une direction bien précise.

Le bourdonnement devient encore plus audible au fur et à mesure que l’on avance il devient net, nous entrons dans la ruche. Des néons partout, des grandes marques qui ont bossé dur leur merchandising : Ricard, Smirnoff, Bacardi on bien taffé pour rincer un max de gens à coup de prix dérisoires envoyés aux visages de jeunes au bord de l’agonie. Dérisoires car un verre de Rhum Coca contient trois fois plus d’alcool que de soda. Le Ricard simple en est un triple, le Gin est presque pur et on se retrouve comme des idiots, encerclés par des milliers de gens qui font tourner les serviettes et qui se connaissent tous. Tout le monde a vécu cette situation, celle où tu regardes te potes en te disant : bordel de merde mais qu’est ce que je fou là ?

Et bien tu bois mon gars, tu es là pour ça. Rien que pour ça. Ou presque. Mais demain tu vas le regretter mon con.

Signé : ma conscience

On sort du hall pour s’envoyer une clope, on fait demi tour pour s’envoyer un rhum, on sort à nouveau pour s’envoyer une roulée, on se regroupe pour aller pisser, ça tourne sévère. Une nouvelle procession mécanique qui constitue notre seconde mauvaise idée, parce que mine de rien les alcools s’enchainent.

Un peu de vomi c’est toujours agréable

L’alcoolémie grimpe autant que les décibels. Les quinquagénaires dansent et chantent sur les différents bars en hurlant un répertoire qui va de Despacito au Lac du Connemara. Ce n’est définitivement pas notre cam mais petit à petit nous devenons comme tout le monde : complètement arrachés et très turbulents (mais aussi bien plus cons que quiconque). Maintenant nous aussi on veut s’asperger de vodka avec le pistolet modèle GF 351X et s’en foutre plein le gosier.

On observe beaucoup ce qui se passe lors de quelques moments de calme, il n’existe pas d’événement de cette ampleur (et aussi zinzin) à Strasbourg. D’ailleurs lorsqu’on explique d’où l’on vient on se prend quelques petites remarques bien placées (avec un accent prononcé) dans notre petites tronches de citadins strasbourgeois. Y’aurait t’il un conflit entre le 67 et le 68 ? Une guerre entre Colmar et Strasbourg ?

Encore une fois la réponse est oui. Mais cela reste évidemment très gentil.

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On imagine le son de folie qui va avec cette scène

Troisème partie de soirée : La bouteille de Rhum ambré

L’achat d’une bouteille de Rhum ambré, voilà ce qui constitue notre troisième et dernière mauvaise idée, dernière parce qu’elle nous a enterré. On a pas trop compris pourquoi mais l’alcool fort en bouteille était à prix très réduit (35,00 €). À cet instant là j’étais trop ivre pour savoir quel rhum je sirotais à la bouteille mais l’un de mes amis (qui travaille dans un bar réputé) m’a soufflé à l’oreille qu’on nous l’avait jeté à la gueule et qu’on l’aurait acheté plus cher en supermarché. WHAT ? Encore un petit détail qui montre qu’ici à la foire aux vins de Colmar on est pas là pour branler des mouches avec des gants de boxe, le but est de se l’a foutre sale.

Il est 12h30, c’est le pic time de notre ivresse. Notre bon ami croisé plus tôt (qui a eu la bonne idée de nous rincer de Rhum) fait à peu près 2 mètres 10 et 115 kilos de muscles. Il nous fraye donc un chemin dans la foule comme si il évacuait un mec blessé. Et nous, comme des enfants hébétés on le suit presque les yeux fermés les deux mains posées sur les épaules de notre copain d’en face, le regard hagard ne sachant pas vraiment ce qui se passe.

Les yeux de l’amour

Quatrième partie de soirée : Le regard flou et les jambes croisées

On se vautre dans l’herbe desséchée de ce qui doit être à l’origine les alentours d’un parking pour s’envoyer le reste du rhum dans des shots de 5cl. On se dit qu’on s’aime en se prenant dans nos bras, plus rien ne nous distingue des autres, l’alcool nous a désinhibé comme tous les festivaliers. À cette heure si on a l’impression que personne ne tient debout sans s’accrocher à son voisin, pourtant il n’est même pas une heure du matin. Je me sens un peu stupide, trèèèèès ivre mais je me sens aussi terriblement bien, et l’essentiel est là.

On a alors envie de faire plein de bêtises, voler des trucs… tout ça.

Les mineurs sont toujours présents, ou presque, ils manifestent leur plaisirs à travers des cris de joie (ou de terreur) on ne sait pas. Une bagarre éclate, on sent qu’il se passe quelque chose, certains courent pour voir la castagne en full HD. Mais pour notre part on s’en tape fort, on préfère boire encore. On se dirige dans un quelconque bar (toujours pas de vin en vue)… mais non, terminado. Un mouvement de foule, on se prend un stop. La fête est finie, il est une heure du matin.

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De joyeux copains qui ont trouvé du vin, la chance

Cinquième et dernière partie de soirée : Se planter devant la porte et alpaguer les gens bourrés.

Certains d’entre nous sont bénévoles pour le festival Longevity, alors en grandes gueules et petits filous que nous sommes nous avons embarqué un paquet de flyers à distribuer, en se disant que le public allait être intéressé.

BALIVERNES ! Ils s’en tapent, mais l’ivresse rend terriblement naïf.

Jules et moi avons a montré nos plus beaux sourires de mecs arrachés et on est allé alpaguer le public. Et les rencontres ont été… GÉNIALES.

<3 un génie
Ce monsieur va t’il tenter une approche ?

Petite compilation des réactions du public :

Salut les gars, soyez curieux, on organise un petit festival de musiques électroniques aux jardins des deux rives, voilà la programmation…

  • C’est à Colmar ?
  • Y’aura Major Lazer ?
  • Vous vendez de la cam ?
  • On a le droit de s’enfumer sa mère ?
  • T’as vu ta gueule mon pote ?
  • Jpeux vnir avec ma mère ?
  • Ca va partir en couilles ou bien ?
  • Bat les couilles (frère)
  • Je suis certain qu’en vrai tu vends de la weed avoue
  • Strasbourg c’est trop loin frère
  • Mon Nitro est en rodage jpeux ap
  • C’est en Allemagne ?
  • C’est quoi cette prog de merde ?
  • NON !
  • J’ai l’anniv de Thierry.
  • Encore un truc d’étudiants bobo.
  • Quand je vois ta chemise je suis certain que ça va être de la merde.
  • T’as des taz ?
  • (chuchotement ) « Ca se voit que c’est un truc de drogués »
  • Vous m’hébergez après les gars ?
  • Ahhhhehhhhhhhhhhaaahhhuuuueuuu (réponse entendue 3 ou 4 fois)

Après de nombreuses réactions super droles et un paquet de bonnes rencontres, nous sommes sorti du périmètre. J’avais l’impression qu’on venait de me rouler dessus avec un putain de SUV qu’on avait mis en mode sport afin que les pneus accrochent sur mon visage rougi d’alcool. Pour être honnête je n’ai plus aucun souvenir à partir de ce moment précis.

Ah si, j’ai une photo… une seule.

Après ce jolie cliché, plus rien. Le lendemain on m’a dit qu’une personne sobre nous avait ramené à destination, en toute sécurité (merci Emma). Je ne suis pas certain que ce soit le cas des quelques milliers de personnes qui sortaient de la foire dans un flux continu. On espère qu’il ne leur est rien arrivé. <3

Le bilan :

Evidemment nous sommes allés à la foire aux vins de Colmar avec beaucoup d’idées préconçues, une pointe de jugement et pas mal de sournoiserie, nous l’avouons avec la plus grande franchise. On voulait sortir du cadre et oublier les images ultra léchées trop mignonnes que les offices de tourisme balancent sur les réseaux. Lorsqu’on pense Foire Aux vins de Colmar on s’imagine des petites familles qui posent devant un stand de Gewurtz avec un chapeau de pailles et un tracteur en arrière plan. Une série de très bons concerts que les mélomanes attendent avec passion.

photo super naturelle, hihi
Il y avait aussi des tracteurs, forcément

La FAV c’est ça, oui mais pas seulement. C’est aussi l’un des plus grands rassemblements populaire de France, un lieu où la débauche atteint des sommets le temps d’une soirée pour que tout le monde oublie un instant tous ses soucis et se retrouve entre bons amis. Ils se retrouvent dans une gigantesque zone commerciale bien triste qui pendant quelques jours se colore, s’anime, s’amuse tout simplement. On y célèbre la tise, la baise, la folie de l’ivresse, l’amitié, les chansons de merde, le lâché prise et aussi une partie animale de nous même que l’on a pas l’habitude de sortir de sa cage.

Les gens les plus normaux de la soirée
un tout petit pastaga

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