Il y a tout pile un an et demi, Arnaud Stengel ouvrait la première boutique Erithaj, du nom de la marque de chocolat qu’il a créé il y a un peu plus de cinq ans. Située rue Brûlée, face à la cour de l’Hôtel de ville de Strasbourg, la jeune maison y vend différents produits chocolatiers créés à partir de cabosses originaires du Vietnam, où les parents d’Arnaud ont une station de fermentation depuis bientôt dix ans.

Plus que du chocolat, c’est son héritage qu’Arnaud partage, celui d’une passion familiale pour le cacao et d’une exigence pour ses arômes. Rencontre avec un pur chocolatier, qui envisageait une toute autre carrière avant d’être rattrapé comme ses parents par l’ambition d’une filière chocolatière éthique…

  • La petite histoire

Si Arnaud possède un BTS en commerce international, à l’aube de la création de la marque, il se destinait encore à l’enseignement du chinois : « Avant de créer la marque, ça faisait en fait quatre ans que je vivais en Chine parce que je suis passionné par la culture chinoise. Et donc j’envisageais de rentrer en France pour faire professeur de chinois, mais ce n’était pas vraiment décidé. » Décidé, Arnaud l’est lorsqu’il rentre et observe ses parents, tous les deux à la tête d’une station de fermentation depuis 2009, faire face à la demande exponentielle : « Mes parents ont fondé la filière Vietcacao, à l’origine un projet familial et associatif. Sous l’impulsion de ma tante maternelle qui travaille avec des enfants handicapés au Vietnam, et en voyant la filière cacaotière prendre de l’importance dans le pays, ils ont construit une station de fermentation dans une école pour jeunes adultes en situation de handicap qui peuvent ainsi recevoir une formation, et obtenir un travail. » Et ça marche, si bien que le chocolatier strasbourgeois Christian Meyer leur commande du chocolat de couverture et les encourage à travailler avec la chocolaterie Morin ; une rencontre professionnelle mais aussi personnelle, dont naîtra un partenariat encore actuel : « Depuis 2009, on transforme notre cacao vietnamien en chocolat sur la même chaîne de production. »

Arnaud, ses parents, le premier employé à plein temps de la structure commerciale Vietcacao et deux travailleurs

Face à cette même production en augmentation, Arnaud décide de pérenniser l’entreprise, toujours dans l’objectif de créer plus d’emplois au pays : « Fin 2011 je me suis davantage investi, j’ai passé plusieurs semaines dans une plantation au Vietnam où je devais gérer les protocoles de fermentation et de pressage, mais aussi en imaginer de nouveaux, parce que comme un peu tout le monde, on a de plus en plus d’aléas climatiques… » S’en suivent plusieurs mois de formation à la pâtisserie Christian et à la chocolaterie artisanale Kuster au terme desquels il créé sa marque Erithaj à laquelle il intègre toute la filière Vietcacao : « Voilà, c’est une affaire de famille ! [rires] » Une affaire familiale, culturelle mais surtout une affaire éthique, qui valorise une relation directe avec les familles de planteurs : « C’est un point sur lequel on n’aime pas trop communiquer. Je ne veux pas qu’on achète nos produits par compassion, parce qu’il est fait par des travailleurs étrangers en situation de handicap ; pour moi ce sont avant tout des personnes qui fournissent un excellent travail et c’est cette excellence qu’il faut féliciter. » Dans la famille Stengel, on se transmet la passion du cacao mais aussi la qualité d’avoir l’humilité de son talent. Et du talent, il y en a plein la boutique d’Arnaud, située tout près de la place Broglie…

  • La boutique Erithaj

Tablettes, truffes, croquants mais aussi sirops, épices et masques capillaires, la boutique Erithaj commercialise nombre de produits alléchants et/ou intrigants à base de cacao made in Vietnam donc, et transformé en France : « C’est grâce à cet ADN qu’on va pouvoir trouver un goût très différent des fournisseurs habituels. » Qualités aromatiques et crus d’exception, Arnaud utilise un vocabulaire châtié pour évoquer son travail, un vocabulaire qui,  couplé à la décoration léchée de la boutique — « Je voulais casser les codes traditionnels du chocolatier, avec un ensemble moderne, multiculturel, un peu japonisant… Bon, des clients ont cru que c’était une franchise donc j’ai peut-être trop poussé sur Pinterest ! [rires] » — ferait presque envisager le chocolat comme un produit de luxe, ou du moins, un instant privilégié : « Nous, au lieu de faire des oeufs à Pâques ou des lapins à Noël, on va plutôt chercher à valoriser la richesse gustative d’une tablette. On postule que comme un bon vin, un bon chocolat, c’est une dégustation ; un moment privilégié qui vaut quelque chose. » Pour le coup, la tablette Erithaj ne coûte pas le même prix qu’une tablette industrielle vendue en grande surface ; le produit n’est cependant pas non plus du même acabit, résultat d’un savoir-faire artisanal qui nécessite, de la récolte à la tablette, plus de six mois.

Si Arnaud ne voulait pas d’une boutique pour faire du débit, mais plutôt d’un endroit calme pour transmettre sa démarche, il ne cache pas son désir d’en faire une locomotive pour son activité familiale : « Une à trois fois dans l’année je vais au Vietnam superviser le processus. On a notre entrepôt à Barr où arrivent les containers de transport qui coûtent très chers, et notre laboratoire à Wolfisheim… Autant dire que la boutique, c’est une bouffée d’oxygène ! » Sous un an, Arnaud souhaite l’agrémenter avec une filière d’épicerie fine et une vitrine de créations pâtissières limitées, dans un esprit de mixité culturelle toujours. « Et puis l’été, quand il fait chaud, c’est compliqué de vendre du chocolat. »

Qu’à cela ne tienne : ce dimanche, c’est l’automne.


Erithaj Chocolat
6 rue Brûlée, 67000 Strasbourg
Du mardi au samedi de 10:00 à 12:30 et de 14:00 à 18:30
(le samedi jusqu’à 19:00)
Découvrez les coulisses de l’artisan local sur Facebook et Instagram.

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