Rencontre avec Eli Finberg aka Mr E à l’occasion de la sortie de « Wake up in the Water », le nouvel album de Blockstop.

Blockstop est un cocktail musical explosif sorti du shaker en 2007. Alors que le MC New Yorkais Eli Finberg (Mr E) est à Strasbourg depuis 2 ans, il rencontre Nicolas Schmidt, batteur et compositeur, et c’est le coup de foudre artistique.
Les deux compères s’entourent très vite de talentueux musiciens, et c’est ainsi que Jean Yves Bender (saxophoniste), Sébastien Kohler (guitare), Denis Maire (basse), Fabrice Toussaint (trombone) et Alexandre Tissot (claviers) rejoignent le groupe.

L’aventure Blockstop est lancée.

Inclassable et surprenant, Blockstop est un véritable arc en ciel sonore puisant ses inspirations dans le hip-hop, le jazz, mais aussi le rock, la musique funk et même l’électro, à l’image des deux EP déjà diffusés par le groupe en 2010 et 2012.

En matière de live, les amis ne font pas dans la demie mesure : Le Festival Nancy Jazz Pulsations, les Francofolies de La Rochelle, le festival strasbourgeois Contre Temps, La Laiterie, ou encore le Grillen à Colmar, difficile de passer à côté.

Alors forcément, quand j’ai appris que Blockstop sortait un nouvel Album, j’ai voulu rencontrer son MC et membre fondateur, Eli Finberg.

C’est un mardi pluvieux, dans l’atmosphère chaleureuse et confinée du Marché Bar, pinte de bière en main, que nous nous sommes rencontrés. Durant une heure, nous avons parlé de ce nouvel album, de Blockstop, de rap français, de musique, entre autres.

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– Vous êtes à l’aube de la sortie de Wake up in the Water, pourquoi un titre aussi trempé ?

Bonne question ! C’est une phrase tirée d’un des morceaux de l’album, je te mets au défi de trouver lequel par toi-même. On aurait pu lui donner le nom d’un des titres du disque, mais les morceaux sont tous très différents et c’était difficile d’en choisir un qui représente réellement l’ensemble et parle pour tous les autres.

En anglais, il y a l’expression « keep the head above water », littéralement « garder la tête hors de l’eau ». Le titre de notre album, c’est un peu l’expression contraire, une manière de s’adresser à ceux qui justement, n’arrivent pas à garder la tête hors de l’eau. Ça fait aussi écho à plusieurs couplets de l’album qui abordent le sujet des inégalités socio-économiques. Et puis j’aime bien les allitérations, ça tombait donc plutôt bien.

– Vous avez enregistré l’album à Strasbourg ?

Yes, au studio Downtown. Ils font du super boulot et j’avais déjà eu l’opportunité de bosser avec eux précédemment. À Strasbourg on a cette chance d’avoir accès à des studios vraiment bien à des prix raisonnables.

– Vous êtes 7 membres dans Blockstop, comment est-ce que vous travaillez, vous composez tous ensemble ?

Non, au départ c’est Nico qui compose le morceau. Il travaille une base rythmique sur son ordinateur, puis imagine les partitions pour tous les musiciens du groupe. Ensuite, à partir de la maquette, ils peaufinent ensemble le morceau jusqu’au résultat final. C’est là que moi j’interviens.

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– Tu arrives avec ton texte et tu essaies de l’adapter à la compo, c’est ça ?

C’est plutôt l’inverse. Je pars vraiment de ce qu’ont produit les gars, j’écoute la compo et selon la musicalité, mes sensations et ce que la musique m’inspire, j’écris le morceau. Si la musique est joyeuse, rythmée, funky, je vais faire un texte dans le même esprit, tu saisis l’idée.

– Il y a des thèmes que tu souhaitais aborder particulièrement sur cet album ?

Oui, il y a quelques morceaux assez engagés, qui parlent par exemple des violences policières aux Etats-Unis, ou plus globalement des inégalités sociales. C’est des sujets que j’avais envie de traiter depuis un temps, là j’ai eu l’occasion de le faire.

– En écoutant quelques-uns de vos morceaux, j’ai ressenti énormément d’influences musicales. Du rap, du hip-hop, oui, mais aussi du rock, du jazz, du funk… comment vous expliquez cette diversité de genres ?

Comme tu l’as dit, on est 7 membres dans Blockstop. Quasiment tous ont été au conservatoire et chacun joue d’un autre instrument, écoute une musique différente, a un vécu, une culture qui lui est propre…je pense que c’est un peu tout ça qu’on ressent dans notre musique. On aime bien aussi tout ce qui sonne old school, le hip-hop des années 90 nous inspire beaucoup.

– On peut donc dire qu’il y a autant d’influences musicales dans Blockstop que de membres dans le groupe !

C’est un peu ça, oui. Et puis tout le monde est vraiment ouvert, Nico le premier, du coup il peut nous sortir des compo vraiment très différentes à chaque fois, on a pas le temps de s’ennuyer.

« le hip-hop est une musique batarde »

– Vous vous revendiquez en tant que groupe de rap ?

On ne se pose pas vraiment la question à vrai dire, mais on a bien conscience qu’il y a une dominante hip-hop dans notre musique. Après, le hip-hop est une musique batarde, composée au départ de samples issus de plein de genre musicaux différents. Si on part de ce principe, on fait finalement du hip-hop pur et dur.

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– C’est une vision intéressante. Et pour ce nouvel album, à quoi vos auditeurs doivent s’attendre ? Vous êtes restés fidèles à votre réputation ou vous avez exploré de nouveaux horizons ?

Le travail est plus aboutit sur Wake up in the Water, on voulait créer un produit plus recherché, plus pointu. On a aussi effectué un vrai boulot en post production, des DJ scratchs, des arrangements, des effets… Sur nos EP, l’auditeur écoutait quasiment la même chose que ce qu’on jouait en live, c’était de l’acoustique. Là on est sur un produit fini, entier, un vrai album.

– À propos, comment ce sont passé vos live ? Vous avez été bien reçu par le public ?

À chaque fois ! L’ambiance était toujours super, que des bonnes sensations. On à toujours eu le sentiment que le public passait un bon moment, et puis on a chaque fois vendu des disques, ce qui nous a conforté dans nos impressions. Etant donné la multi diversité de notre musique, on à eu la chance d’être invité dans des festivals vraiment différents comme des festivals de jazz, et ça c’est toujours super bien passé. On adore la scène, c’est la que tout ce passe.

– Ca vous arrive de collaborer avec d’autres groupes/artistes ?

On ne l’a pas beaucoup fait en effet. Sur cet album par contre, on a collaboré avec Flore M sur un morceau, c’est une chanteuse strasbourgeoise de Soul, Gospel et Blues. Je suis vraiment content du résultat. Après, on essaie toujours d’inviter des artistes locaux à se joindre à nous sur scène lorsqu’on fait des festivals par exemple, les collaborations en live sont assez fréquentes.

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– Tu envisages d’écrire et de rapper en français un jour ?

Ça m’arrive d’y penser, ça pourrait être marrant. Mais c’est vrai que ça sort naturellement en anglais dés que je commence à bosser un texte. C’est dans cette langue que je suis le plus à l’aise et que je m’exprime le mieux, je ne pourrai jamais être aussi bon en français. Par contre, quand j’écris en anglais, je fais vraiment attention à mes propos. Tellement de jeunes écoutent du rap américain sans même comprendre les paroles, puis à l’âge où ils comprennent il se dise « merde, c’est vraiment nul en fait ». Pour ma part, c’est vraiment important que je puisse faire écouter fièrement mes morceaux à mes parents, à mes futurs enfants, à n’importe qui d’ailleurs.

– Que penses-tu du rap français à l’heure actuelle, tu en écoutes ?

Tu sais, je n’aime pas trop parler de rap « à l’heure actuelle », je préfère considérer le rap dans sa globalité. On parle beaucoup de rap commercial aujourd’hui, on dit « le rap c’était mieux avant » mais en 90, Iam aussi faisait du rap commercial. Simplement, c’est la forme et le fond qui évolue. Aujourd’hui quand j’écoute du Maitre Gims je me dis « merde, qu’est-ce qu’il s’est passé ? ». Par contre, j’aime toujours autant Oxmo, pareil pour Iam. J’aime bouger la tête sur des prods d’Hocus Pocus, vibrer sur la technique d’un Kacem Wapalek, et je vous parle pas de Casey, alors là, c’est le top du top.

– Bonne références ! Des projets solo à venir ?

Oui, carrément, j’aimerai bien sortir quelque chose courant 2017. Mais actuellement, je suis vraiment bien entouré, une belle équipe, des bons zikos, et puis toute cette dynamique avec la sortie de l’album c’est stimulant, donc forcément je consacre la plupart de mon énergie au groupe pour le moment.

– Et pour finir, question à 1000 points, on le trouve où, cet album ?

Sur toutes les plateformes de téléchargements, légales bien entendu, directement lors de nos concerts, et dans tous les bons disquaires ! On sera aussi diffusé par FIP, RBS et une vingtaine d’autres radios locales en France, Belgique et Quebec !


Retrouvez Eli et Blockstop ce samedi (aujourd’hui), à l’Espace Jango Reinhardt au Neuhof.

En commandant en ligne avant 18 heures, les préventes sont à 14 €.
La casse du soir est à 16 €.

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SAMY DRATTE

Du simple apéro à la grosse teuf, en passant par une petite expo, tout est prétexte pour sortir de chez moi.

Photographies : Bartosch Salmanski.

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