Une publication, une réédition et maintenant une exposition : à l’âge de 87 ans, le dessinateur alsacien Tomi Ungerer continue à faire l’actualité ! Pour accompagner la sortie de son livre In Extremis, le musée qui lui est dédié à Strasbourg présente l’exposition America, un florilège d’affiches iconiques réalisées par le satiriste sur le continent dans les années 1960… Haute société, ségrégationnisme et guerre du Vietnam, cette décennie marque l’engagement actif du pacifiste dans la lutte anti-raciste et anti-consumériste, avec des images historiques et néanmoins actuelles. À voir absolument.

Tomi Ungerer, alsacien globetrotter

C’est l’histoire d’un humaniste né du pire l’humanité… Précisément, de la seconde Guerre mondiale durant laquelle le natif strasbourgeois, âgé de huit ans aux débuts des hostilités, subit un endoctrinement nazi à l’école qu’il fréquente, soumise à la germanisation. Les journées y commencent par des chants nazis, qu’il avoue encore connaître aujourd’hui, et sont rythmées par l’écoute des discours du Führer. Il lui est interdit de parler français et son prénom, Jean-Thomas, jugé insuffisamment germanique, est changé autoritairement en Hans. « Nous parlions le français à la maison quoique ce soit défendu. J’étais français à la maison, alsacien dans la rue et allemand à l’école… J’ai passé quatre ans avec trois identités. C’est quand même quelque chose qui vous ronge la langue. » Ironie du sort, après la libération Tomi Ungerer est renvoyé de l’école, où il est interdit de parler alsacien.

Fracturé, l’alsacien entame une série de voyages, peut-être dans l’espoir de se trouver quelque part sur la route… En 1946, à l’âge de quinze ans seulement, il explore la France à vélo. En 1951, après avoir raté son bachot, il se rend en Laponie et en Norvège. En 1952, il s’engage dans le corps des méharistes en Algérie, dont il est réformé dès l’année suivante. De retour au pays, il s’inscrit aux Arts décoratifs de Strasbourg, et est rapidement renvoyé pour indiscipline. S’en suivent de nombreux voyages dans toute l’Europe, qu’il réalise en auto-stop ou en s’engageant comme marin sur des cargos… Jusqu’à ce jour de 1956 où ses pérégrinations emmènent l’apprenti-dessinateur à New York.

Les années américaines

La légende raconte que Tomi Ungerer débarque à New York avec un carton de dessins et 60 dollars en poche ; ce qui est sûr, c’est que le succès y est pour lui immédiat : l’illustrateur s’impose comme une valeur sûre du dessin de presse dans des journaux et des magazines aussi prestigieux que le New York Times ou Life. Sa rencontre avec Ursula Nordstrom, chargée de la littérature jeunesse au sein du géant de l’édition Harper & Row, lui permet de publier près de quatre-vingt livres pour enfants en dix ans (parmi lesquels Les Trois Brigands). Mais ce sont surtout ses affiches qui lui apportent la notoriété, et notamment celles contre la guerre du Vietnam, car l’Amérique n’est pas qu’une rampe vers le succès pour Tomi Ungerer : c’est aussi l’éveil d’une conscience anti-consumériste et anti-raciste.

Deux livres et une exposition

Alors qu’il se paye la high society new-yorkaise que son succès l’amène à fréquenter dans The Party (1966), un livre dans lequel des personnages snobs s’avèrent si grotesques qu’ils se muent en insectes, le dessinateur satiriste entame un cycle critique de la société et de la politique américaines. En parallèle, le pays se déchire du fait de la ségrégation raciale, et s’enlise dans la guerre du Vietnam ; deux actualités qui ont profondément choqué Tomi Ungerer, enfant de l’entre-deux-guerres… Il quittera les États-Unis en 1971 pour le Canada puis l’Irlande, boudé par les américains qu’il a bousculé avec un reportage (avorté) dans la Chine de Mao et la publication du bien-nommé Fornicon, un livre dans lequel il expose une vision futuriste du sexe à l’américaine.

Sorti en novembre, In extremis est une compilation de dessins classiques comme inédits croqués entre 1964 et 2004. Réalisée par Frédéric Pajak, l’éditeur des Cahiers dessinés qui réédite The Party à l’occasion, la sélection est notamment riche en illustrations de cette période américaine. Une période qui s’expose en ce moment au musée Tomi Ungerer à Strasbourg. « Eat », « Give », « Kiss » mais encore l’affiche du film Docteur Folamour de Kubrick, quelques-unes des affiches les plus célèbres du satiriste y sont présentées, servies par un documentaire ponctué de provocations, comme une signature ; l’exposition idéale pour saisir le personnage et ses combats.


America. Dessins satiriques de Tomi Ungerer
Jusqu’au 17 mars 2019 au musée éponyme à Strasbourg
Tous les jours sauf le mardi de 10:00 à 18:00
Tarif plein : 6,50€ — Tarif réduit : 3,50€

In extremis (2018) de Tomi Ungerer, aux éditions Les cahiers dessinés
Livre relié, 208 pages — Prix : 28€
La réédition, par Les cahiers dessinés, du livre The Party premièrement publié en 1966 est elle affichée à 20€ pour un total de 128 pages.

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