Pour vous, Pokaa a retrouvé la « Chose », cette main baladeuse de la famille Adams, et celle-ci se trouve… À l’église Saint-Étienne !


Bon, trêve de plaisanterie. Certes, il s’agit bien de main ici, mais de celle de Sainte Attale qui ne faisait pas partie de la famille Adams mais de celle du duc Adalbert d’Alsace. Adalbert était une des grandes figures de la région autour des années 700. Duc d’Alsace, il était aussi le frère d’Odile, la fameuse Sainte patronne des Alsaciens. C’est lui qui fonda l’abbaye de Saint-Étienne à Strasbourg, au sein de laquelle est conservée la main en question. Il avait alors désigné sa fille Attale comme première abbesse de ce nouveau monastère. Et il se dit qu’entre cette main et Attale, il pourrait y avoir comme un lien… Mais tranché !

La légende qui entoure cette relique est assez croquignolesque. Laissez-moi vous la conter.

Nous sommes en 741. L’abbesse Attale vient de mourir. Comme de coutume, sa dépouille est exposée dans l’église et de nombreux pèlerins se pressent pour lui rendre un dernier hommage car elle était, paraît-il, très aimée et respectée. Très vite plusieurs cas de guérisons miraculeuses se produisent. Rien d’étonnant à cela. Elle ne fut pas déclarée sainte pour rien ; les miracles c’est quand même le top dans le cahier des charges. L’église fut alors visitée en masse, ce qui déclencha la jalousie de Werentrude, l’abbesse du Hohenbourg, le couvent situé sur le mont Sainte-Odile. Cette dernière décida alors d’employer les grands moyens : récupérer une relique de la défunte pour attirer les pèlerins dans son abbaye. Eh oui, à l’époque on déconnait pas avec les symboles. N’importe quel objet ou bout du cadavre d’un saint, ne serait-ce qu’une dent ou un doigt, pouvait apporter la renommée.

L’abbesse du Mont missionna donc un homme, un certain Werner, qui en pleine nuit, ni vu ni connu, se rendit dans l’église Saint-Étienne et trancha une main d’Attale. Couic. Et hop une relique dans la besace ! Mais, comme dans toute bonne histoire, rien ne se passa comme prévu. Le bougre rebroussa chemin, et chemina dans la nuit noire. Mais il se perdit, tourna en rond et alors qu’il se crut enfin arrivé au Mont, il constata qu’il était… Devant les portes de l’église Saint-Étienne. Retour à la case départ (l’histoire ne dit pas s’il passa par la case prison, en tout cas il fut bien venère Werner). Grâce à ce retournement de situation, son forfait fut découvert et la précieuse main récupérée.

Pour autant, il s’en fallut de peu pour que cette relique disparaisse à jamais. Nous sommes 200 ans plus tard, au Xe siècle. L’évêque de Strasbourg, Widerolfus, la convoite à nouveau. Pour tout dire, il aimerait même s’en débarrasser, trouvant que le souvenir de Sainte Attale lui fait de l’ombre. Les pèlerins affluaient en effet plus volontiers en l’église Saint-Étienne que dans sa cathédrale. Heureusement, le corps et la relique de Sainte Attale furent cachés de justesse par un diacre (sorte d’assistant religieux) qui avait eu vent, par révélation divine, de ses funestes desseins. Tellement bien qu’il fallut attendre 250 ans avant qu’on les redécouvre sous le sol de l’église, dans un puits toujours visible dans le transept. On était alors au XIIe siècle. On décida donc d’enchâsser la main dans un cristal de roche. Elle est depuis lors exposée dans ce superbe reliquaire au sein du chœur de la chapelle abbatiale.


Un dernier petit mot pour vous dire que vers 1450, fut confectionnée une gigantesque tenture (plus de quatre mètres de long) en laine et en lin qui retrace l’histoire que je viens de vous conter. Elle est aujourd’hui visible, en deux parties, au Musée de l’Oeuvre Notre Dame. Une véritable bande-dessinée avant l’heure !

la tapisserie de Sainte Attale (source: autour-du-mont-ste-odile.overblog.com

FLORIAN CROUVEZIER

> Son blog rempli d’histoires et d’Histoire <

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