Cette année encore, un groupe de doctorants alsaciens concouraient pour présenter leur thèse au grand public. En 180 secondes, soit 3 minutes, ils devaient résumer plusieurs années de travail devant un amphithéâtre bondé. Un défi de vulgarisation pas si facile, même après bac +5… Retour sur la finale alsacienne, jeudi dernier dans l’amphithéâtre Cavaillès du Patio au Campus Central.

Le grand hamster d’Alsace, la médecine traditionnelle tibétaine, ou encore la gestion des données et l’assainissement de l’industrie pétrolière… autant de sujets de recherche que de candidats différents. Le concours MaThèseEn180Secondes, c’est un peu la vitrine de la jeune recherche universitaire. Au-delà d’un exercice intéressant pour les doctorants pouvant déboucher sur quelques euros, de la visibilité et un bel intitulé sur le CV… c’est aussi l’occasion en local de montrer aux lycéens une belle image de l’université et de montrer au contribuable où vont les deniers alloués aux futurs chercheurs.

Résumer parfois 3 ans de recherche en 3 minutes…

Le concours est national (voir international), mais commence en local. L’édition alsacienne recevait onze jeunes chercheurs (9 femmes et 2 hommes). Deux d’entre eux se sont démarqués et accèdent à la demi-finale parisienne les 4, 5 et 6 avril. Vote unanime pour Farah Bouhedda qui emporte le prix du public et du jury. Elle présentait son travail de « gyrophare moléculaire » pour tracer des éléments spécifiques à l’intérieur des cellules.

« Imaginez-vous à vol d’oiseau au-dessus de la Cathédrale un jour de soldes. Je vous demande de chercher mon tonton Gérard. Mon travail, c’est un peu comme si je cherchais à concevoir un gyrophare qu’on peut poser sur Gérard pour le retrouver dans la foule. » L’idée étant de pouvoir retrouver et suivre une molécule parmi la frénésie cellulaire pour pouvoir mieux l’étudier. « C’est un peu comme si je leur donnais [aux autres chercheurs] le bon gyrophare pour qu’ils trouvent leur Gérard. » 

Farah Bouhheda pendant sa présentation

Deux représentations : devant des lycéens et puis le grand public

 Les lycéens, eux, ont porté leur affection sur la présentation de Blandine Chazarin. Son sujet à Blandine, c’est les ours. Plus précisément « l’analyse protéomique appliquée à l’étude de la physiologie de l’ours hibernant : l’étude des mécanismes de l’atrophie musculaire ». Vous êtes toujours là ?

Concrètement, l’étude des muscles des ours en hibernation pourrait permettre de trouver une solution à l’atrophie musculaire humaine. L’ours brun hiberne près de 8 mois chaque année, sans bouger ! Il possède des protéines qui protègent ses muscles. Et elles pourraient marcher chez l’homme ! Un pied dans le plâtre, une maladie musculaire ou encore un voyage dans l’espace… Peut-être que quelques protéines oursonnes sont la solution ?

Madame la Rectrice et Monsieur le Président de l’Université au premier plan, devant les candidats

Le concours s’est déroulé en deux temps dans l’amphithéâtre Cavaillès du Patio. D’abord une présentation ‘test’ devant des lycéens de partout en Alsace et ensuite devant le grand public. Benoit, participant et doctorant en géographie a décidé de relever le défi pour montrer qu’à l’université aussi on travaille sur la transition écologique. « Ce concours, c’est un bon vecteur pour montrer qu’on travaille sur des solutions. » Pour Lauriane, doctorante en gestion, c’était l’occasion de montrer son travail, notamment à ses proches… « Ils m’ont dit : « On comprend enfin ce que tu fais ! » … mais aussi au monde de l’entreprise… « Je veux montrer que ma recherche peut répondre à une problématique d’entreprise. » Pour elle, ça passe par une explication simple de sujets complexes pour de futurs clients.

Une séance de vote pour le prix des lycéens

Une préparation plusieurs mois en amont

 « Les textes ont été réécrits et répétés mille fois au moins ! Il faut que ça ait à la fois un sens académique, et c’est validé par nos directeurs de thèse, mais aussi une compréhension grand public. Généralement c’est nos proches qui valident à cette échelle-là. »

Un exercice de vulgarisation pas si évident, à en croire Lauriane, qui a eu quelques difficultés pour sa première représentation : « Beaucoup d’entre nous donnent des cours, donc on sait déjà parler en public, mais là, avec la pression des 3 minutes, l’amphi bondé et l’aspect un peu théâtral de la présentation… c’est plus compliqué. »

Pour les lycéens, pas de soucis, ils semblent conquis des présentations, comme l’indiquent quelques jeunes de Saverne : « C’est un peu dommage que ça ne soit que sur 3 minutes ! C’est de la grosse vulgarisation, mais le format est sympa. Ça donne envie de s’y intéresser en tout cas. » Pour autant la voie de la recherche peine parfois à faire son chemin dans les esprits des lycéens. Lorsque l’animateur demande à la salle combien d’entre eux aimeraient faire un doctorat, seulement une petite poignée de mains se lève. « On a l’impression qu’à l’université, il faut vraiment être motivé et curieux pour y réussir. L’autonomie qu’on y trouve peut être dangereuse. »

Quelques questions du public aux doctorants

Vote et séance de question-réponses

Les questions très pragmatiques qu’ils ont posé aux doctorants continuent dans cette direction : « Vous êtes en compétition ? Vous gagnez combien ? Comment ça se finance ? » « -Il faut un contrat doctoral. Pour les sciences sociales, c’est beaucoup plus compliqué, beaucoup d’entre nous font des thèses sans financement. Moi j’ai réussi à en avoir un et je gagne environ 1300€ net. 1600 en donnant des cours à côté.»  Brouhaha consterné.

Dans le meilleur des cas, un peu au-dessus du SMIC, à Bac +7 ça ne fait pas forcément rêver les lycéens aujourd’hui. Mais l’espoir de poursuivre dans la voie de la recherche revient un peu… lorsqu’on aborde « la passion nécessaire pour mener sa thèse à bout », moteur visiblement bien plus efficace que la rémunération.

Vous pouvez voir l’édition 2019 en entière ci-dessous.

Ou écouter d’anciens lauréats nous en parler sur RBS, ici (vers 4min30s).

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here