La branche strasbourgeoise de l’association FoodNotBombs a récemment fêté ses 3 ans d’existence. Pour célébrer ça, ils ont organisé une petite sauterie au Molodoï, avec des concerts, des ateliers plutôt originaux et bien sûr, leur cœur d’activité… De la bouffe. L’association distribue chaque mois des repas véganes basés sur des produits invendus des marchés et des dons. Et la prochaine édition, c’est ce mercredi sur le parvis du Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg.

La cinquantaine de bénévoles (dont un noyau dur et une bonne part de participants ponctuels) distribue entre 50 et 100 repas à chacune de leurs éditions mensuelles.  Pour l’occasion de leurs 3 ans, on a pu discuter avec l’un des membres actifs de l’association, Damien, qui nous explique leur démarche à la fois politique, sociale, écolo, locale et internationale.

Repas véganes gratuits et de récup’ chaque mois, pour les plus précaires

Comment ça se passe une édition classique de FoodNotBombs ?

On prépare et distribue plusieurs repas, une fois par mois (pour l’instant), le deuxième mercredi du mois. Première étape, c’est la récup’ de bouffe. Ça passe essentiellement par les invendus de marché et des dons de particuliers. Les dons sont très utiles surtout pour les produits de première nécessité style pâtes, riz… Mais aussi l’huile, etc. Tous les éléments qu’on ne trouve pas dans les marchés en récup. Sur les marchés, c’est légumes et fruits, très tôt au Marché Gare, parce que c’est un gros fournisseur des autres marchés (pour les vendeurs non-producteurs).

Une fois tout ça récupéré en voiture, on file au CAJ Molodoï pour cuisiner l’après-midi même, et le soir c’est distribution devant Musée d’Art Moderne, place Hans Arp. Une fois la soirée finie, on a parfois des restes qu’on se distribue ensuite dans des tups, ou alors on fait deux trois fois des maraudes le soir même pour trouver des gens dans le besoin quand on est suffisamment nombreux.ses et motivé.e.s.

On ne travaille pas trop avec d’autres assos de récup’ comme la Tente des Glaneurs, etc. Ils font déjà un taff fou de leur côté et tout le monde fait sa part sans se tirer dans les pattes. Il n’y a pas de concurrence, sans même en parler, il y a assez d’invendus pour tout le monde, bien de trop d’ailleurs.

Nous, on fait la récup’ pendant la semaine de la distribution, parce qu’on n’a pas les moyens matériels ou humains de faire ça chaque semaine. On a déjà pensé à faire deux éditions par mois, c’est en discussion. A voir, il faut de la force. On propose aussi quelques fringues et des bouquins. Depuis quelques mois, on invite aussi une association à chaque édition. Elle est présente avec sa table de presse pour discuter mettre en avant ses actions.  En général c’est des assos du style STS (support transgenre de strasbourg), LIANES, la Nouvelle Lune, le Planning Familial 67, GCO Non Merci, etc. Chaque mois, un thème ! Ce mercredi, exceptionnellement nous n’avons pas d’invités, c’est uniquement les bénévoles FoodNotBombs!

C’est quoi l’état d’esprit FoodNotBombs ?

FoodNotBombs, en principe, Strasbourg ou pas, c’est toujours végane et récup. Pour nous, outre la sensibilité des gens envers les animaux, il y a aussi une démarche proche de l’anti-capitalisme. On a tous vu ces chiffres : il faut plusieurs milliers de litres de flotte pour produire 1kg de bœuf, il faut tant de céréales pour un steak, etc. La récupération des invendus, c’est pour les mêmes raisons. On dit que les repas sont gratuits, parce que pour nous, la nourriture c’est un bien de première nécessité et ne devrait pas être soumis à une société marchande tout simplement. D’ailleurs, on dit rarement prix libre (sauf là pour l’entrée à la soirée au Molo) et on préfère une boite à dons. Sémantiquement, y a une nuance. Les dons vont nous servir à acheter tout ce qui n’est pas récupérable.

Si tu arrives quelque part, qui que tu sois, s’il y a écrit prix libre, tu vas avoir le sentiment de DEVOIR donner, même si c’est 15cts. Surtout qu’on s’adresse majoritairement et en premier lieu à un public précaire, voire en grande précarité.

Bien sûr, on remplit plus notre rôle en distribuant aux plus précaires, mais on ne va pas refuser quelqu’un de plus aisé. Après, la question est aussi d’où tu places le curseur de la précarité. Est-ce que c’est qu’à partir du moment tu vis à la rue ? Par exemple, à mon sens, la plupart des étudiants sont précaires aujourd’hui et ils ont parfois du mal à se nourrir.

Le nom (de la bouffe, pas des bombes) est assez explicite. A la naissance du mouvement, il y avait probablement un côté assez antimilitariste. Nous, aujourd’hui, et c’est une volonté qu’on retrouve dans d’autres groupes locaux, on a ni salariés, ni subventions, ni service civique, etc. C’est une volonté politique bien sûr, d’éviter tout ce qui institutionnel et de faire de l’autogestion. On se dit anarchistes (ndlr : fondé sur la négation du principe d’autorité dans l’organisation sociale).

Et toi, comment tu t’es retrouvé à relancer FnB avec tes amis ? Quel bilan tu fais de ces trois ans ?

Je commençais à traîner avec des gens plus politisés. On a appris que FnB existait par le passé sur Strasbourg, alors on s’est chauffés à le relancer parce que l’idée nous correspondait bien.

Voir des personnes à la rue et discuter avec, c’est une expérience incomparable. On ne fait pas que nos éditions mensuelles, on s’est aussi rendus au campement de réfugiés Rue des Remparts où on a distribué des sandwichs, du thé, des vêtements, etc… C’est avec ces expériences là que tu prends réellement conscience des problèmes de précarité qui existent et persistent. Personnellement et humainement, évidemment que j’en ai tiré beaucoup d’enseignements. Je pense que je peux dire que c’est le cas pour tous les bénévoles. 

La présence sur le terrain est essentielle. On peut lire des chiffres autant qu’on veut… Mais ne serait-ce que parler avec une personne dans la rue, ça peut changer ta perspective. En plus la personne à qui tu parles, elle en avait besoin, de discuter avec quelqu’un. On l’exclu totalement de la société.

Dans la démarche, on a clairement un rôle de lien social également et c’est super important. Après, il y a des hauts et des bas bien sûr. Il y a des problèmes inhérents à notre démarche qui ressortent sur le terrain. On a parfois des gens avec des problèmes psy, ou un peu éméchés, etc… Le plus souvent ça se passe quand même très bien, mais il faut savoir gérer ce genre de situations.

Le constat c’est qu’on a toujours plus de monde depuis 3 ans. Au début on avait une vingtaine de personnes à nourrir, là récemment on a dépassé la centaine pour une seule édition. Est-ce que c’est une bonne nouvelle vis-à-vis de la récup ? Est-ce que ça veut dire qu’il y a plus de précaires ? Est-ce qu’on est juste plus connus ? Je ne sais pas. On a eu pas mal de succès sur notre dernière projection avec plus de 110 entrées (conséquent pour une projection au Molo !). C’était « Regards d’ailleurs », sur la situation  des migrants dans ce qu’on appelait la « jungle de Calais » avec l’intervention de la CIMADE et d’un ami soudanais ancien réfugié dans la « jungle ».

Vous agissez aussi auprès des jeunes strasbourgeois…

On a aussi collaboré avec une prof du collège Lezay Marnesia il y a un peu moins d’un an, pour faire faire à sa classe un « mini FnB », où les élèves ont fait une récup’ eux même sur le marché de la Meinau (avec notre présence mais uniquement pour veiller à ce que ça se passe bien, ils étaient hyper autonomes), ils ont préparé de quoi faire des sandwichs qu’on a distribué le soir (uniquement les adultes, parce que c’est compliqué de faire sortir des gosses en ville le soir).

L’expérience avait bien marché donc on a décidé de relancer ça le 5 avril dernier,  avec une classe de 6e du collège Erasme situé à Hautepierre. L’objectif de ce projet étant de sensibiliser les élèves à certaines valeurs : la solidarité, la lutte contre le gaspillage et l’aide aux plus démuni.e.s.

Les élèves se sont occupés de tout : rédaction de tracts, démarchage auprès des commerçant.e.s du quartier, récupération des fruits et légumes sur le marché, préparation des repas. Puis, c’est notre équipe avec leur professeur principal qui se déplace pour la maraude et la distribution. 

Qu’est-ce qu’on graille ?

Surtout ce qu’on a sur le moment ! On est complètement tributaires de la récup’. Si on a une cagette de choux, ça sera ça au menu. Dans la mesure du possible, on tente de proposer deux repas différents. L’été, plutôt salades composées, l’hiver plutôt soupe… On essaie d’avoir du solide et du liquide, du chaud et du froid… Il y a souvent du riz avec des sauces, etc. Ça part souvent en gros gloubiboulga. Et puis, on cuisine au Molo hein, t’as une grande casserole pour tout faire. Mais, on arrive de plus en plus à faire des desserts aussi ! Genre des banana-breads, des carrot-cakes, des muffins…

Tout le monde met à la patte ! Pas de cuisiniers attitrés. Il y a du chiant et du moins chiant. Clairement, l’épluchage des légumes, ce n’est pas le plus marrant, surtout pendant 3 heures.


Tribus Sonores de Wassingue Krew au Molodoï – Crédit: Martin Lelievre pour Pokaa

Au delà de leurs activités associatives de solidarité, la perméabilité avec des milieux antifascistes, anarchistes et autres courants de la gauche radicale est claire et affichée, ne serait-ce que de part le lien étroit que l’association entretien avec le Centre Autonome Jeune Molodoï.

« La nourriture est un droit, pas un privilège » : voilà comment on pourrait résumer l’état d’esprit de FoodNotBombs, en y ajoutant une louche d’anarchisme, une cuillère d’anti-capitalisme et une pincée d’anti-spécisme ; le tout formant un beau gloubiboulga de solidarité autonome.

Le collectif strasbourgeois est le représentant d’un mouvement international né à Cambridge dans les années 80 par des militants, à l’époque, essentiellement anti-nucléaires, qui faisaient de la bouffe avec de la récup’ pour les manifs. Aujourd’hui le mouvement a grandi avec près de 400 groupes locaux à travers le monde et s’est popularisé dans plusieurs grandes villes, notamment en France, comme à Rennes, Lyon, Paris… et Strasbourg. Le mot d’ordre : horizontalité, DIY (do it yourself), bénévolat, récup’, véganisme et messages politiques.

La distribution de mercredi est l’occasion de comprendre un peu mieux leur démarche, à la fois sociale, écolo et politique, tout en passant un bon moment de graille ! 


FoodNotBombs édition avril 2019

Place Hans-Arp, devant le MAMCS

19h- 21h

Photos: docs remis par FoodNotBombs

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