Depuis trente ans cette année, le théâtre anime le quartier sud strasbourgeois, en soutenant la diffusion et la création de spectacles dansés ; un engagement félicité par le label de centre de développement chorégraphique national qui accompagne Pôle Sud depuis 2015. Visite d’une salle excentrée et néanmoins toute proche, qui gagne à être fréquentée.

« La danse à deux pas de chez vous » : telle est la devise de Pôle Sud, la salle qui amène les spectacles de danse soit-elle contemporaine, urbaine, africaine ou encore jazz aux pieds des immeubles de la Meinau. À dix minutes à pied de l’arrêt de tram Émile Mathis, le lieu — qui partage des murs avec le CSC et la médiathèque du coin — abrite ainsi une scène, des studios, une dansothèque et un pôle musique et danse qui invite les riverains (et tous les autres) à la pratique amateure. Autant de façons d’encourager la création chorégraphique, tout en sensibilisant le public à la danse, qu’on envisage ici comme un outil d’émancipation pour petits et grands.

La dansothèque de Pôle Sud

Plus que montrer, accompagner

La maison s’est fondée sur ce postulat de départ. « L’ADN du lieu, c’est à la fois montrer des choses de la création contemporaine, et c’est aussi accompagner des artistes, c’est quelque chose de très inscrit », explique la directrice artistique Joëlle Smadja. Un accompagnement dans la diffusion, avec près de soixante représentations programmées chaque année mais aussi dans la production, Pôle Sud accueillant dans le même temps entre douze et quinze compagnies locales, nationales et internationales en résidences co-financées. « Ce n’est pas qu’un soutien moral ! C’est quelque chose qui est utile parce que la danse est le parent pauvre des arts en France — même si ça progresse avec les labels et la diffusion en théâtre c’est souvent la plus faible part de la programmation. De fait, les compagnies n’arrivent pas à travailler, ni à être diffusées, ni à être produites… » Une démarche soutenue par le réseau transfrontalier Grand luxe, et distinguée au niveau national : passé de « Plateau pour la danse » et « Scène des musiques actuelles » dans les années 1990, à « Scène conventionnée musique et danse » dans les années 2000, Pôle Sud a reçu en 2015 le label de centre de développement chorégraphique national (CDCN). « C’est un label important que seules douze structures ont, et qui félicite toute une politique en faveur de la danse. »

L’affiche de la saison 2018-2019 de Pôle Sud par Signelazer

De spectateur à acteur

Une politique qui, non contente de porter des artistes, implique également de sensibiliser le public à la pratique de la danse, « un acte d’émancipation » selon la directrice artistique Joëlle Smadja, qui serait à encourager dès le plus jeune âge : « À l’instar de notre image de saison, on peut commencer à n’importe quel âge. Mais les mécanismes d’apprentissage des tout petits sont les plus créatifs. Les ateliers d’initiation leur permettent de s’immerger dans le mouvement, ils prennent un plaisir ludique à être aux autres, et au monde. » Car c’est cela qui est en jeu pour Pôle Sud, à travers la pratique de la danse : transcender le réel en ouvrant des espaces de dialogue.

Les adultes ne sont cependant pas en reste, grâce au chorégraphe associé au CDNC depuis 2016, Amala Dianor. Un danseur « rompu à toutes les techniques » sur lequel la directrice ne tarit pas d’éloges : « C’est un artiste très généreux, métissé, ancré dans son territoire. » L’un des atouts majeurs de sa présence à Pôle Sud ? Sa capacité à fédérer mais aussi à repérer des talents, ce qu’il a fait dès sa première saison en 2016 en transmettant sa technique à des artistes locaux du quartier de la Meinau. Les danseurs ont depuis participé à l’ouverture de la dernière saison de Pôle Sud et s’apprêtent à faire l’expérience d’une tournée au mois d’avril. Des paroles et des actes.

Les rois de la piste de Thomas Lebrun (photo : Frédéric Iovino)
Conjurer la peur de Gaëlle Bourges (photo : Danielle Voirin)

Sur la scène et dans le public, de la couleur

Les espaces de dialogue ouverts par Pôle Sud se conjuguent au présent, portés par « des chorégraphes d’aujourd’hui qui parlent de leur temps » — le nôtre : « Humanité, écologie, rapports sociaux, fracture sociale et économique… Ils parlent de notre société. La danse n’est pas hors sol, elle milite sur tous les sujets actuels ! » Des préoccupations qui, couplées à une sélection socio-culturelle moins forte que celle imposée par le coût d’un conservatoire (dans le cas des danseurs classiques), permettent une plus grande mixité sur la scène et dans la salle, l’identification étant facilitée. Dans le même sens, la maison lutte pour des tarifs accessibles, adaptés à chaque situation : « L’essentiel de notre budget vient de la Ville, ce qui nous permet de proposer des prix les plus bas possibles. »

Un langage universel, celui du corps

Ne reste qu’à venir faire l’expérience de la danse comme acteur ou spectateur. Et pour ceux qui hésiteraient à se déplacer pour voir un spectacle dansé au motif qu’ils n’y connaissent rien, la directrice artistique Joëlle Smadja répond par l’aspect universel du langage du corps : « On croit qu’il faut comprendre, alors qu’il n’y a aucune compréhension unique. Chaque spectateur a sa grille de compréhension, et elle n’est ni moins bien ni meilleure que celle de son voisin. On se pose pas cette question quand on écoute de la musique. Je pense que c’est lié à la représentation de la danse contemporaine ! Il faut s’asseoir et se laisser faire. Faire preuve d’ouverture d’esprit, au niveau du corps et du cœur. »

« On ne peut que dire, venez. C’est à quatre stations de l’arrêt Étoile Bourse, il y a un bar sur jardin, la salle est belle et on y trouve une ambiance particulière.
C’est un lieu qui n’est pas consensuel, on a des pièces radicales, politiques, drôles. On est sur des propositions qui sont assez rares en fait. »
Le nouveau bar de Pôle Sud
La salle de Pôle Sud (document remis)
Du mardi 19 mars au vendredi 5 avril, Pôle Sud présentera la nouvelle édition de son festival Extradanse, l’occasion d’aller à la rencontre de ces chorégraphes internationaux dans leur temps suivis par la directrice artistique de la maison. Du jeudi 13 au samedi 15 juin, ce sera au tour du festival Extra ordinaire d’animer le quartier de la Meinau mais aussi celui du Neuhof, l’événement consistant en trois jours d’interventions artistiques hors cadre, sur l’axe formé par les deux quartiers. Ces interventions seront issues des rencontres et travaux menés durant la résidence de trois semaines de treize artistes invités dans ces deux quartiers, entre la fin mai et la mi-juin. Une démarche totale.

Pôle Sud
1 rue de Bourgogne, 67100 Strasbourg
https://www.pole-sud.fr

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