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De mars à octobre, Strasbourg conjugue le Vodou au féminin. Dans sa nouvelle exposition, le château-musée Vodou se penche sur les divinités féminines de cette religion ancestrale. Enchanteresses vénérées ou redoutables vengeresses, elles nous ouvrent les portes d’un univers captivant !

Retour aux sources

Les sonorités du mot Vodou sont encore aujourd’hui entourées d’un épais nuage de mystère. Dans nos esprits, ces mots qui nous viennent de l’Afrique de l’ouest (Niger, Togo, Benin…), génèrent une certaine fascination, largement digérée par la pop-culture occidentale. A grands coups de poupées de chiffon transpercées d’aiguilles, de magiciens masqués et de statuettes fétiches : on chante le Vodou, on le met en scène à Hollywood, on le saupoudre dans des romans… Même l’incontournable Beyoncé, invoque en chanson les déesses de son panthéon. Dans le clip Sorry, le visage de la chanteuse est fièrement rehaussé de peintures tribales africaines : un clin d’œil revendiqué aux peuplades nigériennes qui pratiquent le Vodou. Cet engouement pour le Vodou et ses réappropriations diverses, brouillent un peu les pistes…retour aux sources exigé !

En fait, à l’origine, le mot Vodou, signifie simplement « dieu » ou « force invisible ». Comme toute religion ou philosophie de vie, le Vodou possède ses rituels, ses mythes et ses divinités. Surtout, il possède son propre art : des objets fétiches (statuettes, masques…) qui accompagnent les rituels et la vie quotidienne des hommes et des femmes qui les vénèrent. Ces sculptures de bois qui ont tant fait parler d’elles, sont considérées comme un moyen de communication, une ligne directe entre le monde des hommes et les forces invisibles. En gros, elles sont utilisées pour négocier avec les dieux et rétablir l’ordre sur la terre. Autant dire que leur rôle est crucial…

Tron, Bénin, collection Arbogast.

Tron, Bénin, collection Arbogast.

Super-pouvoirs féminins

De cet univers, ne retenons un instant que les déesses, comme le suggère l’exposition temporaire « Vodou au féminin ». D’ailleurs, à la tête de tous les dieux Vodou, se trouve un couple, et non un dieu unique, établissant « une complémentarité homme-femme, qui n’existe pas dans toutes les religions » précise Adeline Beck, commissaire de l’exposition.

Au fil des vitrines, on croise plus d’une centaine de statuettes fétiches féminines aux formes, aux tailles et aux usages divers. Elles accompagnent toutes les grandes étapes de la vie, du berceau à la tombe. La silhouette de bois du fétiche Gambada, mère de tous les Vodou, nous interpelle tout particulièrement. Greffé à son ventre, un étonnant récipient débordant de mégots de cigarettes… Que vient faire toute cette nicotine aux côtés d’un objet de culte ? Pour nourrir Gambada et renforcer ses pouvoirs, il est simplement conseillé de lui faire des offrandes en fonction de ses goûts. Lui glisser une cigarette allumée entre les lèvres permet d’espérer qu’elle résolve le problème pour lequel on vient la solliciter (guérison de maladies, problème de stérilité, mauvais sort…ou, dans un autre registre, empêcher un adversaire de marquer un but au foot !!)

Bla bocio, Togo, collection Arbogast.

En plus des offrandes qu’on leur adresse, les fétiches sont aussi accompagnés d’objets comme des os, des coquillages ou des cadenas directement intégrés à la sculpture. Ces accessoires spécifiques, les pimpent littéralement et leur donnent des pouvoirs additionnels. Prenons l’exemple de ces cordelettes qui entourent les corps de petites statuettes symbolisant des couples. Rien à voir avec le bondage, mais plutôt avec le mariage à l’occasion duquel ces objets sont confectionnés. Si les deux personnages entourés de corde se font face, c’est la garantie d’un amour éternel… mais les placer dos à dos peut entrainer la rupture ! Symboliquement, l’acte de nouer et de dénouer la corde peut sceller une union ou une séparation. C’est assez clair, dans la conception des peuples qui les vénèrent, les fétiches Vodou ont une influence directe sur de nombreux aspects de la vie.

Mami Wata, Togo, collection Arbogast.

Véritable figure de proue de l’exposition, la sculpture évoquant la déesse Mami Wata, s’affiche sur les flyers, affiches et catalogue qui couvrent l’évènement. Cette sirène africaine aux ongles manucurés de rouge est une déesse majeure vénérée principalement par les femmes. Envoutante et dangereuse à la fois, elle règne sur le royaume des eaux et garantit la prospérité. Elle est très probablement inspirée de la proue des bateaux européens, qui, depuis le XVe siècle, on ne le sait que trop bien, se rendent régulièrement en Afrique. Issue d’un métissage de deux cultures, cette œuvre est emblématique du grand pouvoir d’adaptation de la religion Vodou qui a su s’approprier et intégrer les motifs venus d’ailleurs.

En définitive, « Vodou au féminin » nous invite à nous frotter à une autre culture, met à l’épreuve nos a priori d’occidentaux et nous confronte à des systèmes de pensée et des modes de vie différents. Elle nous amène aussi à interroger notre conception de la féminité au travers d’un art qui nous pousse à ouvrir nos yeux mais aussi notre esprit !

PS : Si l’on s’aventure dans les étages du musée, la visite peut se poursuivre par la découverte de l’exposition permanente. C’est l’occasion de faire mieux connaissance avec une collection unique en son genre dans la région, située dans un « château-musée » à l’architecture atypique…


Vodou au féminin, exposition temporaire de Janvier à Octobre 2018

Château-musée Vodou, 4 rue de Koenigshoffen, 67000 Strasbourg

Site Internet


Légende photo de couv : Cakatu, Togo, collection Arbogast ; Tchamba, Togo, collection Arbogast.

Mylène Mistre Schaal

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