Il y a quelques jours encore, un mammouth multi-millénaire trônait sur la place du château. Les passants et les riverains s’extasiaient devant ce mastodonte posé sur son socle et il faut bien avouer que ça avait de la gueule. Il était beau ce mammouth, entouré d’eau et paré de lumière, surtout quand la nuit arrivait. Mais il n’aurait pas eu autant de cachet sans l’écrin de pierres millénaires qui lui servait d’arrière plan : j’ai nommé, la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.

Toute l’Alsace – et à priori le monde entier – avait enfin les yeux rivés sur la façade OUEST de notre Cathédrale et appréciait l’architecture à sa juste valeur, délaissant presque la façade principale et sa magnifique porte voutée. Cette mise en lumière éphémère est pour moi l’occasion rêvée de vous présenter les montres de nos ancêtres, autrement appelées cadrans solaires. C’est beau, c’est ancien, c’est mystique, c’est céleste, ça brille et contrairement aux idées reçues, c’est super fun – et pas seulement pour les historiens ou les bibliothécaires et leur humour légendaire.

Plus de 1000 ans après le début de son édification, la Cathédrale de Strasbourg n’a toujours pas livré tous ses secrets, que ce soit au sujet de son architecture ou de ses ornements de grès rose. Cependant, lorsqu’on observe attentivement la Cathédrale et ses façades, on peut apercevoir des dorures qui réfléchissent le soleil ou de profondes gravures ancrées dans la pierre. Ces gravures et ces métaux qui attirent le regard sont en réalité des cadrans solaires qui ont été mis en place à travers les époques pour informer les gens du peuple des heures d’ensoleillement du matin, de l’après-midi ou encore de l’arrivée du solstice d’été, de celui d’hiver et également pour annoncer les équinoxes.

HABILES LES MECS !

Tout ça nous a donné envie de dépoussiérer ces petits bijoux d’ingénierie présents sur notre belle Cathédrale et de vous les présenter. Car ces cadrans, de formes et d’époques différentes, ont des histoires à raconter, et certains d’entre eux sont même encore en état de fonctionnement ! Et c’est aussi peut-être l’œuvre de reptiliens ou d’illuminatis, et ces petits mystères laissent planer un doute super excitant.

Okay, super, mais ils sont où exactement tes cadrans ?

Déjà, pour vous faire une idée globale, vous pouvez repérez les différents cadrans à l’aide de la numérotation apposée sur les deux photos suivantes. 

C1= cadran 1… C2 = cadran 2… C3… enfin vous avez compris plus vite que moi je pense…

Pour réaliser ces cadrans, les bâtisseurs ont laissé parler leur imagination et leur créativité. On compte pas moins de 14 cadrans solaires éparpillés à tous les étages, à toutes les hauteurs, à l’intérieur et à l’extérieur ainsi que sur la plateforme. Je vais vous les présenter en image mais seul un œil averti saura les retrouver,  alors gardez l’œil bien ouvert la prochaine fois que vous passerez devant la Cathédrale !

Il y en a :

  • 6 sur la plateforme de la tour
  • 5 sur le fronton sud
  • 2 cour du trésor
  • 1 sur la méridienne près de l’horloge astronomique

Sur la plate-forme de la tour :

Quatre cadrans sont disposés verticalement face aux points cardinaux contre les piliers de la tour au-dessus de la plateforme. Date : XVI ème siècle. (de C1 à C4)

Sur le fronton sud :

Conrad Dasypodius (1531-1601) a installé, en 1572, trois cadrans solaires sur le fronton sud. Ils servaient au calcul et au réglage de l’horloge astronomique qu’il a construit. Ces cadrans étaient, à l’origine, peints sur la façade. Ils ont été gravés dans la pierre lors de la restauration de 1669. En ce début d’année 2018, le cadran a été paré d’or pour une toute dernière rénovation. C’est un peu la classe.

Au niveau de la cour du Trésor :

Date : autour de 1493

Méridienne de Schwilgué

C 14- La méridienne de Jean-Baptiste Schwilgué 

Date : entre 1776-1856

Méridienne, gravée et peinte sur marbre, double ligne, pas de chiffre, arcs diurnes avec signes et mois, à l’extérieur plaque repliée pour former le style et volet avec fente.

Elle se situe à l’intérieur de la Cathédrale, à coté de l’horloge astronomique construite par Schwilgué, dans l’encadrement de la porte. Sans être à proprement parler un cadran solaire, cette méridienne constitue une installation gnomonique du plus grand intérêt puisqu’elle servait au réglage de l’horloge astronomique jusqu’en 1875. L’horloger chargé du réglage de l’horloge n’avait pas besoin de faire de calcul, tenant compte de l’équation du temps, car l’horloge indique également l’heure vraie locale : il lui suffisait de comparer le midi vrai indiqué par la méridienne avec celui indiqué par l’horloge.

Cette méridienne n’a pas d’oeilleton mais un système astucieux : avant de frapper la méridienne, le soleil passe par une fente aménagée dans la porte. Le pinceau lumineux est mis en forme par une tôle pliée de forme particulière située à l’extérieur sous la sculpture surplombant la porte.

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Voilà, j’espère que vous en savez un peu plus sur les cadrans solaires de notre belle Cathédrale, souvent oubliés au profit des magnifiques gravures de la façade principale et de ses personnages farfelus. Les coins et les recoins de notre fierté régionale sont passionnants et je vous invite à redécouvrir cet édifice à travers les cadrans solaires et leurs mystères, et surtout à rester curieux. Car comme dirait Henri Matisse : « Il y a de la beauté partout pour qui veut bien la voir« .


Merci à Michel Lalos, André E. Bouchard et Jean-Marie Poncelet pour les photographies et les informations indispensables à la rédaction de cet article.

En savoir plus sur l’œuvre Notre Dame


 

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