Strasbourgeois. 35 ans. Célibataire. Pas d’enfants. Bonne chance.

Examiné de haut en bas à chaque repas de famille, non pas à cause de tes goûts vestimentaires crapuleux mais pour tenter de débusquer ce qui cloche dans cette petite tête de Tanguy égoïste.

Tu n’habites pourtant plus chez tes parents depuis belle lurette. Tu as un vrai travail, avec un salaire décent et ta recette de blanquette de veau n’a rien à envier à celle de Bocuse, mais pour ton entourage, tu restes une personne qui ne pense qu’à elle, par rapport à ton frangin, père de deux marmots, qui lui, en offrande au Dieu Parentalité, vendrait même l’édition originale de 1969 de Space Oditty (David, si tu nous entends, redescends. Nous saignons des oreilles depuis ta disparition, à supporter les jérémiades de Kenji Girac et Justin Bieber) pour acheter la Nintendo Switch au petit dernier et choper du Pokémon dans le jardin.

Qu’il est égoïste de ne pas faire un crédit pour claquer son oseille dans un monospace dont la plage arrière ferait saliver n’importe quel chercheur de l’Institut Pasteur pour le milliard de microbes incrustés dans un doudou recouvert de vomi brunâtre et de salive desséchée.

Égocentrisme encore, de ne pas avoir de cernes jusqu’au tibia et de dormir plus deux heures par nuit, sans devoir se fracasser le panard sur un Lego pour faire le pédopsychiatre (Spécialiste en terreur nocturne et Gremlins sous le lit) au chevet du gamin, les yeux éclatés par la veilleuse Mickey fluorescente.

Tu as tout de même un regret. Celui de ne jamais avoir la chance de ressentir la pulsion meurtrière qui pourrait s’emparer de toi à chaque passage de la Reine des neiges, rêvant de pouvoir t’enfermer dans la cave avec le DVD et une tronçonneuse pour la libérer une bonne fois pour toute cette connasse des studios Disney.

Ta mère te mate comme un parasite, te soupçonnant d’être toxico ou pire encore, homosexuel, participant à la manif pour tous, en crachant à la gueule de Christine Boutin. Un papa + une maman = une maman + une maman = un papa + un papa = ♡. Elle bave sur le gosse du voisin, l’œil humide, des idées de kidnapping dans le ciboulot. Il faut la comprendre, le tricot du futur petit-fils que tu ne lui donneras peut-être jamais est presque terminé. A ton âge, tu ne l’intéresses plus. Elle a besoin de chair fraîche, de talc sur les fesses, de petits pots à la purée de carottes. Un vampire ridé assoiffé de guilis-guilis.

Tu as pensé à tout pour contrer cette conspiration machiavélique. Ton argumentaire est bien rôdé.

Le monde va tellement mal que tu préfères épargner cette vie de merde à un enfant. Les gilets jaunes, le Brexit, Trump, Jul, Cyril Hanouna, NRJ12, 50 Nuances de Grey. Est-ce un environnement propice au développement cérébral d’un être fragile et innocent ?

Beaucoup de parents confirment ta théorie, affirmant en soupirant de désespoir, un mojito à la main et un Lexomil dans l’autre, lors des rares occasions où le juge des parents leur donne une permission de souffler : « Faites des gosses… ».

Autrement dit, en langage de mère désabusée: « Si c’était à refaire, je t’assure que Kevin n’aurait pas de petite sœur. J’ai la chatte qui ressemble à un poulpe échoué sur une plage bretonne. Mon mari ne me baise plus qu’à Halloween et me regarde comme Sigourney Weaver regardait la mère pondeuse dans Alien. Je pleure du lait du matin au soir, une Vierge à la peau d’orange qui ne remettra plus jamais cette petite robe noire Prada taille 34 ».

Ton daron n’est pas le dernier non plus quand il s’agit de remuer la merde.

Il ne comprend pas qu’à son âge, son fils ne soit pas père de famille, lui qui bossait à l’âge de 14 ans, lui qui portait des sacs de ciment de 50 kilos sur chaque épaule, lui qui se contentait d’une noix à noël et qui ouvre une bouteille de bière avec les dents tout en changeant la courroie de distribution avec un trombone et du scotch.

Tu es foutu. Il te faudra donc procréer pour faire partie d’un groupe, d’une communauté, même si rien que l’idée te fait débander. A défaut, tu resteras le mec bizarre qu’on n’invite plus aux repas de famille, fiché « S », comme « Sale fils indigne », « Sociopathe », pire encore, «SS» car sans succession .

Mais tu as une lueur d’espoir, comme ce jour de février 1987 où Fanny S., la plus jolie fille de la classe, te fit un sourire timide. Du 7 au 17 février, Strasbourg devient la ville la plus romantique de France, que dis-je, du monde. Une Slow Party s’installera sous le dôme du magnifique chapiteau Magic Mirror installé place Kléber.

Ce soir-là, tu danseras avec une inconnue aux allures de Sophie Marceau. Tu prendras ta revanche sur cette boum de quatrième où tu ne pus aller, apprenant que Fanny se fit rouler des pelles par David, le seul mec à avoir une moustache à 13 ans . Dreams are my reality – A different kind of reality – I dream of loving in the night – And loving seems alright -Although it’s only fantasy. Ce soir-là tu compris qu’on ne souffre jamais que du mal que nous font ceux qu’on aime.

Tu poseras tes mains moites sur ses hanches et tourneras au ralenti comme une boule à facettes orpheline, entraîné par plusieurs verres de crémant.

Ce soir-là, peut-être que tu feras LA rencontre et qu’enfin, tu viendras accompagné au repas dominical de tes parents, pour manger du rôti et des frites.

Peut-être pas. Peu importe, parce que le plus important au final, c’est d’être heureux et de vivre comme ta petite voix intérieure te conseille de le faire. Seul, en couple, avec ou sans enfants, hétéro, homo,bi, trans, inter, écoute la musique qui raisonner dans ta tête car c’est ainsi que nos cœurs pourront danser un slow, blottis les uns contre avec les autres.


Mr Zag

Mr Zag a une voisine, un chat, des collègues, un job, il aime Lynch, Radiohead et Winshluss. Mr Zag a un Pinocchio tatoué sur le bras, quelques gribouilles en islandais, il ouvre les yeux et décrit le monde avec une vision bien à lui.

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