Derrière les couleurs criardes, un illustrateur posé. Axel Ruch a 25 ans, sûrement toutes ses dents et un trait qui nous a charmé par sa radicalité. C’est bien simple, dans le coin, des dessins comme les siens, on n’en avait jamais vu ! Son approche graphique contrastée, presque nerveuse, a happé notre attention sur Instagram ; son amour du non-gag façon situation qui tombe à plat (quand on ne nage pas en plein délire absurde !) a fini de nous motiver à le contacter entre deux fous rires : rencontre sucrée avec La Ruche, freelance strasbourgeois fana de cinéma.

Question d’usage : d’où te vient cette passion pour l’illustration ?

J’ai toujours pas trop mal dessiné. Mon grand-père était peintre, mon père peignait aussi… Même s’ils ne m’ont jamais poussé dans cette direction, j’imagine que ça a joué. Mais c’est surtout que quand j’étais petit, j’aimais pas trop sortir en fait. Du coup je passais tout mon temps dedans, et je dessinais énormément ! J’ai jamais pris de cours ; je me souviens que mes profs du collège voulaient m’envoyer au Corbusier, puis ceux du lycée aux Arts Déco… Mais j’avais envie d’un cursus général. En vrai, j’avais sûrement peur de l’échec, parce que le dessin c’est très personnel pour moi, c’est mon moyen d’expression donc quelque part si ça rate, c’est un peu moi qui suis raté. Aujourd’hui je me rends compte que c’est un milieu dans lequel ça existe pas vraiment, l’échec : c’est surtout que dans l’illustration, ça met du temps à prendre, beaucoup de temps… Après le bac, j’ai donc fait une année de droit, que j’ai bien raté [rires], avant de m’inscrire à L’iconograf. C’est une école privée qui forme à la bande-dessinée en trois ans. J’ai toujours su que je voulais me spécialiser dans la bédé, du coup, je me voyais pas aller à la HEAR pour étudier l’illustration de façon plus générale. On avait de supers profs qui enseignaient aussi à la HEAR et puis il y avait un côté, disons que c’était pas formaté comme école. Par exemple mes camarades de classe avaient des styles très différents et on était tous autant encouragés dans nos démarches.

Ça se passe comment, l’insertion professionnelle en tant que bédéiste ?

Comme dit, ça prend du temps. Je me suis fait un statut pour bosser en freelance et je me suis lancé. J’ai travaillé comme illustrateur avec des magazines et sur un bouquin jeunesse avec une maison libanaise qui avait aimé mon book en ligne. C’était un beau contrat, 2000 euros, mais ce genre de contrats, tu dois courir après tous les jours pour en attraper un ou deux au vol : c’est pas très engageant comme mode de vie. Du coup en parallèle, je donne des cours de soutien dans un collège strasbourgeois. Ça n’a pas grand chose à voir avec ce que je fais, mais je trouve ça très stimulant. Je pense devenir prof et dessiner en parallèle, c’est galvanisant de transmettre, et puis d’être au contact des jeunes. Ils ont plein de trucs à dire… Et ils ont un grand sens de l’absurde !

En ce moment, je suis sur plusieurs projets. Le plus récent, c’est une bédé personnelle que je proposerai aux petites maisons d’édition indépendantes que j’aime bien… J’ai envie d’un bel objet, bien travaillé, bien abouti. Il y a aussi mes carnets de voyage que j’aimerais bien publier : ce sont des récits d’aventure mais un peu nuls [rires], pas extras, où de temps en temps il se passe un truc marrant mais pas parce que c’est marrant, parce que ça tombe à plat ! Et puis, je travaille toujours sur mes affiches de films. Je les ai exposées à la librairie Ex-Libro, au village du Festival européen du film fantastique et au Chariot, où j’ai vraiment bien vendu. Pour la première fois, c’était surtout des gens que je ne connaissais pas ! Et ça m’a rassuré, entre gros guillemets, sur plein de trucs. Quand on a un style très marqué les gens ont des avis tranchés : s’ils aiment pas, ils détestent, s’ils aiment, ils adorent. Ça m’a fait plaisir d’en voir qui adoraient du coup. [rires]

Ton style est effectivement unique en son genre avec un trait maladroit, nerveux, et un traitement des couleurs hors de ce monde. Il te vient d’où ?

J’aime bien la maladresse, la naïveté en dessin… Le défaut ne me dérange pas, je sais que je peux raconter quelque chose sans avoir un dessin virtuose ! C’est difficile, parce que j’ai plein d’influences qui n’en finissent pas de s’étendre à mesure que je lis des bédés ; j’aime beaucoup Blutch, il a un dessin qui s’envole sur la fin, Crumb, il noircit beaucoup ses cases sans que ça perde en clarté, et Backderf, il a une manière de raconter ! Et puis, pêle-mêle, les gravures de Gustave Doré, on sent le trait qui a gratté, qui a presque fait mal au papier [rires], et l’humour absurde voire bête de Fluide glacial. J’aime bien lire des trucs sombres, même si je fais plutôt des trucs bêtes !

Ma principale source d’inspiration pour les affiches c’est l’école polonaise. C’est parfois très graphique, parfois très bordélique mais toujours très dessiné. J’aime les contrastes, passer de couleurs vives sur une affiche à des tons pastels sur une autre. Je m’embête pas à faire dix-huit tests, je pense que souvent la première idée est la bonne et c’est naturel pour moi d’imaginer une peau rouge ou bien violette, ça fait écho à telle ou telle émotion… De façon générale, j’aime le principe de l’affiche comme objet d’art. Aujourd’hui, c’est pensé comme un outil marketing avant d’être envisagé comme une oeuvre à part. Et puis, au-delà de ces références, il y a l’outil. J’adore le stylo à bille, j’ai ce trait peu assuré grâce à lui. C’est pas comme un feutre, qui est plus gros et m’amène à plus appuyer et donc maîtriser mon trait. Ça m’a longtemps déboussolé, l’influence de l’outil sur le travail, on peut passer d’un genre à un autre sans le vouloir… Le stylo à bille c’est l’outil qui colle au style que je veux.

Bande-dessinée et carnets édités, affiches achetées, fanzine local entre copains… On te souhaite quoi pour la suite, de vivre de ces activités ?

Pour moi c’est pas une finalité d’en vivre… J’ai énormément d’ambition, mais l’ambition de faire des choses, comme une bande-dessinée personnelle, pas d’être quelque chose. Moi si j’arrive à faire ça, en plus de trucs à côté pour payer le loyer… Je considère que j’en vis en fait. J’aime vraiment l’objet livre, donc j’adorerais être en librairie, pour avoir ce rapport un peu physique avec les gens. Dans la même direction, je travaille sur une boutique en ligne. J’aimerais bien vendre plus largement, m’installer un peu chez les gens. [rires]


Pour un rapport « un peu physique » avec Axel, direction son compte Instagram ou encore son compte Tumblr.
En attendant la boutique en ligne, envoyez-lui un DM ou un mail pour acquérir une reproduction d’une de ses affiches (30€ seulement m’ssieurs-dames) !

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