Parce que Strasbourg regorge de sports confidentiels, insolites et passionnants, Pokaa lance une nouvelle série de découverte des sports méconnus à Strasbourg. Aujourd’hui : découverte du cécitennis, un sport qui permet aux mal et non-voyants de pratiquer le tennis ! Sortez vos plus belles raquettes et venez découvrir ce sport !

Il fait très beau ce dimanche 30 juin lorsque je rejoins les membres de l’ASPTT tennis, où je travaille en service civique. Au programme aujourd’hui : une journée de découverte et de sensibilisation au cécitennis – le tennis pour aveugles en termes moins compliqués.

La chaleur n’altère pas la bonne humeur des gens présents : Pierre-Yves Mathieu et Thierry Mathern, les deux professeurs de tennis qui enseignent le cécitennis dans le Bas-Rhin et aussi Coralie, Nael et Nathan, trois joueurs de cécitennis non-voyants, sont présents et prêts pour jouer. Avec en plus les bénévoles qui sont là pour que tout se passe pour le mieux.

Avec les mots de Thierry Mathern et ceux de Coralie, plongez avec moi dans cette chaude journée de découverte !

Qu’est-ce que c’est le cécitennis ?

Pour Thierry Mathern, le cécitennis est très différent du tennis. La raison ? Les mal ou non-voyants ne savent pas ce qu’est ce sport ou le matériel dont ils ont besoin. Dès lors, il faut s’adapter : « Le cécitennis, c’est un apprentissage avec du matériel de tennis au départ ; je travaille avec Nathan, qui est non-voyant de naissance donc il ne sait pas ce qu’est un terrain de tennis. On a dû inventer ce à quoi pouvait ressembler le tennis pour lui : donc la raquette au départ, avec le son il a dû découvrir comment toucher la balle. On s’est rendus compte que tout ce que l’on sait du tennis, en fait ça n’a aucun sens pour lui. »

L’instrument des champions

Néanmoins, le cécitennis se joue tout de même avec une raquette, sur un terrain de tennis et avec des balles, qui sont adaptés : « Les balles sont des balles adaptées, sonores. Ce sont des balles en mousse qui ont été creusées et dans lesquelles on a mis un grelot. Ce n’est pas l’idéal mais pour le moment c’est la seule balle sonore qu’on a. »

Le reste du matériel est également adapté aux exigences du cécitennis et au profil de chacun : « La raquette est adaptée à l’âge de la personne. Il y a aussi une ligne que l’on pose au sol – généralement une bande, ndlr – pour donner un point de repère dans l’espace. On a donc besoin de la distance par rapport au filet, pour revenir presque toujours au même endroit. C’est avec les pieds que Nathan se repère dans la salle par exemple. » Si on joue d’habitude en salle, pour éviter les nuisances sonores, aujourd’hui, c’est au grand air que la séance se déroule.

Un sport où l’on progresse vite

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne connaissant généralement pas les sports adaptés, le coup de raquette se prend finalement assez rapidement. En parlant de Nathan, Thierry explique : « Nathan a très vite su se repérer au bruit et on est donc partis sur des balles qui roulaient, puis des balles avec rebond… Maintenant, alors qu’au début il touchait à peine la balle, on arrive à faire des petits échanges au-dessus du filet. C’est une vraie évolution. »

Pierre-Yves donne ses conseils à Nael

Coralie n’est pas en reste, cette année à l’ASPTT, la première année où la section propose le cécitennis, l’a faite énormément progresser : « Dans les gestes techniques notamment : quand j’étais à Nice, notre entraîneur n’était pas prof de tennis. Avec Pierre-Yves, il y a toute la partie technique qui est utile : comment se placer, quelle bonne prise avoir, le geste aussi. J’ai pu progresser là-dessus du coup. »

Thierry et Nathan

Le cécitennis, ce n’est pas le même sport que le tennis, c’est bien plus que ça. Pour se rendre compte de ce que cela signifie, il faut mettre un masque et essayer de taper une balle : « Nathan aujourd’hui, il est connu au TC Bischwiller : les gens le voient jouer avec moi, ils me demandent comment c’est possible. On avait fait des expériences avec des masques pour les voyants, et tu te rends compte que c’est super difficile. Donc quand tu vois qu’il arrive à toucher et renvoyer une balle, tu saisis la qualité de la chose. » Et les échanges de quelques balles au-dessus du filet – la norme du tennis voyant – deviennent bien plus significatifs.

De la bonne humeur et de la rigolade

L’ambiance est très détendue sous l’écrasant soleil de ce dimanche 30 juin. C’est d’abord Nael, garçon de 12 ans non-voyant, qui arrive. Déjà très motivé et en pleine forme, il est accueilli par Pierre-Yves, qui l’accompagne sur le terrain pour lui faire prendre ses repères. Puis Coralie arrive, une habituée puisqu’elle est là depuis un an à l’ASPTT : « Je suis arrivée à Strasbourg en avril dernier ; il y a d’abord eu la première initiation en juin à l’ASPTT plus la journée portes ouvertes et la section s’est mise en place ici et j’en fais partie depuis le début. »

Finalement, Nathan et Thierry arrivent pour compléter la fine équipe. Ça discute et ça rigole bien entre les trois joueurs. Les deux professeurs discutent de la marche à suivre pour la démonstration. Puis on commence l’échauffement ; d’abord individuel, où les petites courses et les pas chassés s’enchaînent, avec Pierre-Yves qui donne le tempo. Ensuite, il lance les balles et Nael et Coralie essayent de les taper. De l’autre côté Thierry coache son jeune élève Nathan. On fait également beaucoup de pauses fraîcheur ; il fait extrêmement chaud.

Après tout cela, on passe évidemment à des petits matchs en comptant les points. Les joueurs sont contents. Tout le monde s’encourage et se chambre gentiment, surtout Coralie et Nael, avec Pierre Yves qui fait l’ambianceur. Une fois les parties terminées, on part vite se réfugier dans le club-house, pour un petit apéro bien mérité.

« La pratique du tennis nous aide dans la vie de tous les jours »

Le tennis n’est pas forcément le premier sport auquel on pourrait penser lorsque l’on souhaite débuter une activité de sport adapté. Pour Thierry, cela s’est pourtant fait naturellement : « Marie – la mère de Nathan, ndlr – joue dans le club où je travaille – le TC Bischwiller, qui propose le cécitennis depuis un an et demi, ndlr. Et elle m’a demandé si je ne voulais pas essayer de jouer avec son fils. Moi je me suis dit bien sûr, mais également que je ne l’avais jamais fait. Marie m’a juste dit d’essayer avec Nathan, parce qu’il était demandeur. Finalement, on s’est pris au jeu lui et moi. »

Coralie, qui fait également de l’équitation, s’est aussi prise au jeu : « J’ai commencé à Nice, parce que j’ai vécu un an et demi là-bas. J’y ai rencontré une personne non-voyante qui est désormais une amie, et ils pratiquaient ce sport au sein d’une association. Je suis venue essayer une fois et j’ai commencé à jouer avec eux tous les vendredis. »

Et justement, qu’est-ce qu’elle aime dans la pratique du cécitennis ? « Le fait de jouer au tennis d’essayer, je trouvais ça super. Mais aussi le fait de se repérer dans l’espace : il faut à la fois localiser la balle, se déplacer tout en essayant de garder ses repères pour ne pas se perdre dans l’environnement. Dans ma vie de tous les jours je trouve ça super utile. Quand on se déplace avec le chien, tous les bruits nous aident pour nous repérer. Avec la pratique du tennis quelque part on améliore ça ; on a un repère spatio-temporel, un repère podotactile avec la ligne, on a le repère sonore de la balle et ensuite il faut se déplacer. On dose nos déplacements parce qu’il ne faut pas que l’on se prenne le filet, et ça nous aide beaucoup. »

« Il faut sortir de la notion de tennis telle qu’on l’entend d’habitude »

Le cécitennis est en réalité un sport très difficile, mais également très riche, que ce soit dans l’enseignement ou dans ce qu’il peut justement apporter aux joueurs, on l’a vu avec Coralie. Thierry développe : « C’est une activité physique, comme courir ou faire du ski – Nathan fait d’ailleurs du ski, ndlr. Ça apporte de la coordination, de l’équilibre ; il est obligé de faire avec ses oreilles ce que nous on fait avec nos yeux. Il est obligé de se déplacer en fonction d’un objet qui bouge, plus coordonner les bras. C’est très riche, mais c’est aussi très difficile. Il faut sortir en fait de la notion du tennis comme on l’entend d’habitude. »

Et si Thierry a du mal à ne pas parler de Nathan, l’enseignement du cécitennis lui a également beaucoup apporté : « Ce qui est difficile, c’est de trouver de la variété dans les exercices. Quand tu commences à faire des choses, tu t’appuies sur l’expérience mais aussi le feeling (rires), sur ce que tu vois. Même pour moi c’est super enrichissant : tout ce que tu as appris du tennis voyant, tu peux l’oublier et tu recommences sur autre chose. Mais envoyer une balle, la renvoyer, toucher une balle qui bouge pour quelqu’un de non-voyant, je trouve que c’est génial. »

Alors que les barrières entre les sports dits valides et ceux dits non-valides sont encore assez opaques, on remarque tout de même quelque chose ce dimanche : les bruits des grelots dans les balles en mousse se mêlent aux rebonds de celles du tournoi qui se déroule en même temps. Comme dans un seul et même rythme, sans différence.

Si vous êtes mal ou non-voyants et que vous souhaitez faire une initiation ou découvrir ce sport, il y aura les journées portes ouvertes de l’ASPTT en septembre. Sinon vous pouvez joindre Pierre-Yves Mathieu à [email protected] et Thierry Mathern à [email protected], ou moi-même par mail à [email protected]

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour , Je suis Joel Carton , Président de l’ Association Française de Blind Tennis depuis 2016 , j’ai mis en place le Blind Tennis dans votre région , il y a deja deux ans , j’aimerai savoir pour appelez vous cela le cécitennis ?
    j’ai deja beaucoup de mal a mettre le Blind Tennis en place a travers la France si en plus on donne un autre nom cela vas être encore plus compliqué …
    LE Blind Tennis est également reconnue depuis le 1 Janvier 2017 comme sport Officiel en France une première Mondiale , suite a mes rencontres avec le Ministre des Sports Mr Patrick Kanner . J’aimerai donc sans que cela vous dérange que l on parle d’un son . Je suis également en attente de réponse de l’ ASPTT pour mettre le Blind Tennis dans les 220 clubs , en plus des 8000 clubs de la FFT .
    J’ai également rencontré Mr le Président de la FFT Mr Bernard Giudicelli , aujourd’hui celui ci ne désir pas mettre en avant le Blind Tennis, avant Mars 2021, je tiens a votre disposition un mail officiel de la FFT a ce sujet .

    J’ai également rencontré Madame Charline Delauney, avec qui j’ai aidé a monter le projet du développement du Blind Tennis sur votre région. Notamment lors de la présentation du Blind Tennis au IS l’année derniere et depuis plus de nouvelle de cette personne. Mais je vous le redis le plus important etant le développement du Blind Tennis partout en France , le reste n’est que palabre inutile.
    Sachez également qu’il y a deux nouvelles balles sonores qui doivent arriver courant Septembre, elles seront les seules autorisées pour le championnat régional , comptant pour le classement Français , en prévision de présenter une équipe de France pour les JO de Paris 2024
    Alors que le nom exacte est le Blind Tennis , ainsi nommé depuis 1984 a travers le monde, mais ce n’est pas très important, deuxième questions , sur quelle taille de terrain jouez vous ? Les règles Française sont sur un terrain de 18 mètres de type Galaxie et un terrain de 12 mètres pour les enfants jusqu’à 10 ans environ.
    Je suis a votre disposition pour tout renseignement complémentaire sur la pratique du Blind Tennis . Je vous laisse mes coordonnées : Joel.carton @blindtennis.fr mon téléphone ; 0695080337 .
    Cordialement Joel Carton

    • Bonjour M. CARTON je viens de lire votre commentaire . Et j’ai senti le besoin de vous répondre. On s’est croisé il y a 3 ans au TC Bischwiller après que Marie Fabre (qui a un enfant non voyant de naissance) vous ait contacté pour que vous fassiez une présentation du Blind tennis dans son école et au club.
      Vous dites que vous développez le Cecitennis a travers la France.
      NON monsieur vous vendez votre balle sonore a travers la France. C’ est relativement simple vous etes l’unique importateur et vendeur de cette balle qui ne rebondit pas assez haut et dont le rebond n’est jamais rectiligne.
      Vous etes un excellent communicant invité dans plein de tournois pro, carnet d’adresse bien rempli, et de nombreuses personnalités avec qui vous avez été pris en photo (ce qui ne toujours pas dire qu’ils vous soutiennent )
      Vous vous demandez pourquoi on appelle notre activité Cecitennis ?
      C’est l’appellation officielle de la fédération Française de Tennis qui ne veut plus être liée a l’ activité Blind tennis suite a quelques expériences malheureuses avec vous. Et vous le savez très bien .
      Vous parlez ensuite de Charline Delaunay que vous auriez soit-disant aidé a développer le Cecitennis. C’est elle qui a fait tout le travail. Mis en contact de nombreuses de personnes voyantes et non voyantes , contacter les associations organiser des rencontres, Organiser un colloque sur le Cecitennis aux IS de Strasbourg et vous a invité dans l’espoir que vous presentiez l’activité. Espoir déçu puisque la présentation fût plusque succincte. Sachez que Charline fait un travail incroyable pour développer les activités paratennis et entre autre le Cecitennis.
      Vous nous demandez sur quel terrain nous jouons ? Et rappelez les règles des compétitions.
      Si vous aviez un minimum de connaissances de ce que c’est l’activité Cecitennis au quotidien vous sauriez qu’on est très très loin de la compétition.
      Vous sauriez que la ligne qui est posée au sol est le point de repère le plus important pour pouvoir appréhender un espace qu’il ne peuvent que sentir et entendre.
      Vous sauriez que apprendre a engager une balle demande une énergie et une volonté incroyable.
      Vous sauriez que si la personne qui tente d’apprendre a jouer au tennis a une personne non voyante arrive a faire avec elle un deux ou trois échanges elle aura fait un grand pas en avant.
      Alors les compétitions la taille du terrain ???
      J’en ai assez que vous presentiez comme le referent , le spécialiste Cecitennis en France.
      Vous etes le créateur de (l’association et pas de la fédération ) Blind tennis en France
      Vous êtes le vendeur de la seul balle sonore en France.
      Par contre vos connaissances tennistique, Cecitennistique et du monde du handicap sont superficielles et ne vous octroie a mon sens que très peu de légitimité par rapport au Cecitennis.
      Je trouverai plus sincère et plus juste que vous vous presentiez comme vendeur de la balle sonore plutôt que comme référent du développement du Cecitennis.
      Cordialement
      Mathern Thierry

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