Vous qui croyez avoir tout vu, vous qui avez voyagé, qui avez lu. Que plus rien jamais n’étonne. Bienvenue à Veyron. Veyron, comme Bugatti Veyron, une des voitures les plus chères au monde, qui possède la particularité d’être créée à quelques encablures de Strasbourg, à Molsheim plus exactement. Et pour vous montrer que cette référence inaugurale à Roméo et Juliette n’est pas juste là pour contenter les amateurs de karaoké, laissez-moi vous emmener dans ma belle voiture, pour vous raconter l’histoire des Bugatti en Alsace…

Amateurs de sensations fortes, de technologie de pointe toujours plus inventive, et de performance sportive de premier plan qui gardent à l’esprit une tradition familiale, je vous le dis : vous avez de la chance d’être en Alsace ! Parce qu’il se trouve que l’un des constructeurs de voitures les plus chères du monde se trouve dans notre belle région.

« Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher »

Si vous êtes quelque peu familier avec les nouveaux modèles Bugatti, vous êtes parfois tenté de vous poser la question : « Trop beau, trop cher, ou les deux ? » Pas de panique, le fondateur de la marque a la réponse : « rien n’est trop beau, rien n’est trop cher. » Tout de suite, les jantes sont posées. Cette passion pour l’excellence vient d’Ettore Bugatti, le grand patron et fondateur de la marque automobile.

Ettore Bugatti, « le Patron »

L’histoire de celle-ci commence juste avant le passage au 20ème siècle, en 1899. Après quelques années mitigées quant à la réception de ses voitures alors qu’il a travaillé pour Dietrich et Deutz, Ettore Bugatti finit par s’installer à son compte à Molsheim, avec sa famille, en 1909. Petite précision historique, à l’époque, l’Alsace appartenait encore à l’Empire allemand ; Ettore reste donc toujours du côté allemand de la force, pour le moment tout du moins. Le succès ne se fait pas attendre puisque la Bugatti Type 13 est admirée pour sa légèreté au Salon de l’Automobile de Paris dès 1910.

Meo Costantini au volant d’une Type 35 lors du GP de l’ACF 1924;

Et ce n’est que le début pour la marque Bugatti, puisque les décennies suivantes vont voir une domination quasiment sans partage en Grand Prix automobile dans l’entre-deux guerres. La performance la plus marquante, et encore à ce jour, est celle de la Type 35, avec laquelle des pilotes remporteront plus de 2 000 victoires, entre 1924 et 1935. C’est une voiture qui a marqué l’histoire du sport automobile. Il faut dire que 2 000 victoires, c’est quand même beaucoup ! La force de l’Alsace !

La disparition de Jean Bugatti comme la première mort de l’entreprise

Ces succès coïncident en fait avec la progressive prise d’influence de Jean, l’un des fils d’Ettore Bugatti. Dessinateur de talent, il prend progressivement les rênes de l’entreprise en 1936. Malheureusement, alors qu’il testait la nouvelle mise au point d’une voiture victorieuse des 24 Heures du Mans en 1939, il se tue sur une route de campagne de Duppigheim, alors qu’il roulait à plus de 200km/h. Cet accident, en plus de toucher gravement Ettore, qui ne s’en remettra jamais, laisse l’entreprise sans patron.

Jean Bugatti, le fils prodige d’Ettore. Crédit @bugattibuilder.com

Seconde Guerre mondiale où l’entreprise est confisquée par les Allemands, sortie de guerre criblée de dettes, mort de son fondateur historique en 1947… la marque Bugatti a clairement connu des jours meilleurs. Le fils cadet d’Ettore Bugatti, Rolland, tente de relancer l’entreprise en 1951, mais les échecs s’accumulent, aussi bien commercialement qu’en Grand Prix. Que reste-t-il dès lors de Bugatti au début des années 50 ? Plus de 1 000 brevets déposés, 7 500 voitures, plus de 10 000 victoires et 37 records. On a là des palmarès impressionnants, qui pèse clairement dans le game. Néanmoins, c’est la fin d’une époque.

Une marque qui a plusieurs fois été reprise

Après ces évènements tragiques, la marque Bugatti a eu du mal à retrouver sa splendeur d’antan. Elle passe en effet de constructeurs en entrepreneurs, montrant la difficulté de remettre la marque à une place qui était la sienne. En 1963, Rolland Bugatti vend marque et usine au constructeur espagnol Hispano-Suiza ; le site de Molsheim n’accueille désormais plus de voitures, mais des ateliers aéronautiques.

Pourtant, pendant de longues années, Molsheim n’était plus la terre des Bugatti… Crédit @Arnaud 25

En 1987, l’entrepreneur italien Artioli souhaite relancer les machines et établit la SPA Bugatti Automobili. Pour réinstaurer le prestige de la marque, il fait construire une usine de production à Modène, où étaient fabriqués les modèles de la fine fleure des automobiles italiennes, come Ferrari ou Lamborghini. Néanmoins, cela échoue plus que rapidement, puisque la SPA disparaît dès 1995.

Désormais, l’intérieur de l’usine ressemble à cela ! Crédit @l’argus.fr

Ce n’est que trois ans plus tard que débute la réelle renaissance de la marque, avec la rachat des droits de la marque et la création de la SAS Bugatti Automobiles par Volkswagen, dirigée alors par Ferdinand Piëch, petit-fils de l’inventeur de la fameuse Coccinelle. Il remet le site de Molsheim au centre de la création des voitures d’élite, pour à nouveau faire hommage au « ni trop beau ni trop cher » développé par Ettore Bugatti il y a presque 100 ans de cela.

Les nouvelles Bugatti rendent hommage à l’histoire passée

Les jardins de Molsheim sont fleuris, et leurs voitures sont belles et puis, c’est comme un paradis sur terre. Aujourd’hui, on parle en effet des Bugatti avec les yeux ronds comme des soucoupes, pour les prix absolument délirants des voitures vendues. Il faut dire que les voitures de la marque ne sont pas obtenables en craquant ton PEL – que tu avais déjà de toute manière annihilé dans les kébabs et la bière.

La belle Bugatti Veyron. Crédit @Gentleman’s Journal

Elles font en effet partie des voitures les plus chères du monde, lais également des plus rares, avec leur trio de choc : Veyron, Chiron et Divo. La première, pour sa version la plus classique, a été produite à 450 exemplaires et coûte plus d’un million trois cent mille euros ! Avec d’autres versions pouvant dépasser les deux millions. La Chiron, quant à elle, est produite à 500 exemplaires et estimée à deux millions cinq cent mille euros, tandis que la nouvelle venue Divo sera vendue à cinq millions d’euros lors de sa sortie. Avec seulement 40 exemplaires produits. Et tous au sein de l’atelier de Molsheim !

Louis Chiron au volant d’une Bugatti 51. Crédit @Le Miroir des Sports

La marque Bugatti étant fortement ancrée dans l’histoire, ces trois voitures tiennent leur nom de pilotes automobiles. La Bugatti Veyron, élue voiture de la décennie 2000 par le magazine Top Gear, est appelée ainsi en hommage à Pierre Veyron, vainqueur des 24 Heures du Mans en 1939 avec une Bugatti.  La Chiron est nommée d’après le pilote monégasque Louis Chiron, fer de lance des Bugatti en Grand prix jusqu’à 1932. Et enfin, la petite nouvelle Divo rend hommage à Albert Divo, pilote officiel Bugatti et vainqueur des 24 Heures du Mans en 1931. Une façon de rendre hommage à ceux qui sont passés avant, lors de la première ère Bugatti.

La Bugatti Divo, un troisième joyau à la couronne de l’entreprise Bugatti. Crédit @Alexandre Migl

Aujourd’hui, Bugatti est à nouveau considérée comme l’un des fleurons des voitures de vitesse. L’usine de production de Molsheim a joué un grand rôle dans l’histoire de la firme, puisqu’à chaque fois qu’elle basait sa production en son sein, elle connaissait le succès. Mais Bugatti n’est pas uniquement symbole de course à la performance, c’est aussi une marque qui a une résonance historique particulièrement forte, et notamment en Alsace et à Molsheim, où chaque année se tient le festival Bugatti. Une manière de perpétuer l’existence et l’histoire d’une marque qui a bien failli disparaître…

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