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Après mes deux mois d’exploration en Thaïlande (pour suivre mes aventures depuis le début, il faut commencer par ), je me suis lancée vers le Laos, pays énigmatique de la péninsule indo-chinoise dont les paysages extraordinaires n’ont pas encore été abîmés par le tourisme de masse.

Certes depuis le début de mon road-trip je dors dans des auberges de jeunesse peu chères, dans des chambres que l’on partage à deux ou en dortoirs, avec des salles de bains en commun. Je vais manger dans les petits bouis bouis laotiens qui ne payent pas de mine, je prend des bus locaux, je fais pipi dans des toilettes turques et j’essaye de me rapprocher au plus près de la culture du pays. Mais ce que je voulais vraiment et que je n’ai pas eu l’occasion de faire en Thaïlande, c’est d’aller vivre dans un village traditionnel, un village reculé, où les touristes ne mettent jamais les pieds. Cette occasion s’est présenté cette semaine, et j’ai vécu des moments exceptionnels d’authenticité.

Plage au bord du Mékong

Tout a commencé par une envie de faire du bateau sur le Mékong. Nous avons rencontré Pad un guide laotien, petite pile électrique, électron libre de bonne humeur qui proposait deux jours de navigation sur le fleuve avec au programme plusieurs arrêts dans des villages traditionnels et une nuit dans la famille du capitaine de notre bateau longue queue.

Nous avons donc été récupéré à notre auberge de jeunesse à 7h du matin par un tuk-tuk, direction l’embarcadère de Luang Prabang. De là, nous avons embarqué dans notre bateau privatisé pour deux jours, en compagnie de Si et Pad. Les yeux encore à moitié fermés, un café à la main, allongés sur les banquettes installées sur le pont du bateau ; notre épopée a débutée dans la brume du matin.

Départ pour notre croisière sur le Mékong

Après quelques heures de navigation, dans le calme du lever du jour, émerveillés par les paysages vierges alentours, nous avons fait un premier arrêt à Ban Chan Village, un petit village de poteries accessible uniquement en bateau. Les locaux nous ont montré comment ils travaillaient l’argile, et nous nous sommes installés sur le sol avec eux pour leur donner un coup de main. C’est toujours très particulier de partager des moments comme ça avec des gens dont on ne parle pas la même langue. Tout se passe avec les mains ou le regard. La femme qui roulait en premier temps l’argile avant de le donner à son mari qui le sculptait ensuite, m’a tendu un petit rondin afin que je puisse m’asseoir à ses cotés et nous avons travaillé ensemble. Pad a été très amusée par la rapidité avec laquelle Flo, mon copain, pâtissier en France, roulait l’argile. Au Laos, c’est encore plus Sabaï Sabaï qu’en Thaïlande. Tout le monde prend son temps, personne n’est jamais pressé. Attendre ne pose jamais de problème.

Nous sommes ensuite repartis en bateau vers Ban Sadoum Village. Les villageois sont toujours très surpris de nous voir, on sent les regards se poser sur nous, les enfants viennent nous voir tout en gardant une distance de sécurité, curieux mais intimidés. Nous sommes passés devant une petite hutte très rudimentaire, où deux femmes et trois enfants partageaient un repas sur le sol, après nous avoir salué, elles nous ont proposé de goûter leur papaya salade, qui nous a clairement détruit la gorge vu la dose de piments, RIP les papilles.

Les enfants du village mangent de la papaya salade

Les garçons leur ont coupé du bois pour leur feu de camp du soir et j’ai pris des photos de la famille, qui semblait se voir en image pour la première fois. Après de nombreux sourires, et le don aux enfants de mes cookies (un réel sacrifice de ma part ; Dieu sait qu’habituellement je ne peux pas vivre sans mes biscuits), nous avons fait le tour du village où les habitants vivaient comme nos grand-parents, voire nos arrières-grands parents pouvaient vivre. Au centre du village, une femme se lavait à la fontaine, tandis qu’un peu plus loin se trouvait un petit verger, où nous avons vu des enfants de peut-être 6 ans au sommet d’un arbre (très, très haut), une machette à la main, entrain d’en faire tomber les fruits, qui étaient récupérés par une tripotée d’autres gamins. Ici, on voit régulièrement des tout petits, un couteau ou une machette à la main, c’est très perturbant pour nous français qui éloignons tout objet pointu de nos enfants. Parfois on a limite peur que le petit ai un instant de folie et nous bute tous. (Battle Royale m’a traumatisée).

Les enfants dans les arbres

Après avoir câliné quelques chiots au passage, nous sommes repartis sur le bateau où nous avons dégusté un délicieux repas. Au Laos, on dispose quelques paniers de sticky rice (riz collant) sur la table puis deux trois plats de viande, bouillon et légumes, que tout le monde partage. On prend le sticky rice avec les mains, puis on le trempe ça et là, et on déguste.

J’ai ensuite pris la barre du bateau, et je l’ai conduit pendant une vingtaine de minutes, où les autres ne se sont pas senti « secure secure », la confiance règne. Pour finir, Pad nous a amené une grande bouteille d’alcool traditionnel laotien, qu’il servait dans une petite tasse en plastique et que nous nous passions tour à tour pour la boire cul sec. Autant vous dire que lorsque nous sommes arrivés à Ban Song Tai, le village du capitaine, nous n’étions déjà plus très clairs.

Nous avons débarqué dans ce petit village au bord de l’eau, où les gens vivent de leurs récoltes et de l’élevage. Sur les chemins de terre bordés par des maisons rudimentaires, nous avons marché parmi les canards, les poussins, dindons et autres volatiles, sans compter les chats et chiens « libres ». Comme me l’a dit une laotienne, les animaux ici ne sont pas errants, ils sont libres c’est tout. Pour eux un chien ne doit pas être attaché et doit pouvoir aller et venir comme bon lui semble, cela ne l’empêche pas d’aller dormir au même endroit tous les soirs.


Nous avons été accueillis très chaleureusement par la famille du capitaine, composée de sa femme, son fils, papi et mamie, ainsi qu’une tripotée de gamins du voisinage. J’ai passé l’après-midi avec les enfants à dessiner et à jouer au morpion à l’aide d’un bâtonnet avec lequel nous écrivions sur le sol, tandis que les garçons jouaient aux dames avec les laotiens, sur un plateau de fortune, avec en guise de jetons, des noyaux pour l’un et des brindilles pour l’autre, tout en buvant de l’alcool laotien.


Ça a été une après-midi formidable, pleines de sourires et d’échanges. Le soir, nous avons mangé dehors, un plat traditionnel, puis nous nous sommes réunis autour du feu de camp où nous avons fait griller du rat que nous avons déguster ensuite. Oui maman pardonne moi ! Je sais que tu n’accepteras plus jamais de me faire de bisou. En plus, ça ne valait pas vraiment le coup, y a rien à bouffer sur ces trucs là.

La soirée s’est éternisée entre discussions autour du feu, où sont venus nous rejoindre le docteur du village et quelques autres voisins, tandis que Flo et moi avions mis de la musique sur laquelle nous faisions des percussions avec les enfants. Une véritable cacophonie. Pas sûr que ça ai plu aux voisins. Mais ce fut pour nous des instants inoubliables.

Rat au feu de bois

Nous sommes ensuite allé dormir sur des couchettes disposées au sol, pour une bonne nuit de sommeil, étant donné notre taux d’alcool de riz dans le sang. Au petit matin, nous nous sommes retrouvés autour du feu de camp (il fait frais aux aurores), où chauffait une énorme théière en fonte. Nous avons partagé le petit déjeuner, toujours du sticky rice, et de la viande aux légumes, puis il a été temps de quitter la famille, pour reprendre le bateau.

Après des au revoirs plein de chaleur, nous avons navigué vers Ban Nax Xan un village au nord, habité par une tribu animiste. Les animistes sont des personnes qui croient en l’existence d’une force vitale, d’un esprit, qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels comme l’eau, les pierres, le vent. Ils croient également en des génies protecteurs.

Nous n’avons pas pu prendre de photos dans ce village car les animistes pensent qu’en les photographiant nous leur volons une partie de leur âme. Et il vaut mieux ne pas leur voler une partie de leur âme sinon ils te coupent la tête et la mettent sur un piquet comme un vulgaire ananas. (Je crois que Pad a essayé de nous faire peur).

Cette visite ne restera donc que gravé dans nos mémoires. Nous sommes arrivés dans ce village qui était encore plus rudimentaire que les autres que nous avons pu visiter auparavant. Les enfants avaient de la boue dans le visage, et étaient assis parmi les cochons et les animaux de la ferme, les huttes étaient construites avec des éléments de base, le sol en terre, juste un toit, pas de toilettes, tout le monde allait dehors. Ils avaient l’air plus apeurés que les personnes rencontrés auparavant, plus sauvages en fait, sans vouloir leur manquer de respect. Notre guide nous avait raconté dans le bateau que les chamans animistes pouvaient tuer un homme rien que par la pensée. Autant vous dire que j’ai été hyper agréable pendant mon passage là-bas et que j’ai montré un respect immense aux cochons du village, aux cailloux et aux arbres.

Après avoir meulé des grains de maïs à l’ancienne pour en faire de la farine, nous sommes allé dans une petite hutte du village, où nous avons été accueilli par un vieil homme. Il nous a emmené dans la chambre de sa maison ; une pièce avec une couchette où ils dorment à cinq personnes. Nous nous sommes assis dans le noir, à la lueur d’une bougie à l’aide de laquelle il a chauffé un mélange à base d’opium, qu’il nous a fait fumer avec une sorte de pipe ensuite (j’avoue que ça me fait kiffer moi-même cette histoire, tellement elle est mieux que ce que je faisais de mes journées en France).

Après nous être bien ouvert l’esprit à l’aide de cette petite potion magique, nous sommes allé manger sur le bateau un bon gros poisson-chat du Mékong, puis nous avons passé l’après-midi à nous laisser bercer par les vagues couchés sur les banquettes du pont, complètement high il faut se l’avouer.

Normalement, à notre retour de la croisière, nous devions prendre un bus pour partir de Luang prabang, mais Pad notre guide nous a gentillement proposé de venir passé deux jours de plus dans sa famille à lui et de venir découvrir son village Nounsavath. Nous avons donc débarqué à l’embarcadère, d’où un ami à lui est venu nous chercher en camion. On s’est tous assis dans le coffre à l’arrière avec nos sacs, les cheveux au vent, c’était super cool.

Nous avons fait un petit stop dans un super spot au bord de la rivière, où nous sommes allé nous laver. Eh oui dans ces petits villages, il n’y a pas de douche, les gens se lavent dans la nature. C’était assez amusant de se doucher dans un torrent bien frais, et de se passer le shampoing les uns les autres. Une fois propres nous sommes allés rencontrer la famille de Pad, qui se compose de sa femme et de ses trois enfants, mais ses neveux et nièces étaient également présents, ainsi que papi et mamie qui habitent la petite bicoque voisine.

On se lave dans le Mékong

Nous avons partagé le repas puis nous sommes partis faire de la pétanque, laotiens contre français. Ici la pétanque est un jeu très apprécié. Suite à cela, nous sommes allé faire du bowling. C’était une première pour les deux amis de Pad. Ça a été très chouette d’apprendre à jouer à ces deux hommes un peu bourrus et de les voir s’éclater ensuite. La soirée s’est terminée autour du feu de camp puis par une longue nuit sur les couchettes que la femme de Pad nous a disposées dans la maison.

Nous nous sommes levés aux aurores, pour partir en trek dans la jungle avec Pad et Mo (le copain un peu bourru). Et par trek dans la jungle j’entends la randonnée de compét’ où le sentier n’existe pas encore mais où Mo qui menait la marche, le créait à l’aide de sa machette dans cet énorme fouillis de branches, ronces, herbes hautes, lianes, racines, rochers et autres végétaux plein d’épines. Nous sommes tombés et avons pris des branches dans la tête à multiples reprises. Quand j’en suis ressortie, on aurait cru que je m’étais faite attaquée par une horde de chats sauvages.

Durant le chemin, Pad faisait des petites encoches au couteau, sur les arbres, au cas où nous nous perdrions (hyper rassurant). Effectivement, il était impossible de savoir où nous étions puisque les sentiers étaient inexistants. Pad nous a également expliqué les vertus de différentes plantes pour soigner divers maux, puis Mo m’a coupé des tiges qu’il m’a soufflé dans l’oreille pour soigner mon otite. Nous avons fait une petite pause pique nique à base de sticky rice et viande séchée, puis nous avons coupé du bois, que nous avons porté sur l’épaule jusqu’au village. Comme dirait Pad : « C’est le Lao style ».


Nous sommes ensuite allé à un autre spot au bord de la rivière pour nous laver. Sur la rive d’en face se baignaient les éléphants. Notre dernière soirée parmi nos amis laotiens, s’est passée au calme autour du feu, avec à la main une tasse de tisane à base de branches collectées dans la forêt durant l’après-midi.

Nous sommes partis tôt le lendemain matin en tuk tuk vers la station de bus direction Phonsavanh. Huit heures dans une navette locale, avec les bagages sur le toit, des poules, des canards en cage et même un scooter. Trente personnes pour vingt sièges. J’ai passé le trajet sur les genoux de Flo, après que celui ci en ai eu marre que nous soyons écrasés assis à quatre personnes et un bébé sur deux sièges déjà plus qu’étroits, l’accoudoir dans les fesses. Huit heures de trajet en lacets dans les montagnes laotiennes avec une jeune villageoise qui vomissait à nos côtés et le conducteur qui avait mis de la techno à fond. Ce fut épique et nous sommes arrivés ce soir, VIVANTS à Phonsavanh, d’où nous allons partir visiter la plaine des jarres.


To be continued…


EMMA SCHNEIDER

Mother of Gekko, Queen of green curry, princess of tuk tuk, perdue pour un an en Asie.

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