Je ne sais pas si vous avez entendu – la couverture médiatique de l’événement par les médias n’ayant pas été très importante – mais Strasbourg a été élue ville la plus attractive par le torchon magasine Le Point. Tout le monde il est beau, tout le monde il est content. Mais comme l’article du Point était en abonnés, qu’il fallait payer, et que la presse n’a plus une thune, tout le monde est passé à côté de la plus grosse révélation de l’été : Strasbourg a aussi été élue ville la plus attractive de France… pour les voleurs de vélos. Une info qui nous a roulé sous le nez.

Les indicateurs pris pour cette enquête

Commençons d’abord par le plus important et posons les bases. Sur quoi ce fonde l’enquête ? Cette dernière, tout à fait sérieuse, a été commanditée par l’émérite Haut Organisme de la Protection des Larrons Anonymes, repose sur trois indicateurs :

  • Le dynamisme de l’activité économique du vol de vélos
  • La mobilité des cassages de cadenas
  • La qualité du vélo volé

Des indicateurs qui ont fait débat au sein de la communauté de vol. Alberto*, pourtant strasbourgeois, témoigne « Je ne comprends pas qu’on ne prenne pas en compte l’environnement dans lequel le vélo a été volé. Ce n’est pas la même chose d’effectuer le larcin Quai des bateliers ou rue Vauban. A croire que les instances voulaient favoriser les plus traditionnels. »

Un sentiment partagé par Floyd : « Quand je vois ce type de classement, je me dis qu’on est en train de tuer le vol de vélo ; les points de style sont complètement absents du barème. Craquer un cadenas sur les Champs en pleine célébration de la Coupe du Monde, je suis désolé mais c’est bien mieux que sur une pauvre vieille place de la Cathédrale. Le romantisme est en train de mourir à petit feu. » Des propos forts, qui ne manqueront pas de faire réagir.

Les voleurs de belle ville

Si Strasbourg est arrivée aussi haute, ce n’est pas par hasard, mais bienle fruit d’un long travail pour attirer les meilleurs voleurs de vélos ; c’est d’ailleurs dans cette catégorie que notre belle ville arrive en tête. Dans les plus hautes instances, on se réjouit : « C’est tout simplement grâce aux politiques menées depuis tellement longtemps maintenant ; laissez moi vous dire qu’une telle première place ne s’obtient pas du jour au lendemain. »

Crédit @Vivien Latuner

En effet, poussée depuis un bon moment par les instances, Strasbourg se situe à la deuxième place d’une économie de marché de revente. En outre, elle renforce son action en direction de l’entreprenariat : combien de voleurs de vélos ont pu monter leur propre entreprise grâce aux politiques strasbourgeoises ? C’est finalement l’URSSAF qui se réjouit. Un partenariat entre cette dernière et la ville de Strasbourg est d’ailleurs à l’étude.

Une ville qui attire les investisseurs étrangers

La grande force de Strasbourg réside dans son côté transfrontalier : toute proche de l’Allemagne, elle bénéficie finalement d’un double savoir-faire en matière de vols de vélos. Une qualité que loue Jan : « C’est vrai que cette proximité avec l’Allemagne joue énormément en faveur de Strasbourg. Les artistes – je n’aime pas les appeler voleurs, cela dénature la beauté du geste – peuvent ainsi s’inspirer de deux cultures, ce qui permet de varier les styles et donc de mieux appréhender le challenge constant imposé par le marché du cadenas. »

De plus, la célèbre – et célébrée – qualité de vie strasbourgeoise n’est pas négligeable, comme l’explique Franck : « Honnêtement, le réseau de pistes cyclables est tellement développé et valorisé à Strasbourg que cela décuple la demande. Et comme on aime beaucoup se gargariser des qualités des vélos plutôt que de s’occuper de leur sécurité, pour nous c’est tout bénef. »

Entre modernisme et tradition

Enfin, Strasbourg n’est pas en reste sur la qualité de ses vélos. Les plus anciens sont classés au patrimoine galactique de l’UNERBO – United Nations Educational Robbery of Bicycles Organisation – et attirent les convoitises de la France entière. Lance témoigne : « Ayant gagné sept fois le Tour de cadenas français – la plus grande compétition de vol de vélos au monde, ndlr –, pouvoir opérer sur Strasbourg c’est juste un rêve de gosse. Architecturalement, c’est bien monté, ça respecte l’histoire. c’est vraiment un honneur de forcer les cadenas. »

Crédit @Vivien Latuner

Néanmoins, Strasbourg n’oublie pas d’évoluer avec ses vélos. Grâce à une technologie toujours plus poussée sur ces derniers – cadres en fibre optique, dynamo très haut débit… –, la ville ne freine pas sur son passé ; elle roule vers son futur. De nombreux chercheurs sont dévoués à la cause de fabriquer des vélos toujours plus ergonomiques, agréables à conduire et à regarder. Là encore, on s’en félicite dans les plus hautes instances : « On, je le pense vraiment, a réussi à créer une alchimie entre la préservation de notre histoire de vol de vélos et le développement technologique. »

Une première place amplement méritée donc, ne pensez-vous pas ?

Attention cependant, à ne pas se reposer sur ses rayons. Par essence, une première place n’est jamais définitivement acquise. Car comme le précise le magazine Le Point, « un palmarès n’est qu’une photographie, faite avec des indicateurs récents, multiples et non exhaustifs, et peut donc varier d’une année sur l’autre. » D’ici 2020, date de la prochaine enquête, pour Strasbourg et toutes les autres villes, le braquet pourra à nouveau changer.

En attendant, nul doute que la ville de Strasbourg aura les yeux rivés sur la prochaine enquête de l’hebdomadaire La Virgule, portant sur la meilleure eau calcaire de France. Là encore, selon nos informations, Strasbourg se place dans le trio de tête. On croise les doigts pour une issue favorable.

*Tous les prénoms ont été modifiés. Vous reconnaîtrez les noms de vainqueurs déchus du Tour de France.

Crédit photo de couverture : Vivien Latuner

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