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« Il faut que l’on écoute les jeunes » : hier, la manif a réuni jusqu’à 15 000 personnes à Strasbourg

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Une semaine après le début de la mobilisation lycéenne dans notre ville, jusqu’à 15 000 personnes selon les sources ont défilé dans les rues de Strasbourg ce mardi 6 octobre. Déposée par une intersyndicale de l’Éducation nationale, cette manifestation a rassemblé des étudiant(e)s, des professeur(e)s et des parents d’élèves aux côtés des lycéen(ne)s.

« Et vive la lutte des lycéens de France ! » Au pied de la statue du général Kléber, la foule se densifie rapidement ce mardi 6 octobre. À 14h, quelques centaines de personnes arpentent déjà la place, pancarte à la main ou chasuble sur les épaules. À Strasbourg, comme dans de nombreuses autres villes, la journée est placée sous le signe de la mobilisation intersyndicale.

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« Une énorme partie des revendications menées par les lycéens et les étudiants rejoignent ce que porte la CGT depuis des années et des années, détaille Erwan Le Clech, professeur en collège et trésorier de la CGT éducation Alsace. Il est donc complètement normal que l’on soit là aujourd’hui pour leur apporter notre soutien, de façon à construire une convergence des luttes pour être le plus efficace possible dans l’obtention de moyens. »

manifestation jeunesse mouvement social lycéen
Erwan Le Clech, professeur en collège et trésorier de la CGT éducation Alsace. © Adrien Labit / Pokaa

« On a vu comment leur mouvement a été réprimé, et on est venus déposer une manifestation autorisée pour leur donner un cadre légal, afin qu’ils puissent exprimer leur ras-le-bol et leur colère », abonde Laurent Feisthauer, secrétaire général de l’union départementale CGT 67.

« C’est leur avenir »

Dans le cortège, un professeur de collège évoque « des situations qui se dégradent » chaque année, qu’il s’agisse de l’état des bâtiments ou du nombre d’élèves par classe, « qui n’a de cesse d’augmenter ».

« C’est l’équivalent de l’augmentation des cadences dans d’autres secteurs d’activités, juge Erwan Le Clech. Ça pourrit le travail au quotidien pour nous, professeurs, mais surtout pour les élèves qui vivent ces classes surchargées. »

manifestation jeunesse mouvement social lycéen
© Adrien Labit / Pokaa

« Je pense qu’il faut qu’on écoute les jeunes et qu’on les prenne au sérieux : c’est leur avenir », juge Abigaëlle, professeure d’anglais dans un lycée de Strasbourg. « S’il y a une si grande frustration aujourd’hui, c’est que pendant des années, on a fait des manifestations pour demander plus de moyens pour l’Éducation nationale sans être écoutés. Le mépris que les enseignants ont essuyé, les jeunes sont en train de le vivre et je trouve ça très violent de voir comment ils sont traités. »

L’enseignante regrette la réponse de la police aux premières mobilisations. « Lorsque mon lycée a été bloqué, tous les élèves ne le savaient pas et certains sont venus pour entrer en cours. Ils se sont retrouvés devant une rue bouchée et se sont fait taper dessus alors qu’ils n’avaient rien fait. »

Elle confie également sa « peur » en voyant certains commentaires sur les réseaux sociaux. « Certains disent qu’il faut taper sur les jeunes ou que leurs parents doivent payer pour les dégradations. Ils ne comprennent vraiment pas que c’est pour les droits de tout le monde que ces jeunes se révoltent. »

manifestation jeunesse mouvement social lycéen
© Adrien Labit / Pokaa

« Tout le service public est touché par les coupes budgétaires »

À 14h15, le cortège lycéen arrive sur la place dans un grand concert de slogans. La manifestation s’élance enfin rue des Grandes-Arcades. À l’avant du cortège, les étudiant(e)s ont rejoint les lycéen(ne)s pour soutenir leurs revendications et demander plus de moyens pour l’enseignement supérieur.

« J’étais au lycée à Paris et on faisait déjà des blocus parce que les conditions étaient problématiques, se souvient Mila, aujourd’hui en deuxième année de biologie. Il nous manquait des professeurs, le plafond tombait, les murs étaient complètement décrépis et il y avait des fuites aussi. Ça fait plaisir de voir que les nouveaux lycéens se mobilisent. « On est fier de vous ! », lance-t-elle en riant.

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Elisa et Mila, étudiantes. © Adrien Labit / Pokaa

Étudiante en deuxième année d’études d’infirmière, son amie, Elisa, regrette que ce manque de moyens se fasse sentir après le lycée également. « En tant qu’étudiants infirmiers, on est payés environ 1€ de l’heure pendant nos stages. Je ne sais pas ce que le gouvernement a dans la tête pour imaginer que l’on peut vivre comme ça. On gagne 300€ en deux mois et demi et il faut payer le loyer, la nourriture… »

« Elle est infirmière, donc on parle ici de l’hôpital, mais en réalité c’est tout le service public qui est touché par les coupes budgétaires », réagit Mila.

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© Adrien Labit / Pokaa

« Ça fait plaisir de voir autant de monde »

Le cortège avance rapidement en direction des quais sans que la place Kléber ne se vide. À l’avant, les lycéen(ne)s donnent le rythme. Sur leurs pancartes, il est encore et toujours question du manque de professeur(e)s, des emplois du temps surchargés et des classes délabrées. Mais leurs slogans sont cette fois-ci repris par plusieurs milliers de personnes.

« Ça fait plaisir de voir autant de monde, parce qu’on a un peu l’impression de se battre seuls depuis quelques jours », juge Victor, lycéen à Haguenau. Pour lui, la mobilisation lycéenne est « très mal retransmise médiatiquement ». « Ce matin, on avait un petit blocus très pacifique devant mon lycée et ça n’a pas du tout été médiatisé. Alors qu’hier, c’était plus violent, on a tout de suite retrouvé des images sur les réseaux sociaux ou dans les médias. Je trouve ça dommage qu’une minorité de casseurs décrédibilise tout notre mouvement et que la police réagisse aussi fortement contre nous. »

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Victor, lycéen à Haguenau. © Adrien Labit / Pokaa

Solidaires face à la répression

Dans le cortège « jeune » comme dans le reste de la manifestation, la répression du jeune mouvement indigne et mobilise. « On est passés ce matin devant un lycée à Strasbourg, ils n’étaient vraiment pas agressifs, ils étaient juste devant leur lycée et ils se sont pris des lacrymogènes sans raison apparente », regrette Lilian, étudiante venue soutenir les lycéen(ne)s.

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Emma et Lilian, étudiant(e)s. © Adrien Labit / Pokaa

« J’en ai parlé avec ma mère, rebondit son amie Emma. Elle est allée manifester dans les années 90, il y avait aussi des poubelles qui brûlaient, mais les manifestants ne se prenaient pas autant de violence et de lacrymogène dessus. » Même écho du côté de Célia, mère de famille et salariée de la CGT métallurgie. « En 90, j’étais dans la rue et j’ai pu manifester dans de très bonnes conditions et c’est inadmissible ce qu’on est en train de faire à la jeunesse actuellement. J’ai jamais vu ça. J’ai un fils, et je suis aussi là pour lui aujourd’hui. »

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Célia, mère de famille et salariée de la CGT métallurgie. © Adrien Labit / Pokaa

La manifestante souligne que beaucoup de corps de métiers ont appelé à venir soutenir les lycéen(ne)s aujourd’hui. L’expression d’un ras-le-bol qui dure depuis plusieurs années en France, tant pour les jeunes que les adultes. « Les pétitions pas prises en compte, les 49-3 à outrance, les élections dont le résultat n’est pas reconnu… » énumère-t-elle. Et « la montée du fascisme » qui lui « fout une trouille pas possible ».

Un cortège hors du tracé

À 15h30, la tête de la manifestation arrive place de la République. Quelques centaines de jeunes se rassemblent autour de la statue centrale, qu’un petit groupe a escaladée pour y déployer des drapeaux. L’assemblée entonne La Marseillaise. Après une demi-heure sur la place, un nouveau cortège se forme pour repartir. Il tente de s’engager rue du Maréchal-Foch mais est immédiatement repoussé par une forte salve de gaz lacrymogènes.

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© Adrien Labit / Pokaa

Le cortège se reporte sur l’avenue de la Marseillaise qu’il parcourt avant de s’engager boulevard de la Victoire. Plus d’un millier de personnes avancent vers l’Observatoire avant de bifurquer avenue du Général-de-Gaulle, calmement, puis rue du Maréchal-Juin.

Un cordon de CRS barre le bout de la rue peu avant la Krutenau. Après les sommations d’usage, les forces de l’ordre lancent des palets de gaz lacrymogènes. Le cortège se scinde en deux et quelques affrontements ont lieu avec les manifestant(e)s avant que ces derniers/ères ne se replient sur le campus. 

Après une demi-heure, un nouveau cortège se forme et revient sur le boulevard de la Victoire, stoppé par un nouveau cordon de CRS. Ils et elles font usage de LBD et de gaz lacrymogènes pour repousser les manifestant(e)s. Un jeune homme est blessé à la lèvre. Un policier a été blessé au visage en raison d’un pavé lancé sur le pare-brise de son véhicule. Les street medics recensent également de nombreuses blessures au niveau des jambes et des épaules de manifestant(e)s touché(e)s par les palets lacrymogènes et des malaises liés aux gaz.

Selon nos confrères des Dernières Nouvelles d’Alsace, quinze interpellations ont eu lieu sur l’ensemble de la journée. L’intersyndicale appelle à une nouvelle journée de mobilisation et de grève, « pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie », cette fois, le 5 novembre.

En parallèle, selon Franceinfo, l’Union étudiante et l’USL, Union syndicale lycéenne, appellent à une nouvelle journée d’action le jeudi 8 octobre.

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