Depuis trois ans, l’illustratrice strasbourgeoise Farah Seddiki – autrement connue sous le nom Petrichor – crée des lithographies, des boîtes et des broderies oniriques. Inspirée par un projet local, elle lance aujourd’hui une campagne de financement participatif. Le but : continuer à développer son univers si particulier sous des formats inédits.

Vendredi soir, la rue du Bain-aux-plantes vivra au rythme d’un nouveau vernissage, encore un ! À l’origine de ce méfait : Farah Seddiki alias Petrichor, une illustratrice qui figure parmi la quinzaine d’artistes à se partager le bien-nommé atelier du Bain-aux-plantes. Imaginé en 2015 par Hannah Lafargue, alors jeune diplômée des Arts Décoratifs, le lieu permet à des illustrateurs de travailler ensemble, en ville, pour un prix raisonnable ; une place est d’ailleurs à pouvoir cet été, pour la modique somme de 60 euros par mois.

Un lieu qui permet aux illustrateurs, dont le travail peut s’avérer isolant, de maintenir du lien social donc, mais aussi de se sentir pousser des ailes : pour sa première exposition en solitaire, Petrichor s’offre ainsi une rétrospective sur bientôt quatre ans de travail créatif, mais aussi un coup de projecteur sur son projet de financement participatif.« Je me suis que c’était l’occasion de faire d’une pierre deux coups : cette rétrospective me permet de présenter des travaux récents et anciens de différents formats, et de communiquer sur mon projet dans le même temps. »

« C’est surtout une manière de marquer le moment : au départ, je me disais que je n’avais pas assez de pièces pour une exposition personnelle ! Finalement si, et c’est agréable de constater le travail accompli en quatre ans. »

Car Farah Seddiki lance aujourd’hui une campagne de financement participatif. Son but : réunir les fonds nécessaires à la réalisation de produits dérivés de ses créations. « Cela me permettra de produire des idées de merchandising que j’ai depuis un moment, mais pour lesquels je ne possède pas forcément les fonds. » Ces nouvelles pièces, fabriquées en quantité, devraient aussi lui permettre de se positionner sur davantage de marchés, festivals et conventions, dont le public apprécie son style « très marqué fantastique ».

L’illustratrice n’en est pas à son coup d’essai. L’an dernier, elle figurait parmi les cinq artistes de l’atelier du Bain-aux-plantes à l’origine de Nimbostratus, un recueil de bandes-dessinées sur le thème de la pluie. Pour éditer ce livre aussi librement qu’ils l’avaient pensé, les acolytes avaient opté pour le financement participatif. Leur campagne avait remporté un franc succès, explosant chacun des paliers fixés, ce qui avait permis la libre production du livre mais aussi la juste rémunération de ses auteurs. Quelque chose qui se ferait de plus en plus rare :

« Je constate que les auteurs favorisent le financement participatif car ils sont blasés par le système de rémunération de l’édition traditionnelle. Cela marche mieux, à condition d’avoir une présence forte, une communauté soudée. Mais cela signifie aussi une charge de travail que les artistes n’avaient pas à assumer auparavant, en passant par des éditeurs ou des sociétés chargées de décliner leurs travaux sous différents objets. Cela dit, de nos jours entre Internet et les réseaux sociaux, ce sont des aptitudes que l’on a développées. »

Dopée par ce succès – « C’était chouette de voir qu’on est suivies et soutenues ! » –, Petrichor lance sa propre campagne. Les dons, qui commencent dès 10 euros, donnent droit à différentes contreparties. « J’ai imaginé des packs complets, les participants peuvent choisir entre un pack plutôt axé papeterie et un pack plutôt axé accessoire pour chaque montant. » Créés spécialement pour l’occasion, les objets déclinent les « obsessions du moment » de l’artiste, qu’on connaît pour son style inspiré de la gravure moyenâgeuse et de l’illustration victorienne.

« Il y a des objets célestes, des diablotins… C’est assez différent de ce que j’ai pu faire jusqu’ici, puisqu’il y a une contrainte de budget qui influence le choix des matériaux. Il y a beaucoup de gravure, et des objets plus classiques, moins contraignants à produire mais plus illustrés. » Pour les produire, Farah Seddiki a opté pour des fournisseurs trouvés en ligne avec lesquels elle avait déjà travaillé sur le projet Nimbostratus ; si elle aurait aimé faire appel à des fabricants locaux, elle doit également s’assurer une rémunération.

« J’ai un peu peur, parce que c’est la première fois que je me lance dans un projet comme celui-là en solo, mais je suis assez optimiste. De façon générale, soutenir des artistes en participant à leur financement participatif, à des préventes ou en leur achetant des pièces, c’est une façon de les rémunérer correctement pour le travail qu’ils produisent. C’est important, parce que derrière le côté positif, glamour de la vie d’artistes, c’est compliqué d’en vivre bien. Ça contribue à leur visibilité et au fait qu’ils ne disparaissent pas. »

« J’ai hâte de rencontrer mon public lors du vernissage, et de pouvoir décliner mon univers un peu plus, un peu mieux, pour continuer à le satisfaire. » En parallèle de son exposition et de sa campagne de financement participatif, Farah Seddiki travaille aussi sur un livre jeunesse qu’elle espère présenter à partir de décembre. Elle planche également sur un autre projet de livre, pour un public adolescent cette fois, à plus long terme. « Ce serait plus un livre illustré qu’un album, donc c’est un tout autre travail sur lequel je me prends la tête avec beaucoup de plaisir. »


Petrichor présente ses miscellanées
Une exposition rétrospective du 14 au 28 juin à l’Atelier du Bain-aux-plantes
Vernissage ce vendredi à partir de 18h (l’événement Facebook ici)

La campagne de financement participatif de Petrichor
Pour développer des objets dérivés de son univers fantastiques
Pin’s, badges, cartes, posters, tee-shirt en contre-parties

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