Qui n’a pas jamais voulu être Lucius Fox dans Batman, Felicity Smoak dans Arrow ou Cisco Ramon dans The Flash ? De maîtriser les technologies de surveillance pour obtenir en une microseconde l’information que l’on recherche, le tout pour sauver des vies ? Vous l’avez rêvé, la Ville de Strasbourg l’a enfin fait ! Depuis avril, une partie des caméras de vidéo-surveillance de Strasbourg sont désormais utilisées pour détecter puis sanctionner les mauvais comportements des automobilistes. Big Brother is coming et il a envie de verbaliser.

Eurometropole is watching you

Le Grand Frère vous regarde, et ce n’est pas Pascal, son cousin plus fun, mais bien la ville de Strasbourg. Dans un monde de plus en plus connecté – et où les libertés individuelles diminuent subrepticement – il ne faut pas s’étonner que les outils permettant une surveillance de masse fassent leur apparition. Attention, George Orwell, tu peux pour l’instant te rendormir : nous ne sommes pas dans 1984. Ou dans n’importe quel épisode de Black Mirror.

Désolé, la référence à Orwell est quasiment un prérequis dans ce genre d’articles…

Néanmoins, les mesures prises récemment par la Ville de Strasbourg concernant les amendes par vidéosurveillance posent question, et pas seulement du côté des automobilistes qui voient dans cette mesure encore une autre sanction contre eux.

Le Maître du Haut-Vélo

En effet, pourquoi la Ville a-t-elle décidé de prendre ces mesures ? La réponse la plus simple est celle de protéger les vélos des infractions automobiles, mais aussi, dans le même temps, de réduire les accidents corporels – ces derniers stagnant depuis 2013.

Dès lors, l’idée est de mettre fin au sentiment d’impunité automobile, en matière de stationnement sur des voies réservées à un certain type d’usagers (trottoir, couloirs de bus…) ou sur les bandes cyclables. C’est donc une mesure prise en faveur des vélos, ce qui ne manquera pas de raviver l’éternel débat vélo/voiture/piétons, où tout le monde semble en vouloir à tout le monde.

Un gâteau au lait d’amendes

Quelles vont être les conséquences ? Déjà, une augmentation de la fréquence des verbalisations, favorisée par la rapidité du procédé. En effet, la vidéo verbalisation ne prend que quelques minutes, sinon moins. Un agent de la police municipale – préalablement formé – surveille à l’aide de 143 des 200 caméras de vidéo-surveillance servant à la gestion et à la surveillance du trafic strasbourgeois les zones considérées comme fortement accidentogènes.

Le SIRAC. Crédit @Sirac

Comment est-ce que ce système fonctionne ? Depuis le Service de l’information et de la régulation automatique de la circulation (Sirac), lorsque l’agent remarque une infraction, il localise le lieu, zoome sur la plaque d’immatriculation, fait une capture d’écran, dresse le motif de la contravention, valide le tout et paf ! ça fait une verbalisation ! Une, deux ou trois minutes, douche comprise. Le procédé est beaucoup plus rapide, économique et efficace qu’envoyer une équipe sur place. Pour plus de détails sur le fonctionnement, voici un lien.

Au niveau des zones considérées comme les plus accidentogènes, la ville ne veut évidemment pas communiquer là-dessus de manière précise, mais il n’est pas trop difficile de se faire une idée. Imaginez que tous les grands axes où les vélos sont en danger sont concernés : l’avenue des Vosges, celle de Colmar, route du Rhin… Si vous êtes propriétaires d’un vélo, vous aurez une petite idée de ces lieux.

L’(in)juste prix ?

Finalement, c’est sans doute l’information la plus importante : quelles sont les infractions tombant sous le coup de cette nouvelle mesure, et combien cela va (vous) coûter ?

  • Stationnement interdit et/ou gênant : 135 euros
  • Usage de voies et de chaussées réservées : 135 euros

Si jamais l’expérience est couronnée de succès, il y aura également une troisième amende, à hauteur de 35 euros, concernant le non-respect des sas vélos aux feux tricolores.

Finalement, que penser de cette nouvelle mesure ? Les élus en charge des mobilités douces se félicitent d’une mesure prise dans le sens d’une meilleure sécurité pour les usagers vulnérables et d’un plus grand respect du code de la route. On met en avant également l’efficacité d’une telle méthode de verbalisation, permettant d’augmenter les détections d’infractions. Le tout en se défendant de monter une machine à faire du profit. Du côté des automobilistes, on peste contre une énième mesure strasbourgeoise allant à l’encontre des utilisateurs de voitures. Certains déplorent le non-respect des cyclistes et un acharnement contre eux, tandis que les cyclistes ne sont que très rarement sanctionnés.

Enfin, personnellement, je pense que ces mesures vont encore et toujours dans le même sens : sanctionner plutôt que sensibiliser. Bien évidemment que des abus existent et qu’il faut réduire les accidents à Strasbourg ; mais en sanctionnant simplement – et qui plus est, la même tranche de personnes – tout ce qu’on arrive à créer n’est que du ressentiment supplémentaire. Et puis, bien évidemment, le grand début des outils pouvant permettre une surveillance de masse ne m’enchante guère. Big Brother incoming, et les dérives ne sont jamais loin.

1 commentaire

  1. La sensibilisation, ça a bon dos. Ça a toujours été interdit de se garer n’importe comment. Les gens ne comprennent que lorsqu’on touche au portefeuille. La preuve : il suffit de passer devant un radar HS et de compter les « je m’en bats, je vais rouler 20-30 km/h au dessus de la limite ».

    Tout le monde a toujours une bonne excuse pour se garer n’importe comment.

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