Je ne crois pas encore bien réaliser ce qu’il s’est passé. Pourtant, on est lundi, le 1er avril quand j’écris cet article, ce jour où tout le monde va douter et donc vérifier ce qu’il se dit sur Internet. Et le weekend dernier n’a rien eu d’une mauvaise blague. L’alcool est encore sur mes épaules et dans mes jambes, tandis que la tête est embuée de souvenirs et de fatigue. Difficile de mettre les mots sur le tourbillon d’émotions qui m’habite.

Allons donc droit au but : Strasbourg a gagné la Coupe de la Ligue, aux tirs-au-but face à Guingamp. Que faut-il retenir de ce match ? Que la pelouse était indigne, que le ballon ressemblait au ballon de plage que l’on avait étant gamins et que les joueurs avaient conscience que cette finale serait peut-être la seule qu’ils disputeront dans leur carrière.

Strasbourg a fini par l’emporter au bout d’une séance de tirs-au-but qui sera marquée par le Kop alsacien qui a déstabilisé un joueur guingampais par une bronca démentielle, l’arrêt décisif de Bingourou Kamara, héros de la finale, et surtout ce fou de Dimitri Liénard. Son coup-franc l’année dernière face à Lyon ne lui suffisait pas, il fallait qu’il marque l’histoire une nouvelle fois : comme Zizou treize années auparavant, il s’élance… et réussit une panenka, petit ballon piqué au centre du but. Avec la célébration pleine de panache en prime. Dim, tout le peuple strasbourgeois t’aime !

Le héros. Crédit @B.Papon/L’Équipe

Mais pour moi, finalement, l’essentiel est ailleurs, agent Mulder : au-delà de la finale, au-delà de l’émouvante histoire du Racing qui renaît de ses cendres et gagne un nouveau titre moins de dix ans après avoir déposé le bilan, cette finale, ce weekend, était une aventure humaine. Et pas avec n’importe qui : avec mon père.

Mon père, celui qui m’a amené à la Meinau lors d’un Strasbourg Monaco de 1997 en m’offrant un maillot que je chéris toujours autant. Mon père, qui a constamment peur pour moi tellement je lui ressemble.Mon père, toujours dans la contradiction et la mauvaise foi, mais qui est la personne la plus généreuse que je connaisse. Mon père, ce grand gamin à qui j’ai envie de rendre hommage aujourd’hui parce que c’est lui qui a rallumé ma passion pour le Racing. Après un dégoût du foot et du Racing, et une montée de National en Ligue 2 fêtée à la Meinau, il m’a emmené au stade un samedi d’août 2016, année de remontée du Racing en Ligue 1, face à Amiens puis Nîmes . Et, comme si c’était un nouveau départ, il m’a de nouveau offert un maillot, que je porte encore aujourd’hui, jusqu’à ce qu’il s’effiloche entièrement.

The kid, the man and the legend

Un nouveau départ pour le Racing, mais aussi pour lui et moi. Le Racing, c’est une aventure que l’on vit à deux : les discussions sans fin lors de repas familiaux, dans la voiture ou encore à la Meinau, en attendant nos bières. C’est une aventure qui nous a rapprochés, alors que nos caractères et notre incapacité à mettre les mots sur ce que l’on ressentait faisait nous éloignait l’un de l’autre. Si on se prend encore la tête, ces matchs à la Meinau forment une bulle hors du temps, hors de tout. C’est quelque chose de sacré, qui est à nous, mais aussi à tellement d’autres personnes. C’est d’ailleurs ce que je retiendrais de ce week-end : petits et grands, des familles entières, des couples de tout âge qui chantent, qui dansent aux couleurs du Racing.

Cette ambiance de folie dans les rues, où des dizaines de milliers de Schtroumpfs ont chanté l’amour qu’ils portent à leur club.  Ces bars remplis, où Guingampais et Strasbourgeois se lancent des chants et se répondent, dans la joie et la bonne humeur. Dans le respect d’un football populaire, qui tranche avec le caractère artificiel de la Coupe de la Ligue.

Dans les bars, on y était avec mon père – l’Alsace ce n’est pas qu’un état d’esprit. On a discuté foot – un peu –, on a bu – beaucoup. Avec la tension de la finale qui montait, les verres se sont enchaînés. Dans les bars, dans le stade, dans la communion d’une passion avec d’autres supporters. Mon père allait voir tous les groupes, discutant histoire du Racing ou composition d’équipe, piquant des frites aussi – je vous ai dit que c’était un grand enfant. Arrivés au stade, on s’est retrouvé à côté de deux Guingampais : pendant toute la finale, on s’est chambré mutuellement, sur la décrépitude technique du match. On a trinqué, on a rigolé.

Un match tendu

Quand vint la séance de tirs-au-but, on se tape dans la main, on se souhaite bonne chance. Mon père et moi échangeons un regard et le reste n’est qu’histoire. Sanjin, Adrien, DimDim, Lionel et bien sûr Bingourou, vous êtes nos nouveau héros. Comme tous les autres. On s’est pris dans les bras avec mon père, un acte d’émotion qui n’est pas naturel pour nous Kaspar ; on a pleuré, on a communié un moment que l’on a apprécié grandement.

Bien évidemment, la nuit fût courte – satané changement d’heure.Le dimanche, grosse fatigue ; si l’alcool joue évidemment sa partition, mon père et moi étions surtout vidés émotionnellement. Par ce parcours strasbourgeois héroïque, par cette finale de piètre niveau qui s’est terminée lors de l’exercice le plus stressant du monde et par ce moment d’intimité intense que l’on a partagé, seuls au monde, mais pourtant au milieu de plus de 49 000 spectateurs.

Le retour fût silencieux, comme si déjà tout avait été dit. On a croisé des supporters strasbourgeois sur la route, concert de klaxon. On est rentré à la maison, on s’est refait le match, comme religieusement. Puis je suis parti place Kléber, pour le retour des héros. C’était bien, il fait beau, mais il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

Qui c’est les champions ?

Tout le monde a son histoire avec le club: la jeune Génération Racing qui a grandi avec le club, les supporters de toujours qui ont aidé à nettoyer la Meinau, les pères qui transmettent à leurs enfants, les femmes de plus en plus présentes à la Meinau… Le Racing fait vivre toute sorte d’histoires et d’émotions, où chacun peut se reconnaître. C’est ce qui fait sa beauté, et surtout, cela ne s’arrête pas à une victoire en finale de Coupe de la Ligue !

Papa, le Racing est un dissociable de toi dans mon esprit : quand je pense à notre club, je pense à cette mi-temps de Nîmes-Strasbourg où tu es parti quelques minutes pour m’offrir un maillot que je porte en écrivant cet article ; et si j’ai des enfants, je leur raconterai comment mon père, dans tout son amour et sa générosité, m’a transmis ce que je chéris le plus au monde aujourd’hui. Papa, je t’aime plus qu’une panenka de Liénard.

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