Ce week-end, le mouvement des Gilets Jaunes marchait pour le 13e samedi dans les rues de France. L’Acte 15 pour le Grand Est se donnait un rendez-vous à Strasbourg. Pourtant seulement un peu plus de 500 personnes se sont mobilisées. C’est plus que ces dernières semaines mais moins que certaines grosses manifestations de ce début d’année. Le lendemain, dimanche, un rassemblement des Gilets Jaunes de l’Est a eu lieu à Illkirch pour débattre de la suite du mouvement. Une « Coordination des Gilets Jaunes de l’Est » a été créée. Samedi prochain, la destination Colmar semble au programme, pour 14h à la Statue de la Liberté.

Pas grand-chose à relever de particulier pour cette nouvelle édition de la déambulation hebdomadaire des Gilets Jaunes à Strasbourg. Quelques heurts en fin de journée (gaz lacrymogène et coups de matraque contre projectiles), mais pas ou peu de dégradation, ni de blocage (mis à part quelques lignes de tram) et distribution des revendications aux médias locaux. Au niveau national, l’intérêt semble se perdre dans l’opinion et dans les médias, un peu après la barre des 3 mois de mobilisation, malgré une stabilité dans la participation au mouvement.

Fait notable, après Amnesty International, l’ONU ou encore le Parlement Européen, c’est au tour du Conseil de l’Europe (basé à Strasbourg) de reprocher à la France son utilisation du LBD (lanceur de balle de défense). Rappelons qu’à Strasbourg, un jeune garçon sortant des soldes avait été touché au visage lors de l’acte 9 par le tir d’un policier. Près de 50 jours plus tard, il ne peut toujours pas sortir de chez lui.

Retour en photos pour l’Acte XV strasbourgeois

Comme d’habitude le rassemblement commence place de la République pour une assemblée générale. Une petite centaine de gilets jaunes sont présents après 10h. Départ vers midi pour un parcours improvisé en ville. La liste des revendications est déposée aux bureaux des DNAs et de Radio France. « On veut une publications de nos revendications. Il faut couper court aux faux bruits qui disent qu’on seraient des casseurs et des antisémites. »

Un Parlement hautement sécurisé

Un deuxième rendez-vous est donné pour 15h au Parlement Européen, notamment de groupes ne venant pas de Strasbourg (Mulhouse, Lorraine…). La déception est lisible sur les visages à l’arrivée au vu du peu de gens présent et de l’important dispositif policier. Une heure après, alors que le cortège repart vers le centre, plusieurs centaines de gilets se sont rajoutés à la foule.

Quelques pétards éclatent jusqu’au centre-ville, mais sans incident. Symboliquement, au vu des incidents de la semaine dernière à Paris, une chaîne humaine de manifestants s’est établie au niveau de la Grande Synagogue. Une jeune fille ouvre sa porte et accuse des membres du cortège d’antisémitisme. Deux jeunes « gilets jaunes » vont la voir pour discuter, et tentent de la faire changer d’avis. « Non, on n’est pas antisémites! » Mais on assiste à un dialogue de sourds et la porte se referme, accompagnée d’un coup de pied.

Fumigènes, marche à pied et début de barricades

Arrivé place Kleber vers 16h, le cortège se repose et lance quelques fumigènes. Puis c’est direction la Gare, où la tension monte à la vue du blocage des forces de l’ordre. Les policiers chargent, se prennent quelques projectiles et séparent le cortège en trois groupes à une intersection. Le cortège se retrouve et s’agrandit de quelques poignées de personnes qui ne portent pas forcément de gilet jaune.

Après un tour vers Musée d’Art Moderne, le groupe remonte vers la Gare où des « barricades » commencent à être formées avec des éléments de chantier, avant d’être abandonnées à l’arrivée des policiers qui dégagent la route.

Les manifestants repartent vers Kleber où ils sont de nouveaux accueillis par les forces de l’ordre. Après qu’un pétard et une bouteille atterrissent à leurs pieds, une volée de lacrymogène fuse et sonne la fin de la journée (ou presque) au niveau du cinéma VOX. Les policiers sont presque autant que les manifestants et il n’y plus beaucoup de gilets jaunes à proprement parler.

Heurts en fin de journée avec gaz lacrymogène

Les manifestants sont petit à petit séparés et dispersés dans les ruelles. Les restants tourneront encore plus d’une heure en ville, suivi de près par les forces de l’ordre. Les deux camps craquent place de la Cathédrale où de nouveaux affrontements au corps à corps ont eu lieu, semble-t-il sans grande raison, après sommation. Le tout dernier groupe se fait contrôler sur le quai Desaix. Six interpellations auraient eu lieu sur toute la journée.

Une assemblée régionale le dimanche à Illkirch

Le lendemain, plus de 200 Gilets Jaunes de l’Est (Alsace, Lorraine et Franche-Compté) se sont réunis à Illkirch selon Rue89 Strasbourg. Après des tours de parole et quelques débats, ils ont défini la création d’une « Coordination des Gilets Jaunes de l’Est ». Il en est également sorti un communiqué, lisible ci-dessous, reprenant les revendications principales et le constat qu’ils font de leur mouvement.

[Appel de la coordination des Comités et QG des Gilets jaunes de la Région Est, réunis à Strasbourg le 24 février 2019]

Nous, 250 Gilets jaunes de l’Est de 38 villes, comités et QGs, nous nous sommes réunis ce jour à Strasbourg pour partager nos expériences et nous coordonner pour construire ensemble notre mouvement. D’autres assemblées et coordinations se sont déjà tenues et se tiendront. À l’étape où nous en sommes, la coordination du mouvement à la plus large échelle est indispensable : multiplions les contacts et les liens pour assurer le succès de l’action commune engagée dans notre lutte.

La force de notre mouvement des Gilets jaunes

Malgré la répression féroce et les pires calomnies de Macron et de son gouvernement, notre mouvement résiste et continue dans l’Est comme ailleurs. Partout en France, des centaines de milliers de Gilets jaunes s’organisent depuis des mois pour changer la société dans ce qu’elle a de plus injuste. Indépendamment de nos particularités qui sont une richesse, nous revêtons toutes et tous nos gilets jaunes et relevons la tête sur nos ronds-points et dans nos entreprises. Les villes, les villages, les quartiers et les lieux les plus ignorés du territoire depuis des mois s’éveillent. Sans attendre Macron et son grand blabla, nous menons le débat. Nous ne voulons pas seulement un juste prix à la pompe. Nous voulons également contribuer à poser les bases d’une société démocratique qui ne condamne pas les uns à la pauvreté tout en fabriquant une minorité de riches toujours plus riches. Notre combat conserve un soutien fort dans la population qui partage les problèmes de vie chère et d’organisation démocratique que nous avons posés.

Ce que nous voulons

Nos revendications sont celles de la population qui en a marre de trimer pour gagner de moins en moins et payer de plus en plus cher ; qui en a marre de ne pas pouvoir débattre et décider elle-même de tout ce qui la concerne. La liste de nos revendications est longue, mais les revendications essentielles sont les suivantes. Parce que nous voulons vivre et pas survivre, nous exigeons :

– des mesures immédiates contre la vie chère : l’augmentation de tous les salaires, pensions et allocations et leur indexation sur les prix ; la suppression de la CSG et de la TVA sur les produits de première nécessité.

– la justice sociale via la suppression immédiate du C.I.C.E. pour les grandes entreprises et le rétablissement de l’I.S.F.

– un pouvoir réellement démocratique pour tous et de tous qui passe notamment par la mise en place du RIC en toutes matières et révocatoire

– l’amnistie, l’arrêt immédiat des poursuites et des violences contre les manifestants.

– une véritable prise en compte de l’urgence écologique et climatique qui ne s’oppose en rien à la justice sociale que nous réclamons.

Toutes les informations sur les actions et rendez-vous communs à venir seront communiquées sur la page Facebook intitulée « Coordination des Gilets Jaunes du Grand Est ».

Nous nous retrouverons, entre autres actions, à Colmar le samedi 2 mars pour manifester à 14h au pied de la Statue de la Liberté.

Toutes et tous ensemble, pour que Macron dégage ainsi que sa politique au service des riches et des grands patrons !

Strasbourg, le dimanche 24 février 2019″

Ailleurs en France, à Paris comme en région, le mouvement continue également. A noter, une petite hausse en participation depuis la chute des dernières semaines, mais toujours les mêmes scènes, de longues manifestations en journée, émaillées de heurts plus ou moins importants généralement en fin de journée.

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