Hier soir, dans le cadre de son concert à la Laiterie nous avons rencontré Worakls. Depuis quelques mois le jeune Dj sillonne l’Europe accompagné de 18 musiciens de l’orchestre de Fourvière afin de présenter son premier album solo « Orchestra ». Un show grandiose où la musique électronique se mêle à la musique classique, créant un ensemble puissant dont on ressort conquis. Que ce soit en interview ou sur scène, Worakls inonde la pièce de son énergie solaire, il est heureux et ça se voit, comme un gosse qui voit son rêve se réaliser.

Orchestra est ton premier album, pourquoi avoir attendu si longtemps pour le créer?

Worakls : Ça fait deux ans que je travaille sur cet album, mais le problème c’est que je ne me suis jamais arrêté de tourner. Tous les week-ends je suis en date, ça passe très vite. Le lundi généralement j’essaye de ne pas travailler, même si dernièrement c’est difficile. Le mardi, mercredi, jeudi je suis en studio et le vendredi je repars. Au final, je n’ai que trois jours dans la semaine pour bosser en studio, donc effectivement ça m’a pris deux bonnes années pour faire cet album. Et si j’ai attendu autant de temps, c’est parce que la musique électronique, d’où je viens, ne nécessite pas forcément la sortie d’un album pour pouvoir exister dans ce milieu-là. Donc j’ai pris mon temps et à chaque fois que j’ai voulu me lancer j’ai été rattrapé par un autre projet qui m’a paru être plus urgent. J’ai repoussé jusqu’à aujourd’hui et au final j’en suis satisfait parce que je pense que j’étais dans une phase d’apprentissage (je le suis toujours évidemment) mais je me cherchais aussi beaucoup. Aujourd’hui, je pense m’être vraiment trouvé. Je trouve ça bien d’avoir attendu, de pouvoir affirmer réellement qui je suis musicalement au travers de cet album avec un orchestre de musique classique. C’est dix ans mais je pense que ça valait le coup.

Crédit photo : David Lévêque

Tu as toujours eu la volonté de faire quelque chose avec un orchestre ou l’envie t’es apparue peu à peu?

Worakls: Non pas du tout, j’ai toujours été attiré par la musique classique, la musique orchestrale, j’ai toujours aimé ça, moi-même étant pianiste je viens aussi de ce milieu-là, d’une certaine manière. Mais non je ne savais pas que mon premier album allait être comme ça , je ne pensais même pas que j’allais me diriger vers ce genre de musique tout court. Quand j’ai commencé je faisais de la techno très dure…sans aucune mélodie. Donc non je ne pouvais pas le savoir, mais j’avoue que ça fait bien six ans que ça me trotte dans la tête. J’ai fait un premier concert de ce genre il y a 4 ans à Marseille, c’était cool et je me suis dit que c’est ce que je voulais faire. Après c’était très difficile à ce moment-là, financièrement, d’assumer le coût que représentent le transport et l’hébergement d’un orchestre. Maintenant je peux me le permettre , et ça marche plutôt bien. J’en suis vraiment content, heureux et satisfait.

On conçoit comment un album comme celui-là? C’est quand même un peu particulier.

Worakls : Pas spécialement, car pour moi ce n’est pas un album concept. J’adore la musique de film, j’adore la musique classique, j’adore la musique électronique et j’essaye de mélanger un peu tout ce que je connais et d’arriver à un seul et même résultat. Si à un moment donné je dois utiliser une sirène électronique je le ferais, si à un autre moment je trouve que c’est plus judicieux d’utiliser un violon, j’utiliserais un violon. Pour moi ce n’est pas un mix, c’est ce qui représente qui je suis réellement. Ce sont deux facettes de moi que j’essaye de réunir en une, en un seul et même album.

Comment as-tu présenté ce projet? Tu es allé voir un orchestre? C ‘est toujours le même orchestre qui t’accompagne?

Worakls : Oui

C’est celui de Fourvière?

Worakls : Tout à fait.

Et pourquoi celui-là?

Worakls : Je suis allé les voir en leur expliquant le projet, en leur disant, je suis compositeur de musiques électroniques, mais je compose aussi pour orchestre, c’est-à dire que dans ma musique, les instruments principaux sont l’orchestre. Je veux faire une série de shows, une tournée, avec un orchestre sur scène. Et on a choisi cet orchestre-là, parce qu’on a remarqué que ce n’était pas un orchestre qui faisait uniquement de la musique classique mais qui était aussi ouvert à d’autres musiques. On s’est dit que ce serait un atout d’avoir des gens qui avaient déjà l’habitude de groove un peu plus modernes, comme ceux qu’on retrouvent dans les musiques de films par exemple.

Crédit photo : David Lévêque

Le fait de tourner à 18, plutôt que tout seul doit amener pas mal de difficultés au niveau de l’organisation non?

Worakls : Oui, c’est bien plus complexe que de tourner tout seul évidemment. Mais on a des gens à la prod qui se chargent de tout ça, qui anticipent tous les problèmes et qui font en sorte qu’il n’y en aient pas. C’est là notre chance, on est tombés à la fois sur un groupe de musiciens qui est bon, très compréhensif. Ils se régalent tous à l’idée de faire une tournée qui sorte de l’ordinaire pour eux. Mais à la fois on a aussi une équipe technique extrêmement compétente, il ne faut pas minimiser ça, c’est très difficile de sonoriser un orchestre comme ils le font. On a aussi deux techniciens qui s’occupent de nos retours et on a enfin la prod. Et la prod gère tout ça, ils font en sorte que tout le monde arrive à l’heure au bon endroit , que tout le monde ai mangé, que tout le monde soit satisfait et dans de bonnes conditions pour jouer le mieux possible. C’est très important d’avoir des gens vraiment très compétents à tous les niveaux. Si y a une seule personne qui fait mal son travail, la machine peut s’enrayer, et ça peut très vite partir en live.

Des artistes qui mêlent la musique classique à l’électro on en a déjà vu quelques-uns mais ça reste quand même assez rare. Du coup quand tu as lancé ton album tu n’as pas eu peur qu’il ne réponde pas forcément aux attentes du public?

Worakls : Non , pour plusieurs raisons. La première est que depuis des années je vais vers ça et donc j’insère de la musique orchestrale dans mes morceaux, donc de plus en plus mon auditoire me dit que c’est ce qui lui plaît. Du coup, je n’ai pas eu peur de faire encore un pas en avant, dans cette direction. J’essaye quand même de gérer le curseur entre la musique électronique et la musique orchestrale du mieux que je peux et il peut varier aussi selon les morceaux. Mais là c’est un album, on peut se permettre plus de choses que sur la sortie d’un single. Je ne regrette pas du tout. Après d’autres musiciens l’ont fait, mais peut-être pas dans la même démarche, c’est-à-dire que moi j’écris directement pour l’orchestre. Que je joue seul ou avec l’orchestre ce sera le même morceau. Si demain je joue seul, on entendra les bandes de l’orchestre qui seront jouées par mon ordinateur, mais si j’enlève ces bandes-là, le morceau ne voudra plus rien dire. Il n’aura plus toute son essence. C’est là où la démarche est différente avec les autres artistes qui ont pu le faire. Généralement, ils font un morceau électronique et le convertissent en musique classique ou du moins orchestrale, donc là selon la qualité de la conversion on peut obtenir un résultat plus ou moins bon. C’est pensé pour. C’est différent.

Visiblement ça marche puisque tes dates sont complètes déjà bien à l’avance. En tout les cas ici ça fait plusieurs mois que la date est complète et il y a une immense file devant la salle.

Worakls : Oui ça marche très bien. Moi j’étais plus inquiet par rapport à ça. Parce qu’on passait d’un mode nuit, où je jouais la nuit, où les gens payaient un ticket pour être dans une boîte de minuit à 6 h du matin. Là ça n’est plus le cas, c’est un concert, en soirée, ça fait beaucoup de changements, qu’on ne maîtrisaient pas du tout. Ce sont les questions qu’on se posaient avec la prod, si nos auditeurs allaient suivre. Pour le coup, on a été vite soulagés de voir que oui ils suivent et que ça leur plaît. Enfin j’espère.

Ce succès te donne-t-il envie de continuer sur cette lancée-là et de peut-être sortir un second album toujours avec un orchestre?

Worakls : Tout à fait, je ne vois pas ma musique sans orchestre, c’est comme si tu m’enlevais la rythmique électronique. Peut-être que je pourrais l’enlever sur un morceau mais ça me manquerait sur le deuxième, donc je pourrais enlever l’orchestre sur un morceau mais je ne pourrais pas faire tout un album sans orchestre, pour moi c’est mon identité. J’ai envie d’écrire pour des cuivres et pour des violons, des altos, des violoncelles, pour tous ces instruments-là. Chaque chose trouve sa place à un moment donné, et si à un moment donné j’ai besoin d’une harpe et bien j’aurais une harpe sur scène et voilà. L’orchestre pour moi est aussi important que tout le reste, si tu m’enlèves l’orchestre, je n’ai presque plus de raison de faire de musique.

Crédit photo : David Lévêque

Ce genre de concert c’est aussi un peu une manière de moderniser le classique? Ça réconcilie peut-être les plus jeunes avec la musique classique?

Worakls: Je pense que ça peut ouvrir les plus jeunes à la musique classique. Ça peut leur offrir une passerelle. Si on prend des extrémistes, c’est-à dire des férus de musique classique ou des fous de techno, je suis presque sûr que ces gens-là me détestent. (rires). Mais j’essaye de faire la musique qui me correspond et j’espère que ça plaira à des gens. Je m’inscris dans un style qui n’est ni classique, ni techno. C’est un hybride. Ça modernise dans le sens où je réutilise ces instruments-là pour une musique plus moderne, chose que font déjà très bien, les compositeurs de musiques de films. Je n’invente rien.

L’émission Cercle t’a demandé de venir jouer au Château La Coste pour ses trois ans. C’est plutôt flatteur non?

Worakls : Oui carrément, ça faisait longtemps qu’on en parlait, de faire ce Cercle. J’avais très envie de le faire, eux aussi. C’était vraiment quelque chose qu’on travaille depuis un long moment, c’était un peu plus difficile à réaliser parce qu’on voulait que ce soit avec l’orchestre et ça implique des difficultés techniques supplémentaires. Je suis très honoré qu’ils m’aient choisi pour leur anniversaire, on leur a improvisé un petit joyeux anniversaire, à la fin, c’était très sympa. On en garde un très bon souvenir, et c’est quand ils veulent pour en refaire un.

Tes projets pour la suite? Etant donné que tu aimes beaucoup les musiques de films, est-ce que ça te plairait par exemple de faire une bande-son?

Worakls : Ce n’est même pas que ça me plairait, c’est que c’est un but. J’ai fait quelques courts-métrages, un documentaire pour Ushuaïa, et là actuellement je démarre quelques B.O pour des jeux vidéos. J’y vais très humblement, car à mon avis c’est un autre métier, il faut apprendre certaines choses, prendre le temps de faire les choses bien. Mais c’est un but pour moi, d’arriver jusqu’au long métrage. Si un jour, j’arrive à faire un Disney ou un Pixar ce serait l’apothéose. Je pense que là je pourrais mourir tranquille.

Tu étais déjà à Strasbourg ou c’est la première fois?

Worakls : J’ai déjà joué à Strasbourg, lors de la première tournée avec Hungry Music qu’on avait faite en 2015.

Un petit mot pour ton public strasbourgeois? Ils sont nombreux à faire la file dehors.

Worakls : Je suis très content qu’ils aient répondu présents à l’appel, car je ne viens pas souvent en Alsace. J’avais un peu peur du coup, je ne savais pas comment jauger la région, je ne savais pas si les gens me connaissaient réellement ici. J’ai été très vite soulagé car je crois que ça a été une des dates les plus rapidement sold out. Donc j’ai vraiment hâte de les voir, j’espère vraiment leur faire plaisir. On essayera de refaire une date à la Laiterie. J’essaye de faire au mieux. De refaire aussi des dates à l’étranger. Car je me fais gronder par mes auditeurs étrangers. Bon demain on est à Bruxelles, ce n’est pas très loin. On va aussi passer en Hollande, en Suisse, en Allemagne, mais je me fait gronder par mes auditeurs espagnols, les Roumains, les Autrichiens, j’ai très envie d’aller les voir aussi.

Mais du coup l’orchestre a lâché tout ses autres projets? Ils sont en tournée tout le temps, leur vie a changé quoi.

Worakls : Non, je ne les tiens pas en cage non plus. Après j’ai la chance d’être tombé sur des gens à qui ça plaît de faire ça. Ce n’était pas gagné non plus. Ils ont l’habitude de jouer Mozart, du jour au lendemain ils jouent Worakls, ce n’est pas le même niveau. J’ai la chance d’avoir des gens à qui ça plaît et généralement je suis très content de voir qu’ils privilégient souvent mes dates à d’autres projets qu’ils peuvent avoir, et ça c’est vraiment très pratique, honnêtement.

Ça se passe comment avec l’orchestre?

Worakls : Ah c’est une colonie. On s’adore tous, on est devenus amis. On a fait une grosse semaine de répétition pour mettre en place le show et à la fin de cette semaine, on était déjà tous amis, ça rigole tout le temps, c’est génial.

Crédit photo : David Lévêque

Une petite anecdote de tournée marrante à nous raconter?

Worakls : Honnêtement, j’ai plein d’anecdotes mais elles sont toutes interdites au moins de 18 ans. Je préfère ne pas m’étendre sur le sujet, je ne peux pas balancer comme ça.

Un rituel avant d’entrer sur scène?

Worakls : Oui je stresse, je fais les cent pas. D’habitude je bois un coup, mais là je ne vais pas boire, je pense avoir trop bu les derniers temps et il faut que je me calme. Pas de rituel spécial, je vais taper sur l’épaule de chaque musicien, essayer de se donner de la force et de faire le meilleur concert.

La mise en scène doit être importante aussi.

Worakls : Tout à fait. Les musiciens m’encerclent, je suis comme à la place du chef d’orchestre mais je suis dos à eux, je regarde le public. Mais oui on y a beaucoup travaillé, moi je veux que tout le monde soit visible, tout le monde est important dans ce show. Tout le monde doit être mis en avant, tant musicalement que visuellement.

>>Propos recueillis par Emma Schneider <<

Un immense merci à Worakls, Tiphaine, Jonathan, Gabriel, et toute l’équipe, à David Lévêque pour les photos et la vidéo et à la Laiterie.

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