Ce samedi, nouvel acte des gilets jaunes à Strasbourg. Le rassemblement « régional » du mouvement avait lieu dans la capitale alsacienne avec plus de monde que ces dernières semaines. En lien, une vingtaine d’organisations (associations, syndicats, partis…) ont appelé à une manifestation « contre la loi dite anticasseur ». Une loi vivement critiquée qui vient d’être publiée au journal officiel et effective depuis ce lundi. On vous en parle un peu plus bas, après le résumé de la journée.

La journée de mobilisation fut en demi-teinte ce samedi. Pas ou très peu de casse visible, pareil niveau projectiles, mais quelques affrontements au corps à corps entre forces de l’ordre et manifestants. La journée commence comme d’habitude par une assemblée des Gilets Jaunes place de la République à 10h avant un départ avec parcours improvisé sans incident jusqu’à la place Kléber où la manifestation contre la « loi anticasseur » avait rendez-vous à 14h.

Une manifestation pour le droit de manifester

Cette deuxième manifestation était déclarée en préfecture avec un trajet défini. Les gilets jaunes, en tête de cortège, fonctionnent essentiellement au parcours improvisé (beaucoup d’entre eux se réclament d’un droit de circuler totalement librement dans l’espace public). Le parcours officiel a très vite dérivé au niveau du Quai Saint Thomas et du Pont du Corbeau. Le cortège repart rapidement vers le centre, remontant la rue du Vieux Marché aux Poissons. Le cortège d’environ 650 personnes impose son passage aux forces de l’ordre vers la place Broglie, puis continue le long des quais du Tribunal à la Gare.

C’est à nouveau Rue du Maire Kuss, juste avant de déboucher place de la Gare, que se cristallisent les premières tensions. Les Gilets Jaunes veulent aller sur la place, bloquée par les forces de l’ordre. Les autres manifestants (les organisations contre la loi anti-casseur) se détachent et se désolidarisent assez vite et restent en arrière avant de retourner vers le centre et se disperser. Entre Gilets Jaunes et policiers la tension monte assez vite et quelques coups sont échangés. Le Gilets Jaunes reculent, un homme reste, blessé à la tête avant de se faire ramener par les autres manifestants.

Deux affrontements : près de la Gare puis devant la Cathédrale

Ce qu’il reste du cortège repart petit à petit un peu confus et se dissémine dans le centre. Quelques dizaines de minutes plus tard, seul un petit groupe d’une centaine de manifestants se retrouve devant la Cathédrale. Les forces de l’ordre se déploient et opèrent une rapide charge après sommation, bousculant quelques civils étonnés et dégageant la place à coup de boucliers et de matraque. S’ensuit un « jeu du chat et de la souris » pendant quelques dizaines de minutes avec des interpellations (5 avec garde à vue au total selon les DNAs) dans les petites rues de la Grande Ile.

La loi anti-casseur, validée, censurée et surtout critiquée

Au delà de la manifestation régionale des gilets jaunes, l’autre moitié des manifestants étaient présents pour affirmer leur opposition à la « loi couramment nommée anticasseurs » visant à renforcer et garantir le maintien de l’ordre public lors des manifestations. Cette loi était dans les tuyaux des parlementaires LR, notamment le dépositaire de loi Burno Retailleau, depuis juin 2018, suite aux incidents du premier Mai dernier (la Fête du Travail).

La loi a d’abord a été validée par l’Assemblée en février, malgré l’abstention notable d’une cinquantaine de député LREM. Puis, elle est en partie censurée par le Conseil d’Etat avant d’être adoptée et enfin promulguée la semaine dernière. Elle est effective depuis ce lundi. L’ONU, le Parlement Européen, mais aussi plus d’une cinquantaine d’organismes comme la Ligue des Droits de l’Homme ou Amnesty International avaient critiqué ce projet de loi.

Trois articles de la loi ont fait polémique. Le plus controversé, l’article 3 a été censuré par le Conseil d’Etat. Il visait à interdire administrativement le droit de manifester à certaines personnes « susceptibles de représenter une menace grave pour l’ordre public », avec potentiellement six mois d’emprisonnement et 7.500 € d’amende en cas d’infraction. Il était également prévu que le préfet puisse les convoquer pour les empêcher d’accéder à la manifestation.

Deux autres mesures, aussi polémiques, sont elles bien validées.
En manifestation, la dissimulation volontaire du visage est désormais punissable d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.
Dans le texte : « Est puni […] au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou à l’issue de laquelle des troubles à l’ordre public sont commis ou risquent d’être commis, de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime ».

De plus, sous certaines conditions, les officiers de la police judiciaire peuvent fouiller les véhicules et les sacs relativement arbitrairement avant et après la manifestation.

On n’a pas fini de voir des gilets jaunes dans nos rues

Le mouvement, qui dure depuis le 17 novembre, risque de battre le pavé encore plusieurs semaines, et sur Strasbourg assurément. En plus des rendez-vous régulier les samedis, le 27 Avril devrait voir un rendez-vous « international » du mouvement est lancé pour la capitale européenne. Si ce genre d’appel est toujours à prendre avec des pincettes, il n’est pas impossible de voir une foule conséquente dans deux semaines. Au-delà de ça, le 1er Mai s’annonce déjà mémorable à travers le pays et le 4 Mai, le G7 se réunit à Metz, plusieurs groupes de gilets jaunes ont déjà signalé vouloir se rendre sur place.

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