Jusqu’au 31 mars, date du premier tour de l’élection présidentielle ukrainienne, le pôle de photographie Stimultania expose le photojournaliste Guillaume Herbaut, qui a couvert la guerre qui déchire le pays slave depuis 2013 entre proeuropéens et prorusses… « Ukraine, de Maïdan à la guerre » — de l’occupation d’une place de Kiev à la guerre des tranchées donbassiennes : à voir par les temps qui courent.

C’est en 2001 que Guillaume Herbaut découvre l’Ukraine, à l’occasion d’un reportage sur la zone interdite de Tchernobyl. Attiré par les lieux chargés d’histoire, dont il aime interroger la mémoire pour mieux révéler les drames invisibles et néanmoins palpables, il trouvera au pays slave plus qu’à Auschwitz ou Nagasaki, une saveur particulière qui marquera son parcours photographique. « Dès les premiers instants, je me suis senti lié à ce territoire. Les couleurs me rappelaient celle de mon enfance, les gens m’acceptaient dans leur quotidien. Depuis, je vais chaque année dans ce pays. »

THE ZONE. Chernobyl Zone. Olga. Goubin. © Guillaume Herbaut
THE ZONE. Chernobyl Zone. Igor. © Guillaume Herbaut

Une fidélité qui le placera aux premières loges de la révolution orange en 2004, une série de manifestations ayant lieu suite à l’élection de Viktor Ianoukovytch, que les ukrainiens proeuropéens estiment truquée par le gouvernement russe ; organisées par le candidat malheureux à la présidence, Viktor Iouchtchenko, avec le soutien financier des États-Unis, les protestations mobilisent un demi-million de manifestants pendant deux semaines avec pour résultat l’annulation du scrutin, et l’organisation d’un nouveau vote dont sortira vainqueur le candidat Viktor Iouchtchenko.

Un président au mandat controversé, car si son élection symbolise l’espoir de s’émanciper du voisin russe en se rapprochant des voisins européens pour une grande partie du peuple ukrainien, les habitants du Donbass et de la Crimée, majoritairement russophones, ne partagent pas cet enthousiasme. Une scission proprement consommée à l’hiver 2013 avec l’Euromaïdan, des manifestations proeuropéennes organisées cette fois en réaction à la décision du gouvernement de ne pas signer un accord d’association avec l’Europe. Marquées par de fortes violences qui font plus de 100 morts, les protestations débouchent sur la mise en place d’un nouveau gouvernement jugé russophobe par l’est du pays, où débutent guerre du Donbass et crise de Crimée, faisant plus de 10.000 victimes.

Kiev, 22 février 2014. Sur la place Maïdan, quelques jours après les combats entre manifestants proeuropéens et forces de l’ordre qui ont fait plus de 100 morts et près de 1 000 blessés. © Guillaume Herbaut
Kiev – Rue Hrushevskoho – 22 janvier 2014 – 14h16 © Guillaume Herbaut

Tous ces conflits, Guillaume Herbaut les a couverts, jusqu’à aujourd’hui où la situation s’est figée à défaut de s’être résolue. Dans l’espace de Stimultania, aux photos de guerre se substituent ainsi des images d’une vie quotidienne qui tente timidement de reprendre ses droits, entre deux immeubles éventrés : « À l’image de la contamination en tâches de léopard de Tchernobyl, l’Ukraine est partagée actuellement en différentes zones : des zones contaminées, des zones de guerres, des zones de paix — comme un miroir du futur de nos sociétés. » Comme un miroir du futur palpable de notre société qui donne à réfléchir sur son actualité récente.


Ukraine, de Maïdan à la guerre : une exposition de Guillaume Herbaut
@ Stimultania, 33 rue Kageneck (quartier gare)
Du mercredi au dimanche de 14:00 à 18:30, entrée libre

Kiev, 13 novembre 2011. Inna Shevchenko (21 ans) est l’une des leaders du mouvement Femen. © Guillaume Herbaut

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